La guerre d'Algérie à l'écran

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La guerre d'Algérie à l'écran

Des hommes, de Lucas Belvaux
Des hommes, de Lucas Belvaux
- Synecdoche_Artemis Productions_David Koskas

Sélection. En cette année 2022 marquée par le 60e anniversaire des accords d’Evian et du cessez-le-feu (18 et 19 mars 1962) qui ont mis fin à la guerre d'Algérie, une sélection d'émissions pour aborder, en sept films emblématiques, la façon dont le cinéma a proposé une vision subjective de ce conflit.

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La guerre d'Algérie à l'écran

La guerre d’Algérie est une guerre à part dans l’histoire de France. On a pu même parler à son sujet de "guerre sans nom", une formule que le cinéaste Bertrand Tavernier a reprise pour titrer le documentaire qu'il lui a consacré en 1992. En effet, la période de 1954 à 1962 a longtemps été évoquée en France par l’expression "les événements", et le terme de guerre n’a commencé à remplacer celle-ci de manière officielle qu’en 1999. A ces éléments de singularité s’ajoute le fait que la guerre d’Algérie a aussi été une guerre sans images. L'Etat français a en effet longtemps exercé une puissante censure, empêchant les médias en général, et les cinéastes en particulier, d’en rendre compte. Une situation que l’on a souvent comparée à la façon dont le cinéma américain s’est au contraire emparé de la guerre du Vietnam. Autre guerre d’indépendance menée par un mouvement nationaliste et qui visait à se libérer de la tutelle d’une puissance occidentale, le conflit qui a opposé les Etats-Unis au Vietnam de 1963 à 1975 a offert à de nombreux grands réalisateurs un matériau narratif qui leur a permis de signer des films marquants du cinéma de guerre.

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En France, le cinéma a donc traité de la guerre d’Algérie de façon beaucoup plus discrète. Dans les années 1960, les rares cinéastes qui le font, mettent en scène de façon récurrente la figure du soldat, appelé ou officier. Mais que ce soit au travers de son départ, ou de son retour et des éventuels remords et blessures psychologiques qui l’accompagnent, ces réalisateurs sont contraints de procéder par allusion pour échapper à la censure. Dans les années 1970, des cinéastes comme René Vautier ou Yves Boisset adoptent un ton plus politique, voire militant, au message plus directement anti-colonial et mettent en scène de jeunes appelés pacifistes, révoltés et profondément traumatisés par l’expérience de la guerre. Avant que, presque soixante ans après la signature des Accords d’Evian, le cinéma français se penche de nouveau sur cette période de l’histoire, en abordant cette fois les traces que la guerre d’Algérie a laissées dans les mémoires, en tentant de donner à voir le traumatisme collectif qu'elle a représenté, les secrets de famille et le poids du silence qui a profondément marqué ceux qui l'ont vécue. Cette sélection d’émissions propose d’écouter les témoignages de sept réalisateurs français qui se sont attelés à rendre compte de la guerre d'Algérie, de René Vautier à Lucas Belvaux, en passant par Bertrand Tavernier.

Film emblématique de la Nouvelle Vague, Adieu Philippine raconte les dernières semaines de la vie civile d’un jeune appelé, en 1960. Un été marqué notamment par des vacances en Corse qui réunissent un jeune machiniste à la télévision qui s'apprête à partir en Algérie effectuer 27 mois de service militaire et deux jeunes femmes, amies inséparables. Au cours de cet entretien, Jacques Rozier précise le contexte politique dans lequel il a tourné, et la forte censure qui s'exerçait à l'époque. Une censure qui l'a contraint à procéder par allusions, les adieux de Michel à Liliane et Juliette n'étant en réalité pas de ceux que l'on s'échange à la fin des vacances, mais ceux, plus sombres, qui préludent à un départ pour la guerre. ( Projection privée, 38 min)

Sur le tournage d'Adieu Philippine de Jacques Rozier (1960)
Sur le tournage d'Adieu Philippine de Jacques Rozier (1960)
  • Les Parapluies de Cherbourg, de Jacques Demy (1964)

Deux ans après la fin de la guerre d'Algérie, Les Parapluies de Cherbourg sortent au cinéma. Le film raconte l'histoire d'un jeune couple séparé par la guerre d'Algérie, d'adieux déchirants sur le quai d'une gare, et de retrouvailles plus tristes encore, quelques années plus tard... le tout en chansons. Film français le plus connu sur la guerre d’Algérie, Palme d’Or à Cannes en 1964, Les Parapluies de Cherbourg a permis à certains critiques de voir dans la séparation de Guy et Geneviève une parabole de celle opérée par la guerre entre la France et l’Algérie. ( Les Chemins de la philosophie, 58 min)

Les Chemins de la philosophie
58 min
  • La Bataille d'Alger, de Gillo Pontecorvo (1965)

Signé Gillo Pontecorvo, cinéaste italien proche du Parti Communiste, La Bataille d'Alger est tourné trois ans après l’indépendance algérienne. Son scénario est inspiré d’un livre de souvenirs de Yacef Saâdi, ancien chef du FLN. A travers la figure d’Ali la Pointe, il retrace la lutte entre les militants algériens nationalistes et l'armée française, au moment où débarquent à Alger les hommes de la 10e division parachutiste commandée par le général Massu, venus rétablir l’ordre dans la Casbah. Censuré en France, jugé propagandiste (il restera censuré à la télévision française jusqu’en 2004), il est devenu un film culte en Algérie. Largement diffusé au cinéma et à la télévision (deux fois par an, les 1er novembre pour commémorer le déclenchement de la révolution en 1954, et le 5 juillet, date de commémoration de l’indépendance en 1962), La Bataille d'Alger a marqué toute une génération d'Algériens qui en connaissait les dialogues par cœur ou en rejouait les scènes enfant. Ce documentaire retrace l'histoire de ce tournage. ( La Fabrique de l'histoire, 52 min)

La Fabrique de l'Histoire
52 min
  • Avoir vingt ans dans les Aurès, de René Vautier (1972)

Figure du cinéma militant, réalisateur parmi les plus censurés de France mais peu connu du grand public, René Vautier (1928-2015) s'est engagé en tant que cinéaste dans la guerre d’Algérie. Dix ans plus tard, après avoir enregistré près de 800 heures de témoignages de 600 appelés, il signe Avoir 20 ans dans les Aurès. Un film qui raconte l’aventure d’un commando de jeunes appelés bretons, pacifistes avant leur départ et que la guerre va transformer. Au cours de cet entretien réalisé en 2010, cinq ans avant sa mort, René Vautier revient sur le tournage de ce film, tourné en seulement 9 jours, et qui recevra le Grand Prix de la critique internationale au Festival de Cannes en 1972. ( Sur les docks, 53 min)

Sur les docks
53 min
  • R.A.S. de Yves Boisset (1973)

Après Avoir 20 ans dans les Aurès de René Vautier, R.A.S. est l’un des tout premiers films français à décrire en détail le quotidien d’une violence extrême des soldats français et leur sentiment de livrer une guerre "absurde". Depuis leur débarquement à Alger jusqu’à la confrontation avec la mort au fin fond d'un djebel, le film rend compte de l'expérience traumatique vécue par une génération d'appelés. Un film au propos dérangeant que certains critiques ont comparé à Full Metal Jacket de Stanley Kubrick (1987). Au cours de cet entretien, le réalisateur Yves Boisset revient sur la sortie de R.A.S, et sur la censure qui l'a contraint à couper de nombreuses scènes. ( A voix nue, 29 min)

  • La guerre sans nom, de Bertrand Tavernier et Patrick Rotman (1992)

Cinéaste engagé, surtout connu pour ses films de fiction historiques comme La Passion Béatrice (1980) ou Capitaine Conan (1996), Bertrand Tavernier (1941-2021) a été l'un des premiers à recueillir la parole d'anciens soldats de la guerre d'Algérie dans le documentaire La Guerre sans nom co-réalisé avec Patrick Rotman. ( Mauvais genres, 1h59)

Mauvais genres
1h 59
  • Des Hommes, de Lucas Belvaux (2021)

Adapté du roman de Laurent Mauvignier, Des Hommes montre le surgissement brutal du souvenir de la guerre d'Algérie au sein d'une famille française, après plus de trente ans de silence. Et montre la façon dont la société française a essayé de tourner la page après le traumatisme qu’a représenté cette guerre, un refoulement qui a conduit la très grande majorité des appelés à taire, à leur retour en 1962, les violences commises ou dont ils ont été témoins. A cours de cet entretien, Lucas Belvaux explique avoir voulu réaliser un film réparateur, et, en confrontant les points de vue et les vécus des personnages, à apaiser les discours et les mémoires, près de soixante ans après la fin de la guerre d'Algérie. ( La Grande Table, 27 min)

La Grande table culture
27 min