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La première année de Trump vue par les intellectuels

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Trump vu par les intellectuels de la chaîne
Trump vu par les intellectuels de la chaîne
- Camille Renard, Mollat, Wikipedia, AFP (Ulf Andersen)

Vidéo . Un an après l'élection de Donald Trump, retour en vidéo sur ce qu'ont pensé et analysé sur notre antenne les intellectuels de cette première année de présidence, marquée notamment par la Women's march, les émeutes de Charlottesville, et la crise nucléaire avec la Corée.

Retour en vidéo sur une année de présidence américaine sous le signe de Donald Trump, à travers le regard de sept intellectuels passés par l'antenne de France Culture depuis octobre 2016 : Emmanuel Todd, Soufian Alsabbagh, Romain Huret, Pierre Mélandri Anne Deysine, John Paul Rollert ou Sylvie Laurent.

Le démographe Emmanuel Todd dans "L’Amérique de Trump" (La Grande Table, 2e partie), le 25 octobre 2016 :

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On a cette vision d’un électorat de Trump qui n’est pas rationnel. La rationalité, elle est très simple à trouver : les années 1999 - 2013 ont été des années de dégradation du niveau de vie, des modes de vie, qui vont bien au-delà, de ce qu’on sait d’habitude sur la montée des inégalités.

La presse américaine était remplie toute l’année dernière d’analyses très sérieuses sur la hausse de la mortalité dans la population blanche de 45 à 54 ans. La fureur de l’électorat de Trump est, en un certain sens, une fureur rationnelle.

En savoir plus : L’Amérique de Trump
34 min

Soufian Alsabbagh, écrivain, spécialiste des affaires intérieures américaines et du Parti républicain dans l'émission "Donald Trump légitime-t-il les suprématistes ?" (Les Matins d'été), le 17 août 2017 :

Je rappelle que Donald Trump n’est élu en 2016 que grâce à 110 000 voix, réparties essentiellement sur trois Etats : le Michigan, la Pennsylvanie et le Wisconsin, qui sont historiquement, depuis plus de 20 ans, des Etats démocrates.

Grâce aux voix de l’électorat plus « col bleu », populaire, ouvrier, Donald Trump a chipé ces voix aux démocrates et a réussi à se faire élire à la Maison Blanche. Donc, il lui faut cristalliser cet électorat, le conserver avec sa tête branchée sur des questions de nationalisme économique, qui sont aujourd’hui devenues la chasse gardée du parti républicain. Pendant que le parti démocrate s’égosille sur des questions raciales qui vont concerner un électorat qui est d’ores et déjà acquis pour le parti démocrate. Il y a donc une vraie stratégie d’électoralisme derrière toutes les prises de positions, qui d’apparence sont très folles, de Donald Trump.

10 min

Pierre Melandri, historien, professeur émérite des universités à Sciences Po, dans l'émission "Elections américaines : perspectives diplomatiques", (La Grande Table), le 9 novembre 2016 :

Je dirais simplement que l’élection de Trump, c’est vraiment la confirmation de la fin du siècle américain et de l’Amérique comme modèle. Depuis les années 70, il se passe quelque chose aux Etats-Unis qui est une remise en cause progressive de ce qu’a été l’Amérique des années de l’immédiat après Deuxième guerre mondiale. Et on a cette formule qui est revenue sans cesse : « Bring our country back », c’est-à-dire qu’il y a une partie de l’Amérique qui ne se reconnaissait plus dans l’Amérique.

30 min

Sylvie Laurent, américaniste, dans l'émission "Women’s March on Washington: lutter à pied" (CulturesMonde), le 16 janvier 2017 :

Il est certain que la mobilisation et les mouvements sociaux dans leur ensemble vont être la principale forme de résistance, puisqu’on voit que les institutions, dont on pensait qu’elles seraient un système de digue face aux éventuels dommages que pourrait causer Donald Trump sur les principes démocratiques américains, sont finalement assez fragiles.

Il faut donc compter, en particulier aux Etats-Unis, qui est un pays qui a assez peu de corps intermédiaires et dont l’identification partisane est compliquée, il faut compter sur les mouvements sociaux. Et donc les femmes ont lancé ce mouvement pour le 21 janvier.

59 min

Romain Huret, historien à l'EHESS, dans l'émission "Donald Trump légitime-t-il les suprématistes ?" (Les Matins d'été), le 17 août 2017 :

Steve Bannon se définit souvent comme un trotskiste de droite, les conservateurs aiment bien cette formule-là, en disant qu’une révolution est en cours, une révolution conservatrice, une révolution complètement inédite. Et les gens qui ont manifesté à Charlottesville le croient également. En tout cas, l’idée d’un grand soir conservateur est très présente.

Là, la présidence est compliquée, Trump tient assez mal la barque et les mesures concrètes n’apparaissent pas. Mais en tout cas, il y a une dynamique idéologique très forte à la Maison Blanche autour de Steve Bannon, c’est certain.

En août 2016 , Steve Bannon est directeur exécutif de la campagne de Donald Trump. Après sa victoire, il est nommé conseiller stratégique, poste duquel il est limogé le 18 août 2017. 

Anne Deysine, américaniste, dans l'émission "Trump : la coupe est pleine ?" (Du Grain à moudre), le 25 septembre 2017 :

On nous dit de plus en plus de ne pas faire attention à ce qu’il dit, mais à ce qu’il fait. C’est-à-dire qu’il va continuer à tweeter, il va continuer à utiliser des formules inacceptables dans des enceintes comme l’ONU, parler de rocket man, l’homme à la fusée. Cela ne fait pas beaucoup avancer les choses.

Mais, le principe de réalité, surtout en politique étrangère, prend le pas. Il avait beaucoup critiqué l’OTAN, et puis finalement il s’est rendu compte que l’OTAN, s’était un petit peu utile. Il a terriblement critiqué l’ONU et la semaine dernière, au discours à l’Assemblée générale de l’ONU, il a quand même vanté les valeurs de l’ONU en disant que cette institution "avait du potentiel".

40 min

John Paul Rollert, historien américain, qui enseigne à l'université du Chicago, dans l'émission Les Matins, en direct de Chicago "Trump peut-il empêcher l'impeachment ?", le 6 novembre 2017 :

Je pense que c’est un peu comme avoir une maison pleine de termites. Au bout d’un jour, on ne va pas s’apercevoir que quelque chose a changé, et peut-être même pas au bout d’une semaine. Mais au bout d’un mois, le toit commence à s’effondrer et un an plus tard, on n’a plus de maison.

17 min