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La longue file d’attente de films en vue de la réouverture des cinémas

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Les cinémas, fermés depuis six mois, ont laissé les affiches des films diffusés avant le confinement de novembre. Paris, le 28 avril 2021
Les cinémas, fermés depuis six mois, ont laissé les affiches des films diffusés avant le confinement de novembre. Paris, le 28 avril 2021
© Radio France - Fiona Moghaddam

Une file d’attente sans précédent attend des centaines de films à la réouverture des cinémas. Entre 300 et 400 films ont été privés d’écran depuis le 31 octobre 2020. Un calendrier est en cours de discussion entre les distributeurs pour permettre à chacun de trouver une place. Une situation inédite.

Entre 300 et 450 films n’ont pas pu sortir en salles depuis la fermeture des cinémas le 31 octobre dernier. Avant leur réouverture le 19 mai prochain, les distributeurs s’organisent pour permettre à tous ces films de trouver un écran et que les plus petits ne soient pas éclipsés par les plus grands. Une situation inédite en France.

Depuis six mois, les films s’accumulent. D’après les distributeurs, il y aurait actuellement environ 400 films en attente de sortie, à raison d’une quinzaine de sortie par semaine. Un chiffre basé à la fois sur "les films identifiés par les distributeurs indépendants et un calcul lié au nombre de sorties habituelles", détaille Etienne Ollagnier, co-président du Syndicat des distributeurs indépendants (SDI). Sa société de distribution de films Jour2Fête sort en moyenne un film par mois. Actuellement, environ sept films sont en attente. À cela s’ajoutent les nouveaux films, "en tout, on a donc 18 films à sortir".

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Même constat pour Eric Lagesse, co-président du syndicat des Distributeurs indépendants réunis européens (Dire) et à la tête de la société de distribution Pyramide Films.

Je sors à peu près 17 films par an. En 2020, je n’ai pu en sortir que 8 et il y en a 3 pour lesquels j’ai privilégié une exploitation télé directe sans passer par la salle car je n’avais plus de place et qu’économiquement, cela ne devenait plus viable du tout. J’ai donc 6 films reportés sur cette année. Ajoutés à mes 17 films censés sortir en 2021, vous voyez la catastrophe ? Et ceux-là vont se reporter sur 2022, puis encore en 2023, nous allons mettre des années à re-balancer tout cela !                                      
Eric Lagesse, président de Pyramide Films

Car si les cinémas sont fermés depuis six mois, la production de films, elle, se poursuit. _"_À part lors du premier confinement où la vie s’est arrêtée complètement, les tournages ont repris l’été dernier et ne se sont plus arrêtés depuis", explique Etienne Ollagnier. D’après le co-responsable du SDI, la production a diminué d’environ 20% sur une année mais elle reste tout de même importante. "On commence à sentir un ralentissement du côté des acquisitions des distributeurs, du fait de l’encombrement qui s’annonce. Mais jusqu’ici, ils ont continué à acquérir des films et ont donc permis à des producteurs de continuer leur travail", poursuit-il.

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Un nœud de programmation vers la fin de l'année

Mais aux 400 films en attente viennent évidemment s’ajouter tous les nouveaux films, notamment ceux prêts pour le Festival de Cannes, qui devrait se tenir début juillet. 

Le distributeur anticipe la période septembre-décembre comme "abominable". Si le Festival de Cannes a bien lieu en juillet, "tous les films de Cannes auront envie de sortir assez vite, à la rentrée. La fin d’année entre octobre et décembre est une période traditionnellement très chargée où beaucoup de films porteurs sortent. C’est là que le plus gros nœud de programmation va vraisemblablement exister. Toutes les grosses productions qui n’ont pas pu sortir comme James Bond, les Disney ou des films populaires qui sortent souvent au moment de Noël ainsi que la Palme d’or", vont se retrouver à l’affiche.

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C’est pourquoi l’Autorité de la concurrence, saisie par le Médiateur du cinéma – autorité chargée de conciliation en cas de litige sur la diffusion de films en salle, a autorisé sous condition les distributeurs à mettre en place un calendrier concerté de sortie.

"Le pire qui pourrait arriver pour le marché, c’est que sortent, non plus 15 à 25 films par semaine mais 40 à 60, ce serait la mort de tout le monde !" s’inquiète Etienne Ollagnier. Lui espère que lors de ces discussions, chacun mette du sien pour permettre aux différents films d’exister. 

Il faut réfléchir à des calendriers qui n’obèrent pas les succès dont on a tous besoin, après une crise pareille, pour se remettre à flot.                              
Etienne Ollagnier, co-gérant de Jour2Fête

Des blockbusters aux petits films d’auteur, les distributeurs indépendants souhaitent que la diversité du cinéma continue d’être représentée à la réouverture. "Je m’inquiète toujours pour la diversité des films à l’affiche, explique Eric Lagesse. J’ai des films de la diversité, 'des films du milieu' comme on les appelle, des films d’auteur, c’est le cinéma que je défends. On est beaucoup de distributeurs à défendre ces films et s’il y a trop de sorties, ces films-là qui ont besoin d’un peu plus de temps que les autres pour marcher risquent de ne pas fonctionner."

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Avec le risque que les productions réalisent moins d’entrées qu’en temps normal en raison de la forte concurrence. Certains studios américains mais aussi des grands distributeurs ont commencé à annoncer des dates de sortie pour leurs films dès que l’hypothèse de la mi-mai pour une réouverture des cinémas a été émise : "Si les studios sortent un film par semaine au lieu d’un toutes les trois semaines, il est évident qu’ils occuperont 80 à 90% des écrans et ne laisseront que les miettes pour les autres," regrette Etienne Ollagnier. Si aucun accord n'a été conclu pour l'heure, une vingtaine de films ont déjà annoncé leur intention de sortir en salles dès le 19 mai, d'après un décompte du magazine web Le Film français.

"La salle crée la notoriété"

Face aux fermetures des cinémas, certaines œuvres sont passées par la case VOD (vidéo à la demande) ou télévision. Une pratique qui peut marcher dans certains cas mais qui n’est pas une solution durable. "Certains films sont allés sur des plateformes, parfois les leurs comme cela a été le cas pour le film d’animation de Disney ,'Soul', ou encore 'Mulan'", détaille Eric Lagesse. Lui tente de trouver des solutions, en proposant éventuellement des films à la télévision, sachant que certains sont des coproductions françaises et déjà vendus. Et il y a les films qu’il tient "absolument" à sortir en salle. 

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Sortir un film en salle, c'est aussi prendre le risque qu'il marche ou ne marche pas, qu’il fasse un énorme succès ou un flop. C'est cela, mon travail de distributeur. Ce n'est pas vendre à un prix fixe un film à une télévision et ne pas le voir vivre en salle. Et puis, financièrement, ce sont rarement de bonnes affaires. Ce sont au mieux des affaires qui m'empêchent de perdre de l'argent.                              
Eric Lagesse, président de Pyramide Films

"La salle crée la notoriété" pour Etienne Ollagnier. Des films proposés directement en VOD peuvent ne pas avoir le succès escompté. "On l’a testé au moment du premier confinement, se souvient le distributeur. Mais un film dont personne n’a entendu parler, personne ne va le voir. Il y aura peut-être 1-2% des 400 films qui trouveront une voie sous cette forme mais je ne pense pas qu’il y en aura beaucoup plus."

Il y a un peu un fantasme autour de l'idée que les plateformes ou les chaînes de télé iraient accueillir les films qui ne peuvent pas sortir en salles. Mais cela reste du fantasme. Ce n'est pas pour rien que les films de cinéma sont des films de cinéma. Ils ont besoin de la salle pour exister.                              
Etienne Ollagnier, co-gérant de Jour2Fête

Un film comme Papicha (distingué par deux César, meilleur premier film 2020 et meilleur espoir féminin pour Lyna Khoudri) n’aurait pu trouver sa place à la télévision ou sur une plateforme avant sa sortie en salle. Pour Etienne Ollagnier, "c’est au moment où il sort en salle que d’un seul coup, il devient important." D’autres productions permettent aussi de créer du débat, comme le documentaire Un pays qui se tient sage, de David Dufresne, par exemple et la salle est la seule option pour lui permettre d'y vivre.

Ressortir les films d'avant fermeture

En vue de la réouverture, la solution qui semble pour le moment se profiler serait de ressortir certains des films à l'affiche au moment de la fermeture. D'autant que dans un premier temps, la jauge autorisée devrait être limitée à 35% de la capacité d'accueil du public.

Le film ADN de Maïwenn par exemple est sorti deux jours avant le début du deuxième confinement, tout comme Garçon chiffon de Nicolas Maury ou encore Sous les étoiles de Paris de Claus Drexel. Il y a aussi Drunk de Thomas Vinterberg, resté deux semaines à l'affiche avant la fermeture des cinémas et qui vient de remporter l'Oscar du meilleur film étranger mais aussi Adieu les cons d'Albert Dupontel qui est resté à peine plus d'une semaine à l'affiche et a récemment remporté sept César dont ceux du meilleur film et meilleur réalisateur. Une manière pour le cinéma de reprendre la vie là où elle s'était arrêtée il y a maintenant six mois. Et de faire en sorte "que le cinéma d’après-crise ne soit pas trop différent de celui d’avant", comme l'espère Etienne Ollagnier.