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"La peinture de Basquiat vient de très loin, elle vient d'une mémoire"

Portrait de Jean-Michel Basquiat en 1987.
Portrait de Jean-Michel Basquiat en 1987.
© Maxppp - Topfoto Archive/Barcroft

1989. Michel Enrici, critique et historien de l'art contemporain, publie en 1989 la première monographie de Jean-Michel Basquiat en France. Il est l'invité de l'émission "Du jour au lendemain", un an après la mort du jeune peintre new-yorkais.

En 1989, dans l'émission "Du jour au lendemain", l'historien d'art et auteur d'une monographie sur Jean-Michel Basquiat, Michel Enrici, évoque pour nous la vie et l'œuvre de ce peintre subversif qui devint vite célèbre, lui qui a vécu "dans les bas-fonds de New-York", où "il y a appris l'urgence de la vie et l'urgence de la peinture".

C'est quelqu'un qui a, dans sa peinture, enregistré je crois une large partie de l'histoire de la peinture américaine. Il a à la fois des qualités de peintre spontané et il a en même temps une intuition sur la culture qui fait de lui sûrement une des figures les plus intéressantes de la peinture aujourd'hui. Qui plus est, il ajoute ce patrimoine tout à fait extraordinaire qui est d’être l'œuvre et la peinture d'un jeune Noir américain new-yorkais d'origine haïtienne et porto-ricaine, et qui donc va être dans sa personne la rencontre d'un melting-pot et d'une d'association de cultures quand même assez rare.

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"Du jour au lendemain" avec Michel Enrici pour sa monographie sur Jean-Michel Basquiat, le 27/12/1989 sur France Culture.

45 min

Le désir de la réussite est un véritable désir compulsif chez [Basquiat], c'est une quête d'identité très profonde. Apparemment, exister n'a pas d'autres sens qu'à travers l'idée d'une réussite rapide et violente.

Michel Enrici s'explique sur le fait d'avoir rédigé une monographie sur un artiste qu'il n'a jamais rencontré, c'était justement le parti pris de cet ouvrage : "Il s'agissait de faire passer Basquiat du statut de peintre à la mode au statut de peintre tout court."

La variété des supports (bois, carton, palissade, papier ou toile) utilisés par le jeune peintre démontre que "c'est l’inscription qui est importante" selon son biographe.

Il y a dans l'inscription de l'écriture une volonté d'abord que l'écriture apparaisse avec une grande clarté [...] En même temps, cette écriture est proposée et effacée et souvent barrée avec un soin qui est celui de l'écolier qui au fond ne reconnaît pas tout à fait sa faute, c'est-à-dire que jamais l'écriture n'est totalement effacée ou occultée, elle est simplement barrée comme une rature, comme un repentir et je crois que dans l'œuvre de Basquiat, il y a un très grand effet de manuscrit qui se développe d'un tableau à l'autre.

Les tableaux de Basquiat, "c'est l'histoire du peuple noir, histoire qui n'a pas eu d'écriture" et le sens se joue à travers les formes, les figures peintes. Basquiat "cherche à réactiver cette mémoire" du peuple noir nous explique Michel Enrici.

Basquiat n'est pas encore le Mozart de la peinture. [...] Sa mission tourne autour de lui, c'est-à-dire c'est comme si d'abord la revendication de sa propre réussite était une revendication suffisante. Il s'est trouvé - et ça a été la grandeur de l'œuvre - qu'à côté de ce discours conscient qui consistait à dire qu'une seule chose était intéressante, c'était sa réussite, il emportait avec lui au fond un propos plus collectif qui était cette nouvelle histoire du peuple noir.

  • "Du jour au lendemain " 
  • Première diffusion le 27/12/1989
  • Producteur : Alain Veinstein
  • Réalisation : Bernard Treton
  • Indexation web : Odile Dereuddre, de la Documentation de Radio France
  • Archive Ina - Radio France