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La langue française facteur d'intégration. A quel point ?

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> L'obligation d'un test de français : Témoignages d'immigrés | Le rôle de la langue en question

Strasbourg colombages
Strasbourg colombages

Depuis le 1er janvier, les prétendants à la nationalité française doivent donc passer un test de compréhension du français. Le ministère de l'Intérieur a choisi de remettre la langue au centre de l'intégration des populations immigrées. Mais dans son application, ce test pose plusieurs problèmes. Sur le fond, des universitaires se sont exprimés contre l'utilisation politique qui serait faîte par le gouvernement.

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La maîtrise du français fait partie depuis plusieurs années des conditions à remplir pour accéder à la nationalité. Avant le 1er janvier 2012, l’examen consistait en un entretien avec un agent de la préfecture. Désormais, le test de français type "examen" se veut plus objectif, plus juste, mais il exclut de fait toute une partie des postulants.

Il s’agit des immigrés illettrés. Dans la majorité des cas, il s’agit de femmes, arrivées il y a plusieurs années dans le cadre du regroupement familial et qui n’ont pas été scolarisées, ni en France ni dans leurs pays d’origine.

Marylène Kuntz
Marylène Kuntz
© Radio France

Bien sûr, le test ne nécessite pas d’écrire, juste de montrer que l'on comprend les questions et que l'on sait converser. Mais les consignes, elles, sont écrites, ce qui pose un problème selon Marylène Kuntz , la responsable du département Français Langue Etrangère au CIEL :

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Hélène Chevalier de l'Alliance Française
Hélène Chevalier de l'Alliance Française
© Radio France - Abdelhak El Idrissi

Mais ce public, exclu pour le moment du test, resterait minoritaire. C’est l’avis de Nathalie Chevalier , la directrice de l’Alliance Française Strasbourg-Europe , habilitée avec le CIEL à faire passer les tests de français :

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Ayfer Aslan
Ayfer Aslan
© Radio France

En attendant, ces femmes restent pénalisées. A Strasbourg, elles peuvent être aidées par des associations locales. C’est le cas de l’ASTU, créée dans les années 70 pour aider les travailleurs turcs (la communauté turque est toujours la plus importante d’Alsace). Mais aujourd’hui, l’ASTU aide les immigrés souhaitant constituer un dossier de naturalisation. Ayfer Aslan aide particulièrement les femmes , et témoigne de leurs difficultés :

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Sur l’existence même du test de français, plusieurs universitaires se sont manifestés pour exprimer leurs réserves, ils ont même signé une tribune sur le site d'informations en ligne Mediapart.

Ils y contestent la volonté du ministère de l'Intérieur de contrôler les formations de français destinées aux adultes migrants.

université Strasbourg
université Strasbourg
© Radio France

Parmi eux, on retrouve Dominique Huck, linguiste, professeur-chercheur au département dialectologie de l’Université de Strasbourg. Pour expliquer sa position, il prend l’exemple du référentiel de Français Langue d’Intégration (FLI).

C’est ce document, élaboré par des universitaires, qui sert de base pédagogique aux organismes qui souhaitent former le public, souvent étranger, à la langue française. Et voici ce qu’on lit dans l’avant-propos :

"La langue détermine la façon de raisonner des peuples et le regard qu'ils portent sur le monde. La connaissance et l'usage de la langue du pays d'accueil constituent le premier facteur de l'intégration car ils permettent une vie sociale normale. La langue est aussi le vecteur de la culture et elle seule permet d'appréhender le sens de valeurs difficilement transmissibles dans les langues d'origine."

Dominique Huck
Dominique Huck

Ce passage, qui lui n'a pas été rédigé par des universitaires, a beaucoup fait réagir Dominique Huck :

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Laurent Beeler
Laurent Beeler
© Radio France

Dans chaque région, l’OFII (Office Français de l’Immigration et de l’Intégration ) dispose d’une délégation chargée de l’accueil et du suivi des immigrés. Le délégué territorial pour l’Alsace, Laurent Beeler n’est pas d’accord avec Dominique Huck sur la place de la langue dans le processus d’intégration. Pour lui, le français est primordial :

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Muharrem Koç
Muharrem Koç
© Radio France

D’autres pensent au contraire que la langue n’est pas une condition nécessaire à l’intégration, ou en tout cas pas une condition suffisante. C’est l’avis de Muharrem Koç ,** il est le directeur de l’association ASTU** qui vient en aide aux immigrés :

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Muharrem Koç estime également que ce test de français ne sert qu’à resserrer un peu plus l’étau de la naturalisation avec toujours plus de conditions imposées aux immigrés :

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Et avant même d’avoir passé le test de français, des postulants à la nationalité se voient refuser leurs dossiers par la préfecture du Bas-Rhin. Et à chaque fois l’ASTU aide ces immigrés à contester par courrier ces refus. En voici deux exemplaires :

courrier préf
courrier préf
© Radio France
courrer préf 1
courrer préf 1

Nous avons naturellement cherché à joindre la préfecture du Bas-Rhin pour évoquer ces refus et plus généralement pour parler de la mise en place des tests de français dans le département et la région depuis le 1er janvier. Malheureusement, notre demande a été refusée.

Strasbourg pont
Strasbourg pont
© Radio France

Le test de culture générale
A partir du 1er janvier, les candidats à la naturalisation devront passer un autre test s’ils veulent devenir Français. Il s’agit d’une série de questions censées vérifier que le candidat maîtrise un socle de connaissances liées à l’histoire et aux valeurs de la France. En voici des exemples :

**"L'hymne de la France est : 1) la Marseillaise ; 2) la Versaillaise ; 3) la Paimpolaise ?"*- "La loi est votée par : 1) le président de la République ; 2) l'Assemblée nationale et le Sénat ; 3) les habitants de la France ?" * ** - "Brigitte Bardot fut : 1) une actrice de cinéma ; 2) la créatrice d'une maison de couture ; 3) la première femme championne de boxe ?"

Le test, un questionnaire à choix multiples de dix questions, portera sur la géographie, la littérature, les monuments, ainsi que sur les grands principes qui fondent l'unité nationale. Le programme d'évaluation a été élaboré par un groupe d'historiens et d'experts.

Fadler
Fadler

Nous avons posé une question de "culture générale" à Fadler , le candidat haïtien à la nationalité. Il maîtrise très bien le français, et a étudié dans son pays d’origine jusqu’à un niveau universitaire. Pourtant, la question (où se situe le Mont Saint-Michel ?) l’a mis en difficulté :

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Il ne s’agit là que d’une question, et celle-ci n’a pas valeur scientifique. Mais elle montre bien le choix difficile des questions. Fadler semble très bien intégré en France, à tous les niveaux, mais il n’est pas capable de répondre à une question précise sur un monument français. Est-ce que cela ferait de lui un mauvais Français ? Des Français eux mêmes sauraient-ils répondre à ce genre de questions ?

Déjà opposé au test de français, l’universitaire Dominique Huck est encore plus critique avec le test de culture générale :

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L'instauration du test de français a surpris par sa rapidité, notamment au sein des Préfectures et des organismes examinateurs. Beaucoup ont salué l'esprit de la réforme poussant les immigrés candidats à la nationalité française à mieux maîtriser la langue. Aujourd'hui des centaines de personnes possèdent la nationalité sans connaître le français. Mais le gouvernement a t-il apporté le bon remède ?

Mais au delà, la question se pose sur la définition du "bon citoyen". Qu'exige t-on de lui, sur son niveau de langue mais aussi sur ses connaissances du pays ? A chaque palier de difficulté dans l'obtention de la nationalité française, le nombre de naturalisations baisse, créant ainsi une antichambre dans laquelle évoluent des immigrés, résidents depuis de nombreuses années mais qui ne peuvent pas achever leur intégration dans la société française.

> Retrouvez jeudi 23 février sur l’antenne de France Culture toute une série de reportages et d’émissions sur le thème de l’immigration.