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La machine à coudre comme objet social et politique

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CC0 Domaine public
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Le roman "À la machine" suit le parcours de Barthélémy Thimonnier, tailleur de métier, qui tente de mettre sur le marché son invention : la machine à coudre. Un récit social et politique sur un siècle industriel où les hommes luttent contre les machines pour préserver leurs métiers.

Barthélémy Thimonnier débute son métier de tailleur à Panissières en 1820. C’est en voyant sa femme broder qu’il commence à réfléchir à un prototype de crochet mécanique pour alléger sa charge de travail. Il met au point son invention lors de son arrivée à Saint-Etienne en 1823. Le premier dépôt de brevet est délivré en 1830. Il ouvre le premier atelier mécanique de confection à Paris et entreprend la fabrication de costumes de l’armée pour la campagne en Algérie. La destruction de celui-ci par des ouvriers tailleurs revendicatifs, le contraint à reprendre son métier de tailleur en province. Entre 1841 et 1847, il dépose plusieurs brevets pour des nouveaux modèles à coudre mais l’utilisation de la machine ne se répand pas. Les dettes s’accumulent et il ne parvient pas à faire vivre sa famille. Il décède dans la misère sans que son invention ne soit reconnue en France et à l’étranger. Aux Etats-Unis, Isaac Merrit Singer perfectionne le mécanisme de la machine à coudre et dépose un brevet en 1851. Il crée son entreprise et connaît un important succès commercial grâce à la vente des machines au niveau mondial. 

Dans À la machine, Yamina Benahmed Daho s’interroge sur l’injustice que connaît un inventeur dépossédé de ses brevets. Elle cherche une explication politique et sociale à la misère de cet inventeur français pris dans un siècle industriel auquel il semble croire. Les différentes rencontres qu’il fait ne lui permettent pas d'imposer son invention sur le marché. C'est aux Etats-Unis que la machine à coudre sera reconnue comme outil de travail notamment grâce à Isaac Merrit Singer. Selon Yamina Benahmed Daho, l'entreprise Singer a créé une "fable commerciale" autour de la machine à coudre. Elle l’a d’abord proposée aux tailleurs juifs de New-York qui l’ont refusée puis l’a imposée aux femmes comme outil d’intérieur dans les foyers. Cette commercialisation "sauvage" représente les prémices du capitalisme. La finalité de l’invention est questionnée car elle devient un outil qui aliène l’homme et va fournir à l’industrie les moyens d’imposer des bas salaires.

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Yamina Benahmed Daho cherche à déconstruire la "fable émotionnelle" construite autour de l'inventeur “martyr”. Elle s’inspire de l’historien François Jarrige et de ses travaux sur les hommes et les machines au XIXe siècle. Les recherches de l’historien Gabriel Galvez-Béhar sur le fonctionnement de l’acquisition des brevets constituent une des bases de ses recherches. Au même titre que les sujets de recherche d’Arlette Farge sur les conditions de vie des artisans et de Fernand Rude sur la révolte des canuts lyonnais.

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Une rencontre enregistrée en février 2021.

Yamina Benahmed Daho, écrivaine

Sonia Déchamps, journaliste.

Retrouvez notre dossier " Effractions 2021" sur notre webmagazine Balises.

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59 min
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