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La Maison de la radio, inscrite au titre des Monuments historiques

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La maison de la radio
La maison de la radio
- Yvon (carte postale)

La célèbre maison ronde, conçue par l'architecte Henry Bernard et inaugurée en décembre 1963, vient d'obtenir la reconnaissance officielle de sa valeur patrimoniale et de sa mission d’intérêt public. En 2013, la Maison ronde se racontait au travers de la voix d'une comédienne, sur France Culture.

Cette fois c'est confirmé ! La Maison de la radio, à Paris, est désormais inscrite aux Monuments historiques. Un arrêté publié le 26 mars par la Direction régionale des Affaires culturelles est venu clore heureusement la demande qu'avait initiée Radio France auprès des services du ministère de la Culture, il y a déjà plusieurs mois. 

Née officiellement le 1er décembre 1963, une maison qui intimide dans les premiers temps

Avec sa surface totale de 100 000 mètres carrés, et ses couloirs courbes et interminables, la maison ronde avait été conçue par l’architecte Henry Bernard, Premier Grand Prix de Rome, disparu en 1994, afin d'abriter la radio-télévision publique. "Ce qui me plaît, c'est qu'elle n'a aucune fantaisie", disait l'architecte de son bâtiment, lorsqu'on l'interrogeait. Elle avait été inaugurée par le général de Gaulle en décembre 1963, qui avait alors affirmé d'une voix vibrante :

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A la radio, fallait-il une maison ? Oui ! 

A l'occasion des 50 ans de la Maison de la radio en décembre 2013, Thomas Baumgartner lui donnait littéralement la parole dans une série d'"A Voix nue". C'est l'actrice et dramaturge Françoise Cadol qui incarnait cette "personnalité rare, habitée, qui n'a jamais parlé en son nom propre, mais qui libère la parole" :

J'ai fait couler beaucoup d'encre. Célèbre et méconnue, critiquée et enviée, on me regretterait si je n'existais pas. Des milliers de femmes et d'hommes sont passés chez moi. Ils ont laissé des traces, des murmures... J'ai un demi siècle de mémoire entre les murs. Je suis née officiellement le 1er décembre 1963 d'un géomètre et d'une saltimbanque. Mon père, Henri Bernard, était architecte. Ma mère, la Radiodiffusion française qui deviendra bientôt la Radiotélévision française, était encore bien jeune. Adolescente délurée de 19 ans à peine, la RDF comme on la surnommait, a plu tout de suite à papa... 

Cette naissance de la Maison de la radio était raconté dans l'épisode 1 de cette série : "La Cathédrale des Ondes" :

La Maison de la Radio (1/4), A Voie nue, décembre 2013

28 min

Quant à l'épisode 2, intitulée "Une nouvelle adresse à la mode", il se faisait l'écho du flottement, de l'hésitation qui accompagnèrent la première année de fonctionnement de la Maison ronde :

Pour ceux qui au début de l'année 1964 venaient travailler chez moi, qui étais-je ? Un ovni rapidement entrevu en roulant sur le quai de Passy, qui ne s'appelait pas encore l'"avenue du Président Kennedy". Une masse imposante, peut être un peu effrayante, auprès de laquelle on se sentait tout petit. [...] Les collaborateurs de ma mère, la Radiotélévision française, en étaient réduits à glaner les dernières nouvelles de leur maison dans "Paris Presse", ou "Le Canard enchaîné".

La Maison de la Radio (2/4), A Voix nue, décembre 2013

28 min

L'adoption par le public, et l'ébullition radiophonique

Cet "A Voix nue" racontait aussi la manière dont la maison avait été petit à petit apprivoisée par le grand public, lorsque ce dernier avait pu commencer à l'arpenter :

En 1965, grâce à l'émission "Entrée libre" à l'ORTF" de Jean Garetto et Pierre Coudou, qui se tenait dans mon grand hall tous les dimanches matins, et au "Pop-Club" de José Arthur, qui avait lieu tous les soirs dans mon bar noir. Mon père, l'architecte Henri Bernard, m'avait conçue comme une maison égoïste, repliée sur elle-même, mettant ses habitants à l'abri des regards indiscrets. Il n'avait pas compris que la famille du côté de ma mère, avait besoin d'un public. Saltimbanques des ondes, aussi intellectuels soient-ils, les gens de radio ont autant besoin de leurs auditeurs que j'ai besoin de mes murs pour tenir debout. Roland Dhordain le directeur de France Inter le savait pertinemment ! Il me trouvait sinistre. Il espérait m'égayer en invitant les gens à venir chez moi. C'est ainsi que grâce à l'émission "Entrée libre", mes dimanches matins se sont transformés en pure kermesse.

Entre la fiction de France Culture, le Jeu des Mille Francs (créé en 1958, véritable madeleine de Proust devenue "Jeu des 1000 euros"), la musique servie par les deux orchestres, le chœur et la maîtrise, les conversations de Jacques Chancel... Une véritable ébullition radiophonique, dont se faisait l'écho le troisième épisode de la série, sobrement appelé "La Maison de Radio France" :

La Maison de la Radio (3/4), A Voix nue, décembre 2013

29 min

Au début des années 1980, l'heure est aux nouvelles expérimentations : Radio France se lance dans cinq grands projets de radios thématiques, "Radio bleu", "Radio Sept" et trois premières radios locales, "Fréquence nord", "Radio Mayenne" et "Melun FM", alors que le terrain des locales était jusque là exclusivement occupé par FR3. C'est ce que racontait le dernière épisode de cette série d'"A Voix nue", retraçant les évolutions des trente dernières années de la maison, et s'attardant sur son visage actuel : sept chaînes se distinguant par leur identité forte, Inter, Bleu (avec 44 radios locales), Culture, Musique, Fip, Info et Mouv.

La Maison de la Radio (4/4), A Voix nue, décembre 2013

29 min

En 2014, le slogan de la maison ronde devient "Passez quand vous voulez". Et si on ignore encore à quoi ressemblera Radio France demain, avec les projets de réforme de l'audiovisuel public, il reste plus que jamais d'actualité !

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