Publicité

La Poésie - Textes et sujet

La Paresse
La Paresse
- Ramón CASAS I CARBÓ (source : Web Gallery of art)

A l'occasion des épreuves écrites de bac de français 2017, La compagnie des auteurs, Christine Henneguier, Adeline Lionetto et les élèves de 1ère du lycée Georges Brassens (Paris, XIX°) se penchent sur un sujet type bac portant sur la poésie.

Texte A : Pierre de Ronsard (1524-1585) « Marie, levez-vous, ma jeune paresseuse »Second livre des Amours 1556

Texte B : Saint-Amant (1594-1661) « Le paresseux » Œuvres 1642

Publicité

Texte C : José Maria de Heredia (1842-1905) « La sieste » dans « La nature et le rêve » Les Trophées 1893

Texte D : Henri Michaux, (1899-1984) « La paresse » , Mes propriétés (1930), dans La Nuit remue

Texte A : Pierre de Ronsard (1524-1585) « Marie, levez-vous, ma jeune paresseuse »Second livre des Amours 1556

Marie, levez-vous, ma jeune paresseuse :

Jà la gaie alouette au ciel a fredonné,

Et jà le rossignol doucement jargonné,

Dessus l'épine assis, sa complainte amoureuse.

Sus ! debout ! allons voir l'herbelette perleuse,

Et votre beau rosier de boutons couronné,

Et vos oeillets mignons auxquels aviez donné,

Hier au soir de l'eau, d'une main si soigneuse.

Harsoir (1)en vous couchant vous jurâtes vos yeux

D'être plus tôt que moi ce matin éveillée :

Mais le dormir de l'Aube, aux filles gracieux,

Vous tient d'un doux sommeil encor les yeux sillée.

Çà ! çà ! que je les baise et votre beau tétin,

Cent fois, pour vous apprendre à vous lever matin

1 Hier soir en langue d’Anjou

Texte B : Saint-Amant (1594-1661) « Le paresseux » Œuvres 1642

Accablé de paresse et de mélancolie,

Je rêve dans un lit où je suis fagoté,

Comme un lièvre sans os qui dort dans un pâté,

Ou comme un Don Quichotte en sa morne folie.

Là, sans me soucier des guerres d’Italie,

Du comte Palatin, ni de sa royauté,

Je consacre un bel hymne à cette oisiveté

Où mon âme en langueur est comme ensevelie.

Je trouve ce plaisir si doux et si charmant,

Que je crois que les biens me viendront en dormant,

Puisque je vois déjà s’en enfler ma bedaine,

Et hais tant le travail, que, les yeux entrouverts,

Une main hors des draps, cher Baudoin, à peine

Ai-je pu me résoudre à t’écrire ces vers.

Texte C : José Maria de Heredia (1842-1905) « La sieste » dans « La nature et le rêve » Les Trophées 1893

Pas un seul bruit d'insecte ou d'abeille en maraude,

Tout dort sous les grands bois accablés de soleil

Où le feuillage épais tamise un jour pareil

Au velours sombre et doux des mousses d'émeraude.

Criblant le dôme obscur, Midi splendide y rôde

Et, sur mes cils mi-clos alanguis de sommeil,

De mille éclairs furtifs forme un réseau vermeil

Qui s'allonge et se croise à travers l'ombre chaude.

Vers la gaze de feu que trament les rayons,

Vole le frêle essaim des riches papillons

Qu'enivrent la lumière et le parfum des sèves ;

Alors mes doigts tremblants saisissent chaque fil,

Et dans les mailles d'or de ce filet subtil,

Chasseur harmonieux, j'emprisonne mes rêves.

Texte D : Henri Michaux, (1899-1984) « La paresse » , Mes propriétés (1930), dans La Nuit remue

L'âme adore nager.

Pour nager on s'étend sur le ventre. L'âme se déboîte et s'en va. Elle s'en va en nageant. (Si votre âme s'en va quand vous êtes debout, ou assis, ou les genoux ployés, ou les coudes, pour chaque position corporelle différente l'âme partira avec une démarche et une forme différentes c'est ce que j'établirai plus tard.)

On parle souvent de voler. Ce n'est pas ça. C'est nager qu'elle fait. Et elle nage comme les serpents et les anguilles, jamais autrement.

Quantité de personnes ont ainsi une âme qui adore nager. On les appelle vulgairement des paresseux. Quand l'âme quitte le corps par le ventre pour nager, il se produit une telle libération de je ne sais quoi, c'est un abandon, une jouissance, un relâchement si intime.

L'âme s'en va nager dans la cage de l'escalier ou dans la rue suivant la timidité ou l'audace de l'homme, car toujours elle garde un fil d'elle à lui, et si ce fil se rompait (il est parfois très ténu, mais c'est une force effroyable qu'il faudrait pour rompre le fil), ce serait terrible pour eux (pour elle et pour lui).

Quand donc elle se trouve occupée à nager au loin, par ce simple fil qui lie l'homme à l'âme s'écoulent des volumes et des volumes d'une sorte de matière spirituelle, comme de la boue, comme du mercure, ou comme un gaz - jouissance sans fin.

C'est pourquoi le paresseux est indécrottable. Il ne changera jamais. C'est pourquoi aussi la paresse est la mère de tous les vices. Car qu'est-ce qui est plus égoïste que la paresse ?

Elle a des fondements que l'orgueil n'a pas.

Mais les gens s'acharnent sur les paresseux.

Tandis qu'ils sont couchés, on les frappe, on leur jette de l'eau fraîche sur la tête, ils doivent vivement ramener leur âme. Ils vous regardent alors avec ce regard de haine, que l'on connaît bien, et qui se voit surtout chez les enfants.

1) Vous répondrez à la question en vous appuyant de façon précise sur les textes du corpus.

Comment les poètes présentent-ils la paresse ?

2) Travaux d’écriture : Vous choisirez un des trois sujets proposés

- Commentaire composé : Vous commenterez le texte de Ronsard

- Dissertation : « Chasseur harmonieux , j’emprisonne mes rêves »Pensez-vous comme Hérédia que le rôle du poète est d’emprisonner les rêves. Vous appuierez votre développement sur les textes du corpus, les textes étudiés pendant l’année, ainsi que sur vos lectures personnelles.

-Invention : Après la lecture de ce corpus, un des poèmes vous parait correspondre plus particulièrement à ce que vous appréciez en poésie .Vous l’envoyez à une revue et dans votre lettre d’accompagnement vous défendez son intérêt par rapport à d’autres types de poèmes. Rédigez cette lettre.