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La génération Erasmus en cinq émissions

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Son et lumière "Rendez-vous place Stanislas" en 2013
Son et lumière "Rendez-vous place Stanislas" en 2013
© Maxppp - A Marchi. L'Est républicain

Il y a tout juste 30 ans, le Conseil des ministres de l'Education lançait le programme Erasmus, devenu l'un des rares symboles positifs de la construction européenne. Évocations politique, sociétale, artistique et philosophique.

Près de 5 millions d'étudiants ont bénéficié d'Erasmus depuis trente ans, dont un million de Français. Ce programme d'échanges universitaires est devenu un emblème du Vieux Continent, quitte à ce que le Président de la Commission européenne brandisse le chiffre incertain d'un million de bébés qui en seraient nés. Aujourd'hui, le programme élargi aux apprentis et rebaptisé Erasmus + s'applique aux 28 pays de l'UE, mais aussi à la Turquie, la Macédoine, la Norvège, le Liechtenstein et l'Islande. Et 14,7 milliards d'euros devraient y être dédiés sur la période 2014-2020, alors que se pose la question de son avenir post-Brexit en Grande-Bretagne et pour les étudiants britanniques. Même si le gouvernement britannique a récemment rassuré pour les frais et les bourses d'ici septembre 2018. Du dispositif lui-même à l'humanisme du philosophe qui lui a donné son nom, en passant par ce que Erasmus a inspiré, au cinéma notamment, plongez dans cinq émissions liées à cette génération.

Erasmus + aujourd'hui

Ils viennent d'Italie, d'Espagne, de Pologne, de Suède et même de Chine. Tous réunis à l'Université Libre de Bruxelles. Les motivations premières de ces étudiants : apprendre rapidement une nouvelle langue et découvrir l'autre. Reportage en décembre dernier de Laxmi Lota, au moment où venaient de débuter les festivités du trentième anniversaire. Avec un rappel des blocages qui avaient eu lieu au lancement d'Erasmus.

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Reportage à Bruxelles

4 min

La France, l’Allemagne et l’Espagne restent les trois principaux pays d’origine des participants, tandis que l’Espagne, l’Allemagne et le Royaume-Uni sont ceux qui en reçoivent le plus.

A LIRE Erasmus, invictus ? (fin 2012, le programme traversait sur une zone de turbulences financières)

Joies et déboires de jeunes Erasmus

Une personne sur quatre a rencontré son partenaire pendant sa période Erasmus, d'après une enquête auprès de 80 000 personnes. Pour les 30 ans du programme, "âge à la fois mûr, à la fois tendre", Marie Richeux a invité en début d'année dans " Les Nouvelles vagues" plusieurs étudiants ou anciens étudiants désormais professionnalisés. Camille Baron, 25 ans, Tom Durand-Viel, 21 ans, et Farah Keram, 25 ans, sont partis dans un pays d'Europe pour expérimenter six mois ou une année le "European Region Action Scheme for the Mobility of University Students". De Berlin à Malaga, en passant par Rome, des études de géographie ou de cinéma aux écoles de commerce, témoignages croisés. Avec aussi le besoin d'être perdu à l'étranger, d'y douter :

"Erasmus est a minima une carte de visite de l'Europe heureuse"

58 min

Le syndrome Erasmus

En 2002, un film fait sensation et devient la meilleure publicité pour Erasmus (et Barcelone) : L'Auberge espagnole. Succès tel que l'histoire se poursuivra dans deux autres volets : "Les poupées russes" puis "Casse-tête chinois". Leur réalisateur, Cédric Klapisch, était l'invité de Martin Quenehen fin 2012, dans " Grantanfi". Un jeu à saute-frontières au nom de l'amour, du savoir et d'une certaine idée de l'Europe, en compagnie du cinéaste parrain du webdoc de Philippe Laumont et Jacques Torregano L'auberge européenne, mais aussi de l'écrivain Marek Halter, fondateur et président de deux collèges universitaires français en Russie.

Cédric Klapisch : "D'une manière assez involontaire et désinvolte, j'ai voulu faire le portrait d'une nouvelle culture européenne. Celle des citoyens."

59 min

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Érasme et l'humanisme

Desiderius Erasmus Roterodamus, Erasme, a relancé sa notoriété, s'il en était besoin, grâce à ce programme européen de mobilité. Pour beaucoup, ce théologien humaniste originaire de Rotterdam fut au tournant du XVe - XVIe siècle (1468-1536) le premier citoyen européen. Lui qui parcourut le Continent entre 1499 et 1514. Fin 2013, le maître d’œuvre de l’édition intégrale bilingue des Adages d’Érasme, Jean-Christophe Saladin, était reçu par Frédéric Lenoir et Leili Anvar dans " Les Racines du ciel".

"Humanisme = élégance du discours et de la langue"

49 min

Selon Érasme, la vérité, si tant est qu'elle existe, peut être gaie. Elle est accessible à tout le monde, plastique, en mouvement. Et cela se trouve par exemple dans la notion de plasticité de la langue, y compris du latin. Elle est très souvent métaphorique. Elle est dans le jeu. Érasme était absolument partisan d'utiliser le jeu dans la pédagogie pour les enfants, et il vomissait les méthodes de l'époque, où l'on vous tapait à coups de règle sur les doigts et il fallait apprendre par coeur des règles latines plus ou moins stupides et plus ou moins fausses. Et donc il a écrit énormément et beaucoup de ces fameux Dialogues, que l'on appelle les Colloques, très légers et destinés à enseigner aux enfants toutes les matières. C'est-à-dire qu'il avait des idées très proches de Janusch Korczak, de Dolto ou de Célestin Freinet.

Portrait de Erasme de Rotterdam par Hans Holbein le jeune (1497-1543). Galerie nationale de Parme
Portrait de Erasme de Rotterdam par Hans Holbein le jeune (1497-1543). Galerie nationale de Parme
© AFP - Electa / leemage

Érasme "s'est lâché" dans l’Éloge de la folie

Celui qui a inspiré la fondation du Collège des Trois-Langues (latin, grec et hébreu) à Louvain est évidemment célèbre pour son "Éloge de la folie", de 1509. Une satire en latin assez courte écrite en quelques jours. Dans un entretien avec Adèle Van Reeth dans " Les Chemins de la philosophie", le professeur de philosophie Jean-Michel Besnier expliquait notamment que ce texte est "quand même singulier dans son oeuvre. Parce que cet homme a écrit énormément et énormément de choses sérieuses, érudites. Et puis, il s'est lâché, si l'on peut dire. Il revenait de Rome, où il avait vraisemblablement assisté aux turpitudes de Jules II. Et, allez savoir exactement pourquoi et comment, il a décidé de parler au nom de la folie. Au nom d'une folie heureuse, objectée à la triste folie des sages, des dévôts, des clercs, de son temps. Donc, il a voulu faire rupture et il y est parfaitement parvenu. Et je crois qu'aujourd'hui ce texte a une actualité extraordinaire parce que l'on nous annonce aussi des ruptures. Des ruptures de tous ordres."

Les Chemins de la philosophie : Sommes-nous tous fous ? (1/4) : Érasme, Éloge de la folie

49 min

Les sages diront qu’il faut être fou pour faire son propre éloge ; cela me convient parfaitement. Qui me connaît mieux que moi ? D’ailleurs, en faisant cela, je fais preuve de plus de modestie que celui qui paie un littérateur pour s’entendre raconter des flatteries. Notre parangon d’humilité fait la roue tel un paon, tandis que ses adorateurs rémunérés clament ses vertus et pensent le contraire. Finalement, comme dit le proverbe, celui qui ne trouve personne pour être loué a raison de le faire lui-même.

Érasme, Éloge de la folie, I-III, 1511, trad. Luc de Brabandere, Village mondial, 2000, p.35-36