La minijupe, entre émancipation et sexualisation

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La minijupe, entre émancipation et sexualisation

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En soixante ans d'existence, la minijupe a fait tourner bien des têtes. Alors que "la tenue républicaine" à l'école divise, remontons le temps, à l'origine de cette petite révolution.

Bien avant le crop-top, la minijupe aussi a suscité le débat dans les années 1960. Créée par une styliste anglaise, elle est à l’origine d’une vraie révolution sexuelle, stylistique et commerciale.  

En 1965, le couturier André Courrèges présente en défilé une jupe courte qui fait sensation. Pourtant, c’est Mary Quant, jeune styliste du Swinging London qui en est à l’origine. Née à Londres en 1934, Mary Quant s’intéresse très jeune à la mode. À 21 ans, elle ouvre le Bazaar en 1955, lieu alternatif mêlant concerts de jazz, bar et boutique de vêtements.

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Elle se met à fabriquer ses propres vêtements qu’elle vend le lendemain en boutique, des pièces simples, des cols Claudine avec des matériaux moins coûteux comme le jersey, le coton, le tweed, le nylon et même le PVC.

Xavier Chaumette, historien de la mode : “Les années 1950, ce sont des années très 'madame', très chic, très noir, très strict, donc cette jeunesse va commencer à faire sa mode, mais une mode qui n’existe pas dans les magasins en fait. Ils se mettent dans les quartiers populaires et ouvrent des boutiques. On rentre dans les boutiques et on a un méli-mélo de vêtements, on fait son choix, c’est une immense révolution même au niveau du merchandising, on se sert soi-même il y a de la musique.”

Mary Quant commence à vouloir raccourcir les jupes au-dessus des genoux pour des raisons de confort, de mobilité et d’esthétisme. Avec ces jupes “mini”, en référence à la Mini Cooper, les femmes peuvent désormais marcher sans entrave, courir après le bus et aller danser après une journée de travail.

Véronique Pouillard, historienne de la mode : “Mary Quant vend la minijupe avec des collants qui sont souvent opaques et de couleur. Ce qui veut dire que les femmes ne portent plus le porte-jarretelles, qui est aussi érotisé. Donc quelque part, la minijupe avec le collant peut signifier une approche plus sportive paradoxalement.”

Mary Quant raconte s’être inspirée des tenues de plage des femmes à Saint-Tropez mais avait aussi en tête les jupes courtes des joueuses de tennis. Mary Quant veut libérer la femme, elle veut la sexualiser, aussi.

“Le message est : 'Je suis très sexy, j'aime le sexe et je suis provocante, mais tu devras mettre le paquet pour pouvoir être avec moi'. Maintenant, c'est la femme qui décide." Mary Quant

La minijupe explose dans les capitales européennes et ne laisse personne indifférent  

Véronique Pouillard : “La réaction des hommes dans les rues est une réaction de prédateurs sexuels. De la part des femmes, c’est plutôt une réaction de dépit ou d'étonnement. Le regard masculin se cristallise comme étant problématique et difficile à vivre.” 

La minijupe marque un profond clivage entre jeunes “baby-boomeuses” et leurs mères.

“C'est affreux de faire voir ces genoux. Je trouve ça indécent” Coco Chanel

Xavier Chaumette : "Elle casse un tabou qui est celui de Chanel. L’histoire de la jupe est très intéressante. Elle se raccourcit en 1912 et pendant la guerre de 14-18, pour des questions de pénurie et parce que les femmes travaillent, elle remonte mi-mollet et en 1925, elle arrive sous le genou et elle s’arrête là. Le genou c’est emblématique, comme le nombril. Entre le genou et le nombril c’est l’interdit. Et jusqu’en 1962-1963, on est complètement dans ce diktat de Chanel.”

Une réussite internationale

Mary Quant multiplie les boutiques, diversifie sa ligne de vêtements, avec des chaussures et des cosmétiques. Elle s'associe avec une grande chaîne de magasins américaine. Elle démocratise le vêtement, avec le triomphe du prêt-à-porter.  

La jeune styliste fait des rues londoniennes l’épicentre de la mode, au grand dam des maisons de haute-couture parisiennes. Xavier Chaumette : “Courrèges, en mettant sa minirobe dans la couture, l’a rendue populaire, il a permis de la rendre acceptable parce que c’était quand même Paris qui donnait le ton de la mode. Mais là cette rébellion des jeunes fait passer la mode de la rue comme une mode référente. La mode ne part pas du sommet de la pyramide, mais du bas.”

La minijupe est popularisée par des actrices, et chanteuses au sommet de leur carrière mais elle définit aussi des canons de beauté contraignants.  

Véronique Pouillard : “C’est vrai qu’à l’époque, c’est l’ère des mannequins très très minces. On la voit portée de manière stéréotypée portée sur des mannequins qui sont jeunes, minces, musclées sportives.”

Icône d’une époque, la minijupe finit par rentrer dans les mœurs. Symbole de libération des femmes dans les années 1960, la minijupe est aussi vécue comme aliénante par une nouvelle génération de femmes et interroge le regard masculin.