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La fin de Carmen revisitée pour dénoncer les violences faites aux femmes

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Don José (Daniel Johansson) noie Carmen (Gabrielle Arquez) lors d'une représentation de "Carmen" au Bregenz Festival, en Autriche, en juillet 2017.
Don José (Daniel Johansson) noie Carmen (Gabrielle Arquez) lors d'une représentation de "Carmen" au Bregenz Festival, en Autriche, en juillet 2017.
© Maxppp - Bregenz, Vorarlberg, Austria

Face aux violences faites aux femmes, l’opéra de Florence, en Italie, a décidé de revisiter la fin de Carmen. Le metteur en scène Leo Muscato a réécrit le final, "parce qu’on ne peut pas applaudir le meurtre d’une femme".

Et si Carmen n’était finalement pas tuée par son ancien amant jaloux. Et si c'était elle qui lui ôtait la vie ? Dans la version insolite du célèbre opéra de Bizet, présentée ce dimanche à l’opéra de Florence, le metteur en scène Leo Muscato a réécrit la fin. "L'idée m'a été suggérée par le directeur du théâtre qui voulait que je trouve un moyen pour ne pas faire mourir Carmen", explique-t-il. 

Selon le metteur en scène, le directeur du Teatro del Maggio, Cristiano Chiarot, estime "qu’à notre époque, marquée par le fléau des violences faites aux femmes, il est inconcevable qu’on applaudisse le meurtre de l’une d’elles".

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Dans la version originale de Bizet, l’un des opéras les plus joués au monde, créé en 1875 à l’Opéra-Comique de Paris, la bohémienne Carmen est poignardée par le brigadier irascible et violent Don José, fou d’amour pour elle, qui la poursuit par jalousie. Leo Muscato, sans dévoiler toute l’intrigue, laisse entendre que le crime est la seule issue possible pour une femme sur le point d’être tuée. Carmen tue Don José, après lui avoir arraché son pistolet. Il assure avoir respecté la musique et le livret originaux.    

Pour ou contre, le spectacle déchaîne les critiques. Dans un contexte particulier, suite à l'affaire Weinstein, et en Italie, où les violences faites aux femmes font la Une des journaux ces derniers mois. 

Peut-on changer la fin d’un opéra datant du XIXe siècle ?

Oui, répond Olivier Py, le metteur en scène français. Il avait lui-même déjà changé la fin de Carmen, dans une adaptation pour l’opéra de Lyon en 2012. Interrogé par Jacqueline Pétroz, il explique : 

Dans la version que j’ai faite à l’opéra de Lyon, elle ne mourait pas non plus, elle se relevait et elle partait, comme si le geste de Don José n’avait pas été un geste mortel, elle l’abandonnait à son sort. Je pense qu’il y a dans certains opéras du XIXe, une manière de traiter les personnages féminins qui, dans certains cas, n’est plus acceptable aujourd’hui. Je peux donc comprendre que l’on propose une autre fin. 

Il ajoute : 

Nous allons avoir des difficultés, moi qui ai une Traviata dans les tuyaux, dans la représentation de la femme. Dans ces opéras du XIXe siècle, la femme est très souvent une victime. Pire encore : une victime consentante. C’est très difficile à traiter aujourd’hui. En tout cas, cela nous pose une question. Mais on peut tout faire, il n’y a absolument aucune règle. Evidemment on peut aussi faire quelque chose qui ne plait pas à certains, mais la liberté reste totale pour les artistes heureusement !    

Dans son spectacle, Leo Muscato insiste : "ce n’est pas de la violence gratuite, car on pourrait facilement tomber dans une vision manichéenne des choses avec d'un côté les hommes affreux, sales et méchants et de l'autre les femmes gentilles". Il a, selon lui, bien étudié la psychologie du personnage de Don José : "c’est un homme qui combat ses démons intérieurs, il a des moments de douceur et de générosité puis des accès de grande violence comme cela arrive dans les foyers où sévissent les violences conjugales".