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La France, fournisseur d'armes majeur de l'Arabie saoudite

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Le prince héritier Mohammed Ben Salman, reçu à l'Elysée. Le 12 octobre dernier, Emmanuel Macron a défendu la "politique extrêmement rigoureuse" de la France pour contrôler ses exportations d'armes.
Le prince héritier Mohammed Ben Salman, reçu à l'Elysée. Le 12 octobre dernier, Emmanuel Macron a défendu la "politique extrêmement rigoureuse" de la France pour contrôler ses exportations d'armes.
© AFP - Yoan Valat / POOL

Après l'annonce de la suspension des exportations d'armes allemandes vers l'Arabie saoudite, l'Allemagne a encouragé ses partenaires européens à lui emboîter le pas pour accentuer la pression sur Ryad. Pas question pour Paris, qui met en avant une "stricte politique de contrôle" de ses ventes.

Faut-il continuer à vendre des armes à l'Arabie saoudite ? Non, a répondu la chancelière allemande Angela Merkel, "dans les circonstances actuelles", tant que la lumière sur la mort du journaliste Jamal Khashoggi dans le consulat d'Arabie saoudite à Istanbul ne sera pas faite. Quatrième exportateur mondial d'armement, Berlin a aussi invité ce lundi ses partenaires européens à faire de même pour accentuer la pression sur Ryad. Mais la France, qui en est le deuxième pourvoyeur d'armes, a botté en touche et a répété "sa stricte politique de contrôle" en la matière.

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France-Arabie saoudite : près de 12 milliards d'euros de contrats entre 2008 et 2017

L’Arabie saoudite est le deuxième plus gros importateur d'armes au monde et 60% de ces armes proviennent de l’Europe, rappelle l'Institut de recherche pour la paix de Stockholm

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Troisième exportateur d'armes au monde, la France est le deuxième pourvoyeur de l’Arabie saoudite, après les Etats-Unis. Les Saoudiens sont les deuxièmes clients des Français, avec plus d'un milliard et demi d'euros d'équipements livrés l'an dernier. Et depuis quatre ans, le carnet de commandes saoudien à l'industrie d'armement français explose. 

Un rapport au Parlement sur les exportations d'armes de la France, publié en juin, évoque plus de 11 milliards d'euros de contrats sur la période 2008-2017. Avec un pic en 2014 à plus de 3,5 milliards d'euros.

Il faut aussi savoir que Ryad est un partenaire commercial conséquent de Paris. En 2017, souligne l'AFP, les exportations commerciales tricolores ont ainsi atteint 4,51 milliards d'euros, soit une hausse de 8,8% sur un an, selon les chiffres du Trésor.

La bonne entente commerciale entre Ryad et Paris, y compris pour les ventes d'armes, expliquée par Hakim Kasmi.

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Fin juillet, plus de 90 députés de tous bords politiques jugeaient toutefois que le rapport annuel du ministère de la Défense sur le sujet n'était pas assez précis. Ils réclament depuis davantage d'informations et de transparence et l'ouverture d'une commission d'enquête sur les ventes d'armes françaises à la coalition saoudienne. Dans son très récent documentaire "Mon pays fabrique des armes", Anne Poiret estime que "ce secret, cette absence de débat public est une spécificité française. Les ventes d'armes à l'Arabie saoudite et les crimes commis au Yémen ont viré à la crise politique ailleurs chez nos voisins, et conduit le Parlement européen a voté plusieurs résolutions réclamant un embargo". 

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© AFP - John Saeki
Détail des clients de la France entre 2008 et 2017. L'Arabie saoudite apparaît en deuxième position, derrière l'Inde et avant le Qatar
Détail des clients de la France entre 2008 et 2017. L'Arabie saoudite apparaît en deuxième position, derrière l'Inde et avant le Qatar
- Direction du développement international de la DGA (DGA/DI)
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Des armes françaises pour des crimes saoudiens au Yémen ?

Ces chiffres et surtout le manque de transparence sur les armes livrées et leur utilisation ont créé une polémique au printemps dernier. De nombreuses ONG, comme Amnesty international, s'appuient sur une expertise de l'ONU pour affirmer que ces armes vendues par la France sont responsables des crimes de guerre commis au Yémen par l’Arabie saoudite sur des populations civiles. Amnesty soulevait déjà la question en 2016 :

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La France est pourtant soumise aux règles très strictes du Traité sur le commerce des armes (TCA, depuis fin 2014) qui interdit la vente d'armes dans des situations où elles pourraient porter atteinte aux droits humains. 

Mais ce lundi encore, en réponse à la sollicitation allemande, le porte-parole adjoint du Quai d'Orsay a répété : 

Notre politique de contrôle des ventes d’armement est stricte et repose sur une analyse au cas par cas, dans le cadre de la Commission interministérielle pour l'exportation de matériels de guerre. Les exportations d’armement à l’Arabie saoudite sont examinées dans ce cadre.

Selon l'agence Reuters, un membre du gouvernement tempérait également : "Une perte d'influence dans la région nous coûterait beaucoup plus cher que l'absence de vente d'armes. Il s'agit avant tout de ne pas perdre 'MBS' (Mohammed ben Salmane) même s'il n'est bien sûr pas un enfant de choeur. Si l'Arabie saoudite est déstabilisée, on aura des problèmes d'une tout autre ampleur.

En marge d'un déplacement en Arménie le 12 octobre dernier, Emmanuel Macron avait également défendu la "politique extrêmement rigoureuse" de la France en matière de contrôle des exportations de matériel de guerre. "Nous ne faisons pas partie des fournisseurs sur ces matières-là de l'Arabie saoudite", avait-il dit sur France 24 et RFI à propos du conflit au Yémen. Et d'ajouter : "Maintenant, il faut être clair, nous avons avec l'Arabie saoudite et les Emirats arabes un partenariat de confiance dans la région qui n'est pas commercial mais stratégique".

Dans ce contexte, l’Arabie saoudite a pris la décision d'investir pour produire elle-même ses armes et devenir moins dépendante des équipementiers européens.

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