La guerre en Ukraine très présente au 75e Festival de Cannes

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La guerre en Ukraine très présente au 75e Festival de Cannes

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Le réalisateur ukrainien Maksym Nakonechnyi et les acteurs de son film "Butterfly Vision" dénoncent la guerre en Ukraine lors du Festival de Cannes, 25 mai 2022
Le réalisateur ukrainien Maksym Nakonechnyi et les acteurs de son film "Butterfly Vision" dénoncent la guerre en Ukraine lors du Festival de Cannes, 25 mai 2022
© AFP - LOIC VENANCE

Cette 75e édition du Festival de Cannes aura été marquée par la guerre en Ukraine. Prises de position, réalisateurs en sélection et film documentaire sur le conflit actuel, l’Ukraine a été très présente lors de ces deux semaines. Retour sur un festival très engagé.

Comme s'y étaient engagés les organisateurs du Festival de Cannes, l'Ukraine était bien dans toutes les têtes lors de cette 75e édition. Plusieurs prises de position ont été exprimées, des réalisateurs ukrainiens invités et la guerre montrée sur grand écran avec un ajout de dernière minute à la sélection.

Le ton était donné avant même l’ouverture : il n’y aura pas cette année de délégation russe officielle accueillie à Cannes. En conférence de presse, la veille de l’ouverture du Festival, Thierry Frémaux, son délégué général, a ré-affirmé sa position : "un soutien absolu et non négociable au peuple ukrainien et à ses représentants."

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Et pour confirmer ses dires, le Festival n’a pas hésité à inviter au milieu de sa cérémonie d’ouverture le président ukrainien Volodymyr Zelensky. Une déclaration d’une dizaine de minutes, en direct et en visio de Kiev pendant laquelle le chef d’État ukrainien est apparu en polo kaki à côté du drapeau ukrainien et a appelé à trouver "un nouveau Chaplin qui prouvera que le cinéma n’est pas muet" face au conflit qui sévit dans son pays.

Le Festival de Cannes s'est ouvert avec Volodymyr Zelensky, qui a convoqué l'esprit de Chaplin. Récit d'Antoine Guillot.

2 min

Le président Volodymyr Zelensky lors de la cérémonie d'ouverture du 75e Festival de Cannes
Le président Volodymyr Zelensky lors de la cérémonie d'ouverture du 75e Festival de Cannes
© Radio France - Fiona Moghaddam

Quelques jours plus tard, au moment d’une montée des marches, une activiste a couru sur le tapis rouge, à moitié nue, le corps peint de bleu et jaune – les couleurs du drapeau ukrainien – avec ces mots écrits sur son corps en anglais : "Arrêtez de nous violer". Elle a dénoncé les viols de guerre dans le pays aux cris de "Stop raping us", au milieu d’hommes en smoking et de femmes en robes longues.

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Beaucoup au Festival ont aussi affiché leur soutien à l’Ukraine, en arborant des pin’s aux couleurs du drapeau ukrainien, mis à disposition par le Festival.

Trois réalisateurs ukrainiens au Festival

Ce soutien de la Croisette aux Ukrainiens s’est aussi affiché lors des sélections. Trois réalisateurs ukrainiens étaient présents, deux en sélection, Maksym Nakonechni avec "Butterfly Vision" et Sergeï Loznitsa avec "The Natural History of Destruction", puis un troisième à la Quinzaine des réalisateurs, Dmytro Sukholytkyv-Sobchuk avec "Pamfir". Maksym Nakonechni a profité de la diffusion de son film pour déployer une banderole avec ses acteurs, dénonçant la guerre en Ukraine et les crimes perpétrés par les Russes.

Lors d’une interview à France Culture, Sergeï Loznitsa, cinéaste habitué du Festival, a estimé que les artistes ont un rôle à jouer dans ce conflit. "Les artistes doivent être là pour résister à la barbarie parce que la culture est la première victime de cette barbarie et c’est cette culture qui doit être défendue corps et âme. De plus, la tâche d’un artiste est aussi d’être en dehors de la vie, de pouvoir en être le témoin, de pouvoir l’observer afin de nous faire comprendre à nous, comment on doit l’aborder et c’est l’une des tâches qu’un metteur en scène doit garder à l’esprit."

Le réalisateur ukrainien Sergeï Loznitsa lors du 75e Festival de Cannes, le 21 mai 2022
Le réalisateur ukrainien Sergeï Loznitsa lors du 75e Festival de Cannes, le 21 mai 2022
© Radio France - Fiona Moghaddam

Face à certaines voix qui se sont élevées lors du Festival ( à écouter ici), demandant la suspension de la présence russe sur la scène culturelle, jusqu’à ce que la guerre se termine, le cinéaste ukrainien a appelé à ne pas boycotter la culture russe, tout comme le réalisateur et dissident russe Kirill Serebrennikov.

Lors de la conférence de presse de présentation de son film "La Femme de Tchaïkovski", le cinéaste russe a notamment déclaré : "Je comprends les gens qui exigent ce boycott et que la langue du pays de l’agresseur, de même que la culture qui est considérée comme impérialiste aujourd’hui doit cesser. Néanmoins, appeler à un boycott de la culture uniquement sur la nationalité de la culture en question, je pense que c’est impossible. Car la culture c’est l’air, c’est l’eau, ce sont les nuages, ce sont des choses indépendantes de l’homme (…). [Il ne faut pas] priver les gens de musique, de théâtre, de cinéma alors que c’est justement ce qui les rend vivants."

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Un film sur la guerre actuelle

Lors de ce festival, la guerre a également été présente à travers les images du film Mariupolis 2. Son réalisateur, Mantas Kvedaravicius, a été tué en avril dernier lors du tournage de ce film-documentaire. C’est la co-réalisatrice et également compagne de ce cinéaste anthropologue, Hanna Bilobrova, qui est rentrée d’Ukraine avec les images et a terminé le film, quelques jours à peine avant le début du Fesitval. Elle est venue le présenter à Cannes.

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"On a voulu se concentrer sur la vie et non sur les gros titres ou les statistiques. Ce film est sur les absurdités de la guerre, c’est pour cela qu’il est important de rendre visible l’invisible", explique la réalisatrice à France Culture. Elle et Mantas Kvedaravicius avaient décidé début mars de retourner à Marioupol, là où le réalisateur s’était déjà rendu en 2014 et 2015, sachant que la ville était assiégée et que la population s’y trouvait encore. "On a voulu capturer la vie", précise Hanna Bilobrova. Une vie, brisée par la guerre et qui s’organise malgré la guerre : faire bouillir l’eau de la marmite, se réfugier dans le sous-sol d’une église, au milieu de bâtiments en ruine et malgré le bruit incessant des bombardements et tirs qui se rapprochent de plus en plus. Une plongée dans le quotidien de celles et ceux qui vivent la guerre, en ce moment même.

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