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La liberté en Russie est une sorte de troisième dimension...

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Jeremy Clarkson, le journaliste vedette du Royaume Uni se marre, comme d’habitude, pendant son émission sur les voitures, Top Gear. Cette fois-ci il montre à l’écran une photo que Ferrari lui a envoyée. On y voit d’abord, ce qui est logique, une voiture de course, très puissante. Et puis, Clarkson propose de regarder l’image de près et…les téléspectateurs remarquent que la Ferrari en question roule sur un énorme graffiti. Et il s’agit, oh comme c’est original, du dessin d’une verge ! Tous le monde rigole !

ferrari
ferrari
© Radio France

Clarkson fait remarquer ensuite que l’auteur de ce graffiti doit être celui qui a dessiné une énorme bite de 65 mètres sur un pont levant a Saint Pétersbourg, en Russie, qui, à chaque fois qu’il est levé, dresse donc en même temps l’œuvre phallique. Tous le mode rit encore plus fort !

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voina
voina
© Radio France

Ce concours de phallus est très intéressant parce qu’il illustre bien la frontière entre les démocraties européennes et la Russie actuelle. Clarkson et compagnie rient de ces deux graffiti car pour eux il s’agit d’une petite rigolade provocante. En revanche, les autorités russes ont prit l’affaire très au sérieux. Car la bite a été dessinée sur un pont qui se lève toutes les nuits devant l’immeuble du Service Fédéral de Sécurité !

Le dessin du pénis a été fait avec de la peinture fluorescente en un temps record de 23 secondes par les artistes-activistes-actionnistes-anarchistes du groupe Voina (ce que signifie « guerre » en russe). Aujourd’hui ils risquent des poursuites judiciaires pour toute une série de provocations. En commençant par une partouze dans le musée d’état de biologie pour communiquer de l’énergie vitale « a l’héritier l’Ourson » au moment du passage du pouvoir en 2008 entre Poutine et Medvedev (Medved c’est l’Ours en russe) et en terminant par le renversement d’une voiture de police devant un palais de Saint Pétersbourg pour récupérer le ballon qu’un enfant avait perdu en jouant a coté. Une action baptisée « Un renversement de palais ».

медвежонок
медвежонок
© Radio France

En regardant tout cet activisme je me suis dit qu’il était temps pour moi de faire un aveu. Moi, Alexis Ipatovtsev, je plaide coupable, pour avoir dessiné, en janvier 1983, un slogan officiel « Vive le Parti Communiste », sur la palissade du palais du membre de politburo, camarade Zaikov. Je l’ai fait pendant la nuit, en collant sur les planches de la palissade des boules de neige humides. Et dans la matinée suivante, j’avoue avoir éprouvé une coupable excitation ironique en regardant, caché dans la foret voisine, la confusion des policiers devant mon œuvre d’art. Ils ont hésité pendant une demi-heure, puis se sont résolu à barrer la route pour que les passants ne puissent pas voire la destruction d’un slogan, pourtant officiel, mais fait d’une manière iconoclaste. Et j’avoue ma compassion devant leur désarroi quand ils ont découvert que la neige…eh bien était humide et avait donc laissé des traces sur les planches en bois ! Le maudit slogan, devenu noir était toujours la…

Mon œuvre, faite pendant le totalitarisme soviétique et avant internet n’a pas été repris par une multitude de blogs dans le monde entier, comme ca été le cas avec les œuvres de Voina. Il n’a pas été vu par plus d’un millions de personnes, qui ont lu ces blogs, comme ca été le cas pour la fameuse bite devant la maison de l’ex-KGB. Et, heureusement, je n’ai pas été récompensé. Ni par les poursuites. Ni par un prix. Car oui, les artistes-actionnistes de Voina ne sont pas uniquement poursuivis. Non, en avril, le pénis du collectif Voina s’est vu récompensé d’un prix officiel de la part du Ministère de la Culture russe, le prix « Innovation » !

Je vais terminer en citant un membre de jury et célèbre curateur moscovite Andrei Yerofeyev : "J'ai du mal à imaginer une situation similaire en Allemagne, en France ou aux Etats-Unis, où cette sorte d'art serait récompensée. En ce sens, la liberté en Russie est une sorte de troisième dimension."