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La laïcité divise la gauche

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Le débat s'envenime à gauche au sujet de la laïcité.

Le débat s'envenime à gauche au sujet de la laïcité. Le président de l'Observatoire de la laïcité Jean-Louis Bianco a riposté aux critiques du Premier ministre. Manuel Valls avait tancé Jean-Louis Bianco et Nicolas Cadène, rapporteur général de cet observatoire, pour avoir signé avec 80 personnalités de divers horizons, dont des militants réputés proches des Frères musulmans, une pétition en faveur du vivre ensemble. « L'Observatoire de la laïcité, placé d'ailleurs sous ma responsabilité, ça ne peut pas être quelque chose qui dénature la réalité de cette laïcité » avait dit le Premier ministre.

Réflexions d'élèves de 4e du collège de Mont-sous-Vaudrey (Jura) sur la laïcité
Réflexions d'élèves de 4e du collège de Mont-sous-Vaudrey (Jura) sur la laïcité
© Radio France - Catherine Duthu

Une fois de plus s'affrontent, plusieurs conceptions de laïcité.

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Les débats actuels sur la place des religions et sur l'islam en particulier font écho à des débats vieux d'un siècle au sein de la gauche. En amont de la loi de 1905 sur la séparation des Églises et de l’État, c'était l'attitude à adopter face à la puissante religion catholique qui divisait la gauche. Les radicaux, autour d’Émile Combes voulaient « régler son compte à l’Église catholique », le député Maurice Allard avait, lui, déposé de nombreux amendements, notamment sur l’interdiction du port de la tenue ecclésiastique en public. Mais c'est finalement le camp d'Aristide Briand et de Ferdinand Buisson qui l'a emporté avec la loi de 1905 : un texte non pas tourné contre les cultes, mais une loi qui proclame la liberté de conscience, c'est-à-dire la liberté de croire ou de ne pas croire, et la République ne reconnaît ni ne subventionne aucun culte.

Jean-Louis Bianco dit vouloir s'inscrire dans cette conception de la laïcité. Inutile, par exemple, selon le président de l'observatoire de la laïcité, de légiférer de nouveau sur le voile à l'université. Il est autorisé et si l'on veut combattre le prosélytisme, l'appareil législatif existant est largement suffisant.

En réponse à Manuel Valls, le président de l’Observatoire de la laïcité explique qu’il s’est « efforcé en permanence de rassembler » au sein de l’instituion créée en 2013.

« Je rappelle qu’une bonne partie des avis a été votée à l’unanimité, et pour les autres à 20 voix sur 23 » . Les voix manquantes ont été celles du député Jean Glavany, de la sénatrice Françoise Laborde et de Patrice Kessel, ancien grand maitre du Grand orient de France. (il répond à Catherine Duthu)

Finalement, Jean-Louis Bianco dit penser comme Bernard Cazeneuve (il répond à Catherine Duthu):

_*_La laïcité n’a pas à se durcir mais à s’affirmer.* **

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Mais pour Jean Glavany, la position de Jean-Louis Bianco est trop accommodante, et elle risque de créer des dérives communautaires. A propos des critiques du rapporteur de l’Observatoire contre Elisabeth Badinter, il s’énerve :

* C’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Donc à un moment il vaut mieux une crise, si elle aboutit à crever l’abcès et à poser les problèmes d’une manière utile et féconde, que de continuer à vivre dans cette ambiance absolument lamentable.* **

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En compagnie de Françoise Laborde et Patrick Kessel, Jean Glavany a rédigé ou soutenu des propositions de loi visant à étendre la neutralité religieuse des agents publics à certaines personnes ou structures, même privées, accueillant des enfants.

Mais cette laïcité de combat, et les attaques tournées aujourd'hui contre Jean-Louis Bianco relèveraient en fait d'une conception « laïcide nauséabonde » selon la Fédération nationale de la libre pensée. Avec La Ligue des droits de l'Homme et la Ligue de l’enseignement, ces associations soutiennent Jean-Louis Bianco dont les avis sont, pour elles, « un apport précieux » qui « éclaire le débat et la recherche laïque » .

*> Réécoutez le Magazine de la rédaction : *Les nouveaux combats pour la laïcité **