La police est-elle plus violente qu'avant ?

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La police est-elle plus violente ?

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La police est-elle plus violente qu'avant ?

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La police française est-elle de plus en plus violente ? C'est la question au cœur des Idées Claires, notre programme hebdomadaire produit par France Culture et Franceinfo destiné à lutter contre les désordres de l'information, des fake news aux idées reçues.

Les images et vidéos de manifestants battus au sol ou violentés par des policiers, se multiplient. Depuis l'hiver 2018 et les manifestations de "gilets jaunes" près d'une trentaine de personne a été mutilée et déplore la perte d'un œil ou celle de la main.

On parle de plus de blessés par la police en dix-huit mois qu'en vingt ans. Pour autant, il est difficile de se procurer des chiffres précis sur le nombre de blessés tant les plaintes déposées par les victimes sont aléatoires. 

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Deux armes en particulier sont pointées du doigt par les associations de défense des droits de l'Homme, le Flash-Ball aussi appelé LBD et les grenades de désencerclement. Ce matériel est-il nouveau ? Est-il utilisé par d'autres pays occidentaux ? Y a-t-il vraiment plus de blessés que lors des affrontements précédents entre policiers et manifestants ? Notre police est-elle de plus en plus violente ? 

Sebastian Roché, sociologue, directeur de recherche au CNRS et auteur de "De la police en démocratie" (Grasset) répond aux questions de Nicolas Martin

La police est-elle plus violente ?

Sebastian Roché : "Il y a moins de violences policières qu’hier si on se reporte au début du XXe siècle, mais sur ces dernières années il y a une augmentation des armes de type grenade et de type LBD qui ont causé des blessures irréversibles dans des quantités précédemment inconnues, inconnues en France, mais également inconnues dans les autres démocraties européennes."

La police est-elle moins violente qu’en 1900 ?

Sebastian Roché : "La police est moins violente aujourd’hui qu’elle l’était en 1900, parce qu’on l’a professionnalisée, on a créé des unités spéciales au début du XXe qui ont évité d’envoyer l’armée contre les manifestants, contre le peuple, puisque la IIIe République était installée. À partir de ce moment-là, la légitimité résidait dans le peuple donc on pouvait moins facilement tirer sur le peuple et c’est ça qui a engendré une diminution de l’usage des armes contre la population."

Quand est-ce que ça a changé ? 

Sebastian Roché : "Il est certain que c’est depuis les années 2 000 qu’il y a eu un durcissement, notamment avec un équipement comme les armes LBD qui sont passées de la police d’intervention, par exemple, contre le terrorisme, à la police dite anticriminalité avec un usage peu contrôlé de ces armes puisque ce sont les agents eux-mêmes qui décident de leur emploi. Ils ne le font plus en réponse à une instruction hiérarchique et la généralisation de ces outils va entraîner des dégâts, mais qui ne vont pas être immédiatement connus. Il va y avoir un certain nombre d’associations qui vont se mobiliser contre l’usage des LBD, qui vont se mobiliser par rapport au fait qu’il y a des décès au cours des opérations de police, surtout dans les banlieues, surtout des personnes des minorités."

La répression des "gilets jaunes" marque un tournant ? 

Sebastian Roché : "Ce qui est nouveau avec le mouvement des "gilets jaunes", c’est que ce sont des personnes de la France périurbaine, voire rurale, en tous cas hors région parisienne, et que ce sont des personnes françaises d’origine française, blanches, qui vont être massivement touchées par les tirs." 

De quel matériel dispose la police française ?

Sebastian Roché : "Le matériel qui est utilisé en maintien de l’ordre en France est singulier, puisqu’il y a à la fois différents types de grenades qui sont lancées, normalement à ras du sol mais on l’a vu bien souvent ce mode d’emploi n’est pas respecté, et les LBD. Et c’est la combinaison de ces deux types d’armes qui a occasionné les blessures irréversibles sur la trentaine de personnes qui a été mutilée. Les blessures causées par les grenades de désencerclement par exemple, peuvent être la perte d’un œil, ou si l’on touche la grenade au moment où elle explose, l’arrachage d’un pied ou d’une main. C’est une singularité française d’avoir ces deux types d’armes, les démocraties nordiques interdisent l’usage par la police pour le maintien de l’ordre soit des grenades, soit des LBD, soit des deux." 

La police française est-elle la plus violente d’Europe ?

Sebastian Roché : "La police française, après le mouvement des “gilets jaunes”, va se situer effectivement dans le haut de la fourchette des violences non-mortelles, puisque ce sont essentiellement des mutilations que l’on va compter. Par exemple, la police de Catalogne, après avoir fait perdre les yeux à cinq personnes, a décidé d’interrompre l’usage des LBD. En France, après plus d’une vingtaine de personnes qui ont perdu la vue en tous cas d’un œil, le gouvernement n’a pas pris de mesures comparables. Donc, la France n’est pas un très bon élève en Europe."

Quelles sont les statistiques ?

Sebastian Roché : "Entre sept et douze personnes sont tuées au cours des opérations de police, chaque année en France. Ce qui nous situe un peu au-dessus des pays comme l’Angleterre ou l’Allemagne mais dans la moyenne des pays de l’Union européenne, qui est un des endroits dans le monde où les polices sont les moins violentes. Le comptage des blessés est beaucoup plus difficile à faire parce qu’il repose sur la décision des blessés de porter plainte. À tort ou à raison, toutes les personnes blessées ne vont pas porter plainte, donc les chiffres sur les blessures sont moins précis que les chiffres sur les décès."

La société est-elle devenue plus violente envers la police ?

Sebastian Roché : "Il y a un niveau d’agressivité, quand il y a des conflits, il y a de la violence, de l’agressivité, effectivement certains policiers ont pu être attaqués, certains ont pu recevoir des cocktails incendiaires. Ce sont des images spectaculaires, mais ce ne sont pas des images qui reflètent une tendance. C’est une réalité, mais ça ne reflète pas une tendance à l'élévation du risque de décès chez les policiers."

Les ordres viennent-ils du gouvernement ?

Sebastian Roché : "Il est difficile de prouver que le gouvernement a voulu que la police soit plus violente. Ce qu’on peut dire c’est que le gouvernement a pu indirectement inciter à la commission de violence par certains policiers parce que tous n’ont pas eu le même comportement bien sûr, notamment parce que le ministre de l’Intérieur a désigné de manière répétée les manifestants comme étant "hostiles", "factieux" et donc indirectement il a légitimé l’usage de la force à leur encontre. La deuxième chose c’est que le ministre de l’Intérieur n’a pas fait en sorte que les règlements soient appliqués et notamment la possibilité d’identifier chaque agent par le port d’un numéro, le numéro Rio (Référentiel des identités et de l'organisation). Dons si on n’oblige pas les agents à être identifiables de facto on ne fait pas peser sur eux le risque d’être comptables de leurs actes."

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Les idées claires : la police est-elle plus violente ?

9 min

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