La pollution propage-t-elle le coronavirus ?

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La pollution favorise-t-elle la propagation du coronavirus ?

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Le coronavirus peut-il se diffuser grâce à la pollution atmosphérique ? C'est la question au cœur des Idées Claires, notre programme hebdomadaire produit par France Culture et franceinfo destiné à lutter contre les désordres de l'information, des fake news aux idées reçues.

Et si le coronavirus s'était propagé plus rapidement grâce aux particules fines ? Wuhan est l'épicentre de l'épidémie de Covid-19 mais c'est aussi une métropole située dans l'une des zones les plus polluées du monde. Même constat dans le nord de l'Italie où le premier foyer de contamination européen du coronavirus a été observé. Là encore, cette zone autour de la plaine du Pô est connue pour être une zone où l'air est fortement pollué. 

Des chercheurs italiens ont étudié cette piste et ont publié une note établissant ce lien entre pollution et virus. Mais il faut préciser que les zones en question ont une densité de population également très élevée.

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Y a-t-il un lien de causalité entre pollution et coronavirus ou un lien de corrélation ? Nous avons posé cette question à Cathy Clerbaux, directrice de recherche CNRS au Laboratoire Atmosphères, Milieux, Observations Spatiales (LATMOS) à l'Institut Pierre-Simon Laplace.

La pollution favorise-t-elle la propagation du coronavirus ? 

Cathy Clerbaux : "À ce jour, il n’y a aucune étude scientifique sérieuse qui prouve que le virus pourrait être transporté par les particules de pollution."

Y a-t-il plus de cas de Covid-19 dans les zones polluées ? 

Cathy Clerbaux : "Les contaminations ont démarré à partir de zones notoirement polluées. Toute la région entre Wuhan et Beijing est une des régions les plus polluées du monde et c’est là que l’épidémie a démarré. Dans le nord de l’Italie, en Europe, la vallée du Pô est aussi l’une des zones les plus polluées du monde, c’est là que l’épidémie a débuté en Europe aussi. En revanche, comme ce sont des zones très polluées, ce sont aussi des zones où il y a beaucoup d’activités industrielles, beaucoup de population, beaucoup de trafic automobile et donc il y a une corrélation entre, en l'occurrence, le nombre de personnes infectées par le Covid-19 et le niveau élevé de pollution. Mais on ne peut pas dire que cette pollution soit la cause de la transmission de la maladie.

Une personne affectée par la pollution va-t-elle tomber malade plus facilement ? 

Cathy Clerbaux : "Si l’épidémie atteint une population qui est déjà fragilisée car elle vit dans une région du monde très polluée, la pollution va affecter les personnes les plus affaiblies, les personnes âgées, les asthmatiques, les gens qui ont des problèmes cardio-vasculaires. L'organisme de ces personnes va avoir du mal à “digérer_"_ la pollution puisque les particules vont être transportées du système pulmonaire, passer la barrière pulmonaire et rentrer dans le sang et c’est difficile pour les organismes de gérer ça. Si on rajoute à cela un virus, sur des organismes déjà affaiblis, c’est assez logique que ces gens-là soient plus susceptibles d’être malades avec le virus.

Une publication italienne sous-entendait que le virus voyageait avec les particules fines... 

Cathy Clerbaux : "Cette étude est une note rédigée par des chercheurs, à partir de conclusions qu’ils avaient faites sur base d’autres articles qui montrent une corrélation entre des niveaux élevés de pollution et le fait que dans ces villes-là, le virus s’était développé plus rapidement. Si on y réfléchit, c’est assez logique puisque dans les villes assez denses, les gens ont des contacts plus fréquents donc si la densité de population est élevée, les gens vont plus se rencontrer et s’échanger le virus. Mais ce n’est pas pour cela qu’on peut faire un raccourci, disant que la pollution conduit à transporter le virus plus rapidement.

Le virus peut-il se fixer aux particules fines ? 

Cathy Clerbaux : "Les particules sont de petits composés transportés par le vent et invisibles l'oeil nu. On les appelle par exemple PM10, ça veut dire 10 microns, PM2.5 ça veut dire 2,5 microns, la taille des particules. Pour vous donner un ordre de grandeur, nos yeux voient au-dessus de 40 microns, donc c’est vraiment tout ce qui est dans l’air et qu’on ne voit pas. Quand on regarde ce qui circule dans l’air, ces particules sont tout à la fois, le chauffage, le trafic automobile, les feux de bois, l’épandage d’engrais, ça peut être les pollens aussi, ça peut être du sable, des cendres volcaniques, donc on pourrait imaginer que les virus tout petits se collent à ces particules. Mais la question est de savoir si ce virus se collait aux particules, ce qui n’est pas démontré. Même si c’était le cas, est-ce que la charge virale serait suffisante pour, en cas d’atteinte des poumons, transmettre la maladie ? Cela n’est du tout avéré et je n’ai pas encore vu de publication scientifique qui le prouvait.

Le virus peut-il voyager avec la fumée du tabac ? 

Cathy Clerbaux : "Pour l’instant, aucune publication scientifique ne le montre mais la fumée de cigarette contient aussi des petites particules liées à la combustion du papier de cigarette et de ce qu’il y a dans le tabac, etc. Donc on pourrait imaginer que oui. En revanche, est-ce que cela va pouvoir se transmettre sur des distances supérieures à la distance sociale recommandée, donc supérieure à 2 mètres ? Je n’ai pas non plus vu de publication scientifique qui le démontrait.

La circulation alternée peut-elle aider à lutter contre l’épidémie ? 

Cathy Clerbaux : "Si la circulation est alternée, cela va contribuer à baisser la pollution, notamment pour les oxydes d’azote qui sont émis par les véhicules. Dans une moindre mesure, pour les particules parce qu’elles sont aussi émises par les véhicules mais par toute une série d’autres choses, les feux de cheminée, l’agriculture intensive, l’utilisation d’engrais, les industries environnantes, le chauffage. Donc si on baisse le trafic automobile, ça va baisser la pollution, mais pour moi, ça ne va pas baisser nécessairement la transmission du virus. Ce qui va la faire diminuer, c’est que les gens aient moins de contacts et soient moins susceptibles d'échanger leurs microbes.

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