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La France veut relancer son industrie minière, au prix notamment d'une "Montagne d'or" controversée en Guyane

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Vue aérienne prise le 24 juillet 2003 d'une mine d'or près de Cayenne.
Vue aérienne prise le 24 juillet 2003 d'une mine d'or près de Cayenne.
© AFP - JACK GUEZ

Depuis 2012, la France ambitionne une nouvelle ère pour ses mines, en réformant notamment cette année le code minier, et en s’appuyant sur un méga projet contesté d'exploitation d’or en Guyane.

Les ressources minérales et les produits qui en dérivent sont partout dans notre quotidien. Ils sont utilisés dans des pans entier de notre économie : l’aéronautique, l’agriculture, l’automobile, la défense, l’énergie, la santé, les technologies de l’information et de la communication, etc. La France est dépendante en grande partie des importations de ces ressources. Depuis quelques années, la volonté politique se tourne vers une relance minière pour diminuer cette dépendance. 

En octobre 2012, celui qui était alors le ministre de l’Economie et du Redressement productif, Arnaud Montebourg, avait affirmé sa volonté de "donner une nouvelle ambition à la France, celle de redevenir un pays dans lequel on peut exploiter des mines". Quelques années plus tard, en 2015, son successeur à Bercy, un certain Emmanuel Macron, entendait vouloir développer le concept de "mines responsables", en lançant un comité de pilotage car selon lui, "il est aujourd’hui possible d’exploiter des mines dans des conditions soutenables sur le plan environnemental et social". 

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Emmanuel Macron écrivait alors : "le domaine minier a été progressivement délaissé depuis une vingtaine d’années, mais son potentiel géologique en métaux reste intact à des profondeurs supérieures à 300 mètres". Dans une interview donnée au journal Les Echos en août 2015, ministre à Bercy et alors en déplacement en Guyane, il indiquait : "notre imaginaire reste marqué par la mine du XIXe siècle. En réalité, nous avons la capacité d’exploiter de manière durable et responsable sur le plan environnemental et social". Il ajoutait clairement que "oui, la France va rouvrir de nouvelles mines". 

Etat des lieux des mines en France 

La France n’a jamais été un des pays dominants sur la scène minière mondiale, mais elle a "une solide tradition et une vocation minière bien établie, en particulier grâce au fer, au charbon et à divers autres métaux : étain, or, antimoine… ", peut-on lire dans la collection "La mine en France", de Mineralinfo, réalisé en 2017, lors des réflexions engagées sur la réforme du code minier (réalisée par des élus, des ONG, des syndicats, des industriels, des chercheurs).

Actuellement, en métropole, quatre substances de mines sont exploitées : le sel, le calcaire bitumineux (site d’Orbagnoux, dans l’Ain), la bauxite (2 sites dans l’Hérault) ainsi que l’étain, le tantale et le niobium comme coproduit d‘une mine de kaolin (site d’Echassières, dans l’Allier). 

La Guyane est une terre d’or, et en Nouvelle-Calédonie, ce sont le nickel et le cobalt. Les mines métalliques se trouvent essentiellement dans les massifs anciens : Bretagne, Vosges, Pyrénées, et le Massif central. 

Bureau de recherche géologique et minière.
Bureau de recherche géologique et minière.

Selon le ministère de la Transition écologique, 450 concessions valides sont recensées en France métropolitaine, "une vingtaine est actuellement exploitée". Celles qui ne sont plus en activités sont toujours valides, et "si elles ne sont pas exploitées, elles expireront le 31 décembre 2018" : 

Depuis 2013, huit "Permis Exclusifs de Recherches de Mines" (PERM) ont été octroyés en métropole pour des substances variées. On compte également un peu moins d'une dizaine de demandes de PER en cours d'instruction sur le territoire métropolitain. 

Un permis de recherches est attribué pour cinq ans, et peut être prolongé à deux reprises.

Mais les ressources du sous-sol hexagonal sont encore mal connues. D'autant que l’exploitation des mines, métalliques notamment, s’est arrêtée dans les années 1980-1990, avec le ralentissement de l’activité économique, et la concurrence chinoise, notamment, qui a fait chuter les cours.

Le Bureau de recherche géologique et minière, le BRGM, un établissement public de recherche, est chargé de collecter toutes les informations et depuis plusieurs années travaille sur le référentiel géologique de la France. "Toutes les informations sur le sol et le sous-sol sont homogénéisées et servent de matières premières pour les chantiers du référentiel, explique Jean-Claude Guillaneau, directeur des Géoressources au BRGM : 

C’est un projet au long cours. Nous avons commencé il y a cinq ans sur la zone Rhin-Vosges. La communauté scientifique s’est organisée pour travailler ensemble et mettre dans la boucle des étudiants en master 2 et des thésards. Nous venons de lancer un nouveau chantier dans les Pyrénées, jusque mi 2019 ainsi que la région parisienne et les Alpes. Les chantiers durent au moins cinq années.

Un code minier obsolète

L’exploration et l’exploitation minière en France est régi par le code minier, qui découle d’une loi de 1810 élaborée sous Napoléon. Le code en lui-même a été créé en 1956. Il a été modifié en 2011, et depuis, les gouvernements n’ont cessé de promettre une réforme, notamment après les polémiques liées au gaz de schiste en 2011. 

Le code est doublement critiqué. A la fois par les associations et des élus à cause de son impact sur l’environnement et le manque de transparence dans la délivrance de permis, mais aussi le manque de consultation de la population. Et la critique vient aussi des entreprises elles-mêmes, qui dénoncent des normes et des procédures paralysantes. 

Dans le texte actuel, si une entreprise obtient un permis de recherches dans le sous-sol et si elle trouve un minerai, elle obtient de facto le droit de l’exploiter. Cela s’appelle le droit de suite.

La question de la fiscalité se pose également. Selon Romain Gelin, chargé de recherche au Gresea, le groupe de recherche pour une stratégie économique alternative, la fiscalité minière n’est pas adaptée, car les taxations ne concernent que la phase d’exploitation : 

Une redevance est octroyée au propriétaire du terrain, une redevance dix fois moins élevées qu’aux Etats-Unis, explique-il. Au cours actuel de l’or, les redevances des communes et départements additionnées représenteraient moins de 1% des recettes potentielles des compagnies minières. Des montants inférieurs à ceux observables dans les législations minières de nombreux pays africains. 

En janvier 2017, l’Assemblée nationale a adopté un projet de loi. Mais le texte n’a pas fait la navette jusqu’au Sénat, les élections présidentielles arrivant. La réforme est donc suspendue, et Nicolas Hulot, le ministre de la Transition écologique, a indiqué qu’un projet de loi serait écrit en 2018, sans plus de précision sur le calendrier. 

Le symbole de la "Montagne d’or" en Guyane

Les débats qui ont déjà eu lieu lors du précédent projet de loi s’annoncent une nouvelle fois houleux. La réforme du code minier devra prendre en compte ceux qui souhaitent que la France exploite les ressources de son sous-sol et les défenseurs de l’environnement. Un projet illustre parfaitement cette complexité : celui de la "Montagne d’Or", en Guyane.  

Une vue aérienne du futur site de la Montagne d'Or.
Une vue aérienne du futur site de la Montagne d'Or.
© AFP - Jody Amiet

La "Montagne d’or" est le plus grand projet d’extraction d’or primaire (c’est-à-dire présent directement dans la roche) à ciel ouvert, jamais proposé en France. 2,5 km de long, 400 mètres de large et 400 mètres de profondeur. Le projet est porté par un consortium russo-canadien, Nordgold-Columbus Gold, et devrait voir le jour à partir de 2022, à 120 km au sud de la ville de Saint-Laurent du Maroni, en forêt tropicale.

Le gisement d’or qui s’y trouve est inexploité, sur une concession datant de 1946. En Guyane, l’or a été découvert en 1854. 

"Les campagnes d’exploration menées de 1994 à 2016 ont confirmé une réserve de 85 tonnes d’or exploitables sur le site de Montagne d’or", indique un résumé du projet édité par le maître d’ouvrage Montagne d’or. Cette mine s’inscrit, selon la compagnie, dans le cadre des mines responsables, sur une zone notamment déjà défrichée pour moitié et créerait, si elle reçoit les autorisations administratives, 750 emplois directs (avec 90% d’emploi local, promettent les investisseurs) et 3 000 emplois indirects ou induits : 

Avec une production de 6,7 tonnes d’or par an sur douze années, Montagne d’or est un des projets susceptibles de produire un effet de levier important sur le plan économique et social au bénéfice du territoire. 

Pour les adhérents au projet, dont de nombreux élus locaux, c’est une chance pour le département, où le taux de chômage avoisine les 20%, jusqu’à 50% dans le secteur de Saint-Laurent du Maroni. Cela permettrait aussi de "couper l’herbe sous le pied" des orpailleurs illégaux, qui seraient 6 500, selon la préfecture, sur le territoire, à produire entre 5 et 10 tonnes par an, sans se soucier des contraintes environnementales. Sur les 609 sites illicites, de plus en plus nombreux ces dernières années, d’après les autorités, 542 utilisent du mercure, interdit depuis 2006 en Guyane. Mercure qui se déverse directement dans les rivières. 

Pour ses détracteurs, comme le collectif "Or de question", regroupant des ONG environnementales, locales et internationales comme WWF, mais aussi des populations autochtones, la Montagne d’or est une atteinte à l’environnement. Le projet consiste à extraire l’or de la roche par cyanuration. Selon le collectif, ce procédé utiliserait 10 tonnes de cyanure par jour, et généreraient quotidiennement 66 000 tonnes de rejets stériles stockées dans des cuves de rétention. A cela s’ajoute, la déforestation pour un tel projet et le fait que la mine se situera à proximité de la plus grande réserve biologique intégrale de France. 

Emmanuel Macron a toujours défendu ce projet, quand son ministre Nicolas Hulot est en désaccord. Sa fondation pour l'environnement fait partie des opposants historiques.

La compagnie minière a, elle, décidé de faire appel à la commission nationale du débat public pour lancer un débat avec les habitants. Ces discussions se termineront le 7 juillet et certaines ont été houleuses, entre pro et anti. 

Bureau de recherches géologiques et minières.
Bureau de recherches géologiques et minières.

Le hameau de Salau et son tungstène

Autre projet controversé mais beaucoup moins médiatisé, celui de la mine de tungstène de Salau, dans l’Ariège. La société australienne Variscan Mines a obtenu un permis exclusif de recherche minière en octobre 2016. Le tungstène figure sur la liste des métaux stratégiques pour la France, et cette mine "pourrait devenir une mine de dimension européenne, selon Jean-Claude Guillaneau, directeur des Géoressources au BRGM, car c’est un métal stratégique, utilisé notamment dans l’aéronautique et les nouvelles technologies. A Salau, nous avons déjà une filière complète du traitement du tungstène car cette mine a été utilisée jusqu’en 1986. Elle s’est arrêtée pour des raisons économiques et non pour des raisons de ressources : les Chinois sont arrivés et ont commencé à en produire en grande quantité, le marché s’est alors effondré."

Des militants contre l'exploitation de la mine de Salau, en septembre 2017.
Des militants contre l'exploitation de la mine de Salau, en septembre 2017.
© AFP - REMY GABALDA

Il y a 30 ans, le hameau de Salau et le petit village de Couflens vivaient grâce à la mine. Aujourd’hui, la région est sinistrée. D’où la même opposition que pour le projet guyanais, avec d’un côté l’espoir économique suscité par le projet, de l’autre la crainte pour l’environnement et la pollution d’un tel site.

Relance minière à l’échelle européenne 

Dans l’Union européenne, une réflexion est engagée depuis 2008, avec " l’initiative Matières premières", "pour répondre aux problématiques de l’accès aux matières premières", écrit la Commission européenne en septembre 2017 et ainsi réduire la dépendance de l’Union aux importations de métaux, notamment vis à vis de la Chine. L’initiative dresse une liste de métaux critiques, présentant un risque élevé de pénurie d’approvisionnement et qui ont "une grande importance économique". L’initiative plaide pour une relance minière, mais aussi pour le recyclage. 

Dans la liste de la Commission, figurent notamment les Terres rares. Cette expression désigne 17 métaux, aux propriétés exceptionnelles, utilisés dans la fabrication de produits de haute technologie, comme les LED, les puces de téléphones portables, les écrans d’ordinateurs… Le principal producteur de Terres rares est la Chine, l’UE en est dépendante à 100%, et dans son tableau, l’Union indique que seul 8% de ces matières en fin de vie sont recyclées.

Bureau de recherches géologiques et minières.
Bureau de recherches géologiques et minières.