La Géorgie, candidate malheureuse à la candidature européenne

Publicité

La Géorgie, candidate malheureuse à la candidature européenne

Par
Manifestation le 20 juin 2022 devant le parlement, à Tbilissi, après le rejet par Bruxelles de l'accession de la Géorgie au statut de pays candidat à l'UE.
Manifestation le 20 juin 2022 devant le parlement, à Tbilissi, après le rejet par Bruxelles de l'accession de la Géorgie au statut de pays candidat à l'UE.
© AFP - Almaz Memmedov / Anadolu Agency

La Commission européenne a rendu sa décision sur l'élargissement en Europe orientale : l'Ukraine et la Moldavie peuvent devenir candidates à l'adhésion à l’Union, mais la Géorgie, qui avait pourtant déposé son dossier au même moment, devra attendre. À Tbilissi, c’est la douche froide.

En ce 17 juin 2022, Kiev et Chinisau ont de quoi se réjouir. L'Ukraine et la Moldavie, sauf avis contraire des États membres les 23 et 24 juin, peuvent s'engager sur la voie de l'adhésion à l'Union européenne. Mais la Géorgie, qui avait déposé sa demande au même moment, est écartée. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen annonce certes "un énorme pas en avant pour la Géorgie, parce que la porte est grande ouverte". La déception est grande.

En réponse, 120 000 Géorgiens, sur une population de 3,5 millions âmes, sont descendus dans les rues de Tbilissi, lundi 20 juin, pour rappeler leur attachement à l’Union européenne et leur volonté d'adhésion. Les organisateurs, et notamment les partis d’opposition, avaient appelé à une "marche pour l'Europe" afin de "prouver l'engagement du peuple géorgien dans son choix européen et dans les valeurs occidentales". "La liberté, la paix, le développement économique durable, la protection des droits humains et la justice, c’est l'Europe !" précisait leur appel.

Publicité

Parmi les nombreux Tbilissiens descendus manifester, l'écrivain Malkhaz Kharbedia, 47 ans, a parfaitement décrit le sens de la mobilisation : "Nous sommes descendus dans la rue, car le temps est venu de ne compter que sur nous-mêmes, pas sur quelqu'un d’autre ; le temps de notre responsabilité personnelle, de nos efforts, de notre volonté inébranlable, de notre persévérance".

La peur du voisin

Mais les Géorgiens se voient opposer un violent mouvement contraire : l'impérialisme russe. Vladimir Poutine estime que le rejet de la proposition de candidature de Tbilissi par Bruxelles lui permet de gagner du temps. Ce qui, chez les pro-européens locaux, inquiète et ravive de sinistres souvenirs.

À deux reprises, la Géorgie a été entièrement annexée : par la Russie tsariste en 1801 et par la Russie soviétique en 1921. Depuis, son territoire est grignoté – deux régions séparatistes, l’Abkhazie et l’Ossétie du Sud font pression sur Tbilissi dès 1992 avec l’aide militaire russe – ou visité militairement – la Géorgie a été envahie par la Russie poutinienne en 2008.

Pourtant, Bruxelles a des arguments. Le Premier ministre géorgien Irakli Garibachvil, qui a sans doute pris acte des points faibles du dossier géorgien, s’engage d'ailleurs à "travailler avec Bruxelles pour mettre en œuvre toutes les exigences".

Le respect des droits de l’homme serait en recul en Géorgie, en particulier sur le terrain de la liberté d’expression. En témoigne la situation de l’ancien Président de la République, Mikheil Saakachvili, désormais opposant et… emprisonné. Pour prendre la voie officielle de l'adhésion, Tbilissi doit s’engager notamment à mettre un terme à "la polarisation politique".

Un sentiment d'injustice

La Commission attend aussi "des progrès en matière de libertés des médias, des réformes judiciaires et électorales", ainsi que des actions concrètes "contre la mainmise de certains oligarques sur des pans entiers de l'économie". Une pierre dans le jardin du vrai leader du parti du pouvoir, le Rêve Géorgien, l’homme le plus riche du pays, Bidzina Ivanichvili. L’oligarque entretient par ailleurs des relations extrêmement ambiguës avec Vladimir Poutine et la Russie, plus généralement.

Pour autant, la Géorgie n’est pas dans une situation catastrophique. Elle se situe nettement devant l'Ukraine et la Moldavie "selon tous les paramètres mesurables : la solidité des institutions démocratiques, la paix et le développement économique", plaide Tbilissi. Plus précisément, en matière de lutte contre la corruption – un fléau de l’Europe orientale –, la Géorgie occupe le 45e rang mondial dans le classement de l’ONG Transparency International, alors que la Moldavie et l’Ukraine émargent respectivement au 105e et au 122e rang. Mieux, la Géorgie surclasse la Bulgarie, 78e, pourtant membre de l’UE.

La Commission a donné son avis, et, les 23 et 24 juin, les États membres prendront leur décision. Mais les Géorgiens ne baissent pas les bras. Vendredi 24, une nouvelle marche est prévue dans les rues de Tbilissi. Pour que l’on n'oublie pas que les Géorgiens n’imaginent pas un autre avenir que l'Europe.