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La genèse du débat d'Emmanuel Macron avec des intellectuels à l'Elysée

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14 mai 2017, dans la cour de l'Elysée : préparatifs de la passation de pouvoirs entre François Hollande et Emmanuel Macron
14 mai 2017, dans la cour de l'Elysée : préparatifs de la passation de pouvoirs entre François Hollande et Emmanuel Macron
© Getty - Thierry Chesnot

Comme il l'a fait avec d'autres catégories de la population, le président de la République a décidé d'organiser un débat avec des représentants du monde des idées et de la connaissance. Ils seront ainsi 64 ce lundi soir à partir de 18h20. Voici d'où est venu ce rendez-vous.

Des philosophes comme Marcel Gauchet, Frédéric Worms ou Myriam Revault d'Allonnes, des économistes comme Daniel Cohen ou Jean Pisanni-Ferry, des sociologues comme Michel Wieviorka ou Luc Boltanski. Ou encore le neuropsychiatre Boris Cyrulnik et le géographe Hervé Le Bras, l'historien Benjamin Stora. Emmanuel Macron recevra ce soir à l'Elysée, à partir de 18h20, 64 intellectuels.

L'invitation à débattre a été lancée environ au double de personnes et les échanges n'ont pas d'heure limite. Certains comme Frédéric Lordon ont plus ou moins publiquement décliné. Retour sur la genèse de ce rendez-vous inédit qui sera retransmis en exclusivité sur France Culture.

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Un projet de longue date sans "bonne solution" d'organisation

Emmanuel Macron souhaitait organiser un débat avec des intellectuels depuis plusieurs semaines, nous dit l'Elysée. Mais il ne savait pas trop quand, comment, avec qui...

Finalement, l'invitation a été envoyée à un peu plus d'une centaine de personnes, des philosophes, des économistes, des sociologues, des historiens. Et ils sont un peu plus d'une soixantaine à y avoir répondu favorablement.

L'historienne Valentine Zuber a confié dans notre journal de 12h30 que "cela a été tout à fait flou puisque j'ai été contactée par le cabinet de la ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, dont je dépends en tant qu'universitaire, et qui m'a demandé si j'étais prête à rencontrer le président de la République dans le cadre du grand débat. C'est à peu près tout. J'ai même demandé si cela se passerait à l'Elysée, on m'a dit 'non, certainement pas'. C'était il y a une quinzaine de jours."

L'économiste Philippe Aghion, qui avait participé à l'élaboration du programme du candidat Macron avant son élection, sera présent par exemple. Il a expliqué à Stéphane Robert que "c'est un soutien à la démarche du grand débat. C'est remarquable de l'avoir conduit. Par ailleurs, j'aimerais avoir certains éclaircissements sur la ligne future du gouvernement. Le gouvernement et le Président vont-ils sérieusement s'engager dans la ligne du programme qui est à la fois libérer et en même temps protéger et émanciper ? Ou est-on tenté de devenir un parti de droite traditionnel ?" :

Philippe Aghion : "J'ai accepté de participer parce que c'est un soutien à la démarche du grand débat. C'est remarquable de l'avoir conduit. Par ailleurs, j'aimerais avoir certains éclaircissements."

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L'historienne et enseignante à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes Valentine Zuber sera aussi à l'Elysée. Dans notre journal de 12h30, elle a précisé ses raisons : "Il me semble que nous sommes là, nous universitaires, intellectuels, à l'interface entre la population et les politiques. Nous sommes souvent, d'ailleurs un peu comme les politiques, vilipendés comme faisant partie de l'élite et pourtant nous avons une approche du terrain, une approche différente, sur le temps long, qui n'est évidemment pas le temps du politique mais qui peut contribuer à mieux comprendre les problèmes en cours. J'aurai plutôt des choses à lui dire et à recommander dans le cadre de ses responsabilités politiques, sans vouloir dicter sa manière de faire bien entendu car ce n'est pas le rôle de l'intellectuel. Mais peut-être rendre attentif à la nécessité d'un apaisement, en tout cas dans mon domaine de spécialité, la laïcité."

Valentine Zuber et le "grand débat des idées"

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Un certain nombre d'entre eux regrettent qu'ils soient aussi nombreux : "Comment, dans ces conditions, disent-ils_, organiser un débat constructif et serein ?_"

Pour Alain Finkielkraut, qui sera absent car en déplacement, "J'aurais participé sceptique, même sur la pointe des pieds, parce qu'il y aura une soixantaine d'intellectuels et ce sera nécessairement l'occasion d'un nouveau one man show présidentiel. Je crois qu'une discussion entre un grand responsable politique et des intellectuels n'a de sens que si ces derniers sont peu nombreux et que l'échange peut durer." L'académicien producteur sur notre chaîne de l'émission Répliques répond à Stéphane Robert :

Alain Finkielkraut : "Je crois qu'une discussion entre un grand responsable politique et des intellectuels n'a de sens que si ces derniers sont peu nombreux et que l'échange peut durer"

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Pour Dominique Wolton, sociologue et directeur de recherche au CNRS en sciences de la communication, invité mais qui ne pourra pas venir, "c'est un pari parce que l'on va mettre en rapport trois logiques très différentes : celle de la connaissance, celle de la politique et celle de la communication des médias. D'autre part, le point de vue des uns et des autres n'est pas forcément compatible."

Dominique Wolton : "C'est un pari intéressant mais paradoxalement plus difficile à réussir que les autres exercices du grand débat". Il répond à Stéphane Robert.

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Sur cette question, il n'y avait "pas de bonne solution" rétorque un conseiller d'Emmanuel Macron. "Si on avait invité une dizaine ou une quinzaine de chercheurs, on nous aurait reproché d'avoir fait un tri et d'avoir fait des choix qui nous arrangent".

L'Elysée a donc décidé d'en inviter un grand nombre "et ce ne sera pas nécessairement une promenade de santé, reprend le conseiller du président, face à des hommes et des femmes structurés intellectuellement".

Ceux qui ont revendiqué leur refus

Le sociologue, philosophe et économiste Frédéric Lordon a répondu à la Bourse du Travail, dans une intervention filmée. On le voit brandir le mail de l'Elysée et dire : "Deux hypothèses me sont venues à l'esprit : celle du canular et celle, qui n'est pas la moins probable, celle du machiavélisme de sous-préfecture. Cela m'a semblé tellement loufoque, d'une chose l'autre - le travail, les courses, le ménage, tout ça-, que j'ai complètement oublié de répondre. Ce qui n'est pas très urbain et je m'en excuse. Cela m'est revenu et voici : Cher Monsieur Macron (quel hypocryte), Vous comprendrez que si c’est pour venir faire tapisserie le petit doigt en l’air au milieu des pitres façon BHL, Enthoven, ou des intellectuels de cour comme Patrick Boucheron, je préférerais avoir piscine ou même dîner avec François Hollande. Au moins votre invitation ajoute-t-elle un élément supplémentaire pour documenter votre conception du débat. Savez-vous qu’à part les éditorialistes qui vous servent de laquais et répètent en boucle que la-démocratie-c’est-le-débat, votre grand débat à vous, personne n’y croit ? Vous-même d'ailleurs, nous ne sommes pas certains que vous y croyez. Dans une confidence récente à des journalistes, qui aurait gagné à recevoir plus de publicité, vous avez dit ceci : « Je ressoude partout, et dès que c’est consolidé je réattaque ». C’est très frais. Vous ressoudez et vous attaquez. C’est parfait, nous savons à quoi nous en tenir, nous aussi viendrons avec le chalumeau." Suite dans la vidéo et en texte ici :

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L'historien spécialiste de l'histoire populaire Gérard Noiriel a lui écrit sur Twitter ce dimanche soir que "Bien que je n'en fasse pas un titre de gloire, j'ai refusé moi aussi l'invitation d'E. Macron au "grand débat" des "intellectuels" prévu lundi soir. Mais je suis prêt à lui apporter les cahiers de doléances de ce secteur sinistré qu'est aujourd'hui l'éducation populaire."

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Guillaume Erner, de France Culture, "médiateur et modérateur"

Quant à savoir s'il fallait organiser la retransmission médiatique de ce débat : "J'ai plaidé pour qu'il y ait une intermédiation" reprend ce même conseiller.

France Culture a donc été contactée il y a une semaine environ. Et c'est Guillaume Erner, présentateur des "Matins", qui officiera comme intermédiaire.

Il aura un rôle de "médiateur et de modérateur" explique la directrice de la chaîne, Sandrine Treiner, pour qui France Culture doit avant tout "documenter ce débat inédit", qui sera donc retransmis dans son intégralité.

Certains pourront voir là une forme de complaisance, voire de déférence vis à vis du Président, c'est le risque évidemment. D'autant qu'on alimente là l'image, peut-être un peu survendue, d'un président philosophe.

Mais l'important reste ce qui en ressortira. Car cette discussion, cette confrontation, est censée "nourrir les réponses" qu'apportera Emmanuel Macron à l'issue de la grande consultation lancée il y a maintenant près de trois mois.