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La musique classique peut-elle changer la prison ?

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Atelier à la prison de Meaux
Atelier à la prison de Meaux
- Orchestre de Chambre de Paris

reportage. Au centre de détention de Meaux Chauconin, la musique classique a sa place. Des cours de piano y sont dispensés, et pour la deuxième année l'Orchestre de Chambre de Paris a composé avec un groupe de huit détenus une oeuvre inspirée du "Mystère de l'Instant" d'Henri Dutilleux.

Ce soir là, au Théâtre des Champs-Élysées, une salle entière attend 8 détenus retenus par les embouteillages parisiens avant de commencer le concert. Ces détenus, tous volontaires, sont les co compositeurs d'une des pièces données par l'Orchestre de Chambre de Paris. Aidés par les musiciens, ils ont réécrit leur version du Mystère de l'Instant d'Henri Dutilleux. Écoutez :

Quand les détenus de Meaux deviennent compositeurs

3 min

Comp'ose

C'est le nom du projet lancé il y a deux ans par l'Orchestre de Chambre de Paris et qui vise à permettre à tous les publics de s'ouvrir à la musique classique en devenant créateur. Pour ce concert, les musiciens de l'orchestre sont donc allés au centre de détention de Meaux Chauconin, mais aussi dans une classe de CM2 d'Aubervilliers (93) et dans un centre social du XVIIIe arrondissement de Paris.

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Restitution des idées musicales des détenus de la prison de Meaux, à partir du Mystère de l'Instant d'Henri Dutilleux
Restitution des idées musicales des détenus de la prison de Meaux, à partir du Mystère de l'Instant d'Henri Dutilleux
© Radio France - Cécile de Kervasdoué

A chaque fois, Aurélie (altiste), Sarah (violoncelliste) et Benoît (clarinettiste) ont fait découvrir leurs instruments. Et surtout, via des techniques de composition physique et graphique, faites de traits et de couleurs, ils ont puisé les idées de ce public si éloigné des salles de concert.

"Cette musique, elle me permet de penser, de me canaliser, de m'évader. Mais ce théâtre là, c'est pas pour moi, un jeune reubeu des quartiers, incarcéré en plus ! Non, ce n'est pas pour moi !"

Oussine, un détenu.

Les idées des détenus ont ensuite été mises en forme par un groupe de trois compositeurs étudiants au Conservatoire National de Paris (CNSMP). Ils se sont appuyés sur les deux journées d'ateliers menées au centre de détention de Meaux avec les huit détenus choisis pour leur motivation et leur bonne conduite. Philippe Perrin, compositeur tout juste diplômé du CNSMP, a ensuite mis en notes leurs idées musicales.

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Pour la partition graphique, on part d'un dessin. Les détenus doivent développer ce dessin et voir avec les musiciens comment cela peut se traduire musicalement. Donc, le musicien improvise selon les indications des détenus. On a pu aussi partir d'un bout de motif joué par les musiciens, et ensuite les détenus demandaient à ce qu'il soit joué plus grave, plus sombre, plus doux. Préciser ainsi par des adjectifs ou encore par des gestes. Il y a eu beaucoup de travail corporel.

Ce projet porté par l'Orchestre de Chambre de Paris a tellement bien fonctionné cette année encore qu'il est d'ores et déjà reconduit l'année prochaine pour la troisième fois, avec d'autres détenus de la prison de Meaux.