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La passion des Chinois pour l'ivoire aura-t-elle la peau des éléphants ?

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Saisie, avant destruction, de produits en ivoire dans la ville de Dongguan, au sud de la Chine, 6 janvier 2014
Saisie, avant destruction, de produits en ivoire dans la ville de Dongguan, au sud de la Chine, 6 janvier 2014
© AFP - LI XIN / XINHUA

Les Chinois ont pris le contrôle des routes de l'ivoire, selon l’ONG TRAFFIC. Malgré son interdiction internationale, ce trafic se maintient plus que jamais. Derrière la contrebande, une passion ancestrale dans la société chinoise : celle de "l'or blanc", synonyme de prestige.

D'après une étude de l'ONG TRAFFIC, la filière clandestine de l'ivoire, depuis les forêts congolaises, jusqu'à sa vente, à Shanghai, est aujourd'hui exclusivement gérée par les trafiquants chinois. Aux sources de ce braconnage pour "l'or blanc", une passion chinoise ancestrale. Depuis plus de trois millénaires, la possession d'ivoire est en effet synonyme d'un véritable statut social pour les Chinois. Au point que le trafic se pratique désormais à échelle industrielle, comme l'expliquait Céline Sissler dans "Cultures Monde" le 28 avril 2016 :

Ce que l'on a constaté, c'est que nous sommes passés d'un braconnage opportuniste, à une véritable industrie orchestrée par des réseaux criminels [...] Ce qui a fait cette rupture, c'est deux choses. Tout d'abord une demande émergente en Asie, et plus particulièrement en Chine, avec une classe moyenne qui d'un seul coup a eu un pouvoir d'achat plus important. Et il faut savoir qu'en Asie, et plus particulièrement en Chine, détenir de l'ivoire permet d'exprimer un statut social. C'est une marque de prestige. Et ce n'est pas seulement une marque de prestige pour les personnes qui détiennent cet ivoire, mais aussi pour les personnes qui sont en mesure de l'offrir. [...] Il y a une demande importante, mais cette demande s'est mondialisée. Internet a permis de mettre en relation des acheteurs et des vendeurs, et c'est aussi une menace qu'il faut considérer. Céline Sissler, directrice France de l’IFAW (International Fund for Animal Welfare)

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En Chine, détenir de l'ivoire, c'est exprimer un statut social

Environ 50 000 éléphants seraient ainsi tués chaque année en Afrique, sur une population restante de 450 000, nous apprenait encore "Cultures Monde". À l'époque de cette émission, en avril 2016, le Kenya détruisait son plus gros stock illégal d'ivoire de son histoire. Pourtant, le trafic se poursuivait, dopé par cette très forte demande venue de Chine, où il existe encore un marché légal de l'ivoire ouvragé (même si Pékin en avait interdit l'importation en 2015).

Il faut dire que l'amour inconsidéré des Chinois pour l'ivoire est ancestral. D'après les premiers vestiges d'objets d'art en ivoire découverts, il remonte même à 3500 ans, expliquait en 1999 François Constantin. Professeur de science politique à l'Université de Pau (Centre de recherche et d'étude sur les pays d'Afrique orientale), il avait publié un long article sur la question dans la revue Politique africaine (n°76). L'"or blanc" était alors une ressource locale, qui s'épuisa, les siècles passant. Et la Chine se tourna vers l'étranger :

Au début du VIIème siècle de notre ère, à Canton, une forte colonie de Perses et d’Arabes faisait négoce d’ivoire venant sans doute de Zanzibar à destination du marché chinois, où va se perpétuer une véritable culture de "l’or blanc" qui éblouira les visiteurs européens. François Constantin

De Zanzibar jusqu'à Hong Kong

Dans l'histoire de la Chine, une ville fait figure de capitale de l'ivoire : Hong Kong. Si François Constantin souligne que c'est la demande occidentale, au XIXe siècle, qui entraîna l'augmentation de la production et des importations, ce furent ensuite l'acquisition de Hong Kong par la Grande-Bretagne en 1843, l'occupation japonaise des années 1930, et enfin le régime communiste, à partir de 1949, qui achevèrent de faire de Hong Kong un haut lieu de l'ivoire, où les artisans venaient s'installer en masse.

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Enfin, si ce marché est toujours actif, reste qu'un espoir est quand même permis : le gouvernement chinois a annoncé, en janvier 2017, que la Chine, où l'ivoire peut atteindre 1050 euros au kilo, allait bannir d'ici la fin de l'année tout commerce et transformation de l’ivoire dans le pays.