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"La puissance politique de David Simon est intacte" : la sortie attendue de la série "We own this city"

Les acteurs Jon Bernthal et Rob Brown dans "We own this city"
Les acteurs Jon Bernthal et Rob Brown dans "We own this city"
- ©Allociné / Copyright 2021 Home Box Office

Critique. Vingt ans après la sortie de la marquante série "The Wire", David Simon retourne à Baltimore pour "We own this city", une nouvelle mini-série sortie le mardi 26 avril sur OCS. Qu'ont pensé nos critiques de ce retour à Baltimore par David Simon ?

We Own This City écrite par le scénariste David Simon et le romancier George Pelecanos est une mini-série en 6 épisodes, adaptée du livre-enquête du même nom du journaliste Justin Fenton du Baltimore Sun. Après The Wire (2002) et restant fidèle à son parti pris documentaire, le scénariste parcourt à nouveau les rue de Baltimore sur fond de violences policières. La série est diffusée en France sur OCS depuis le 26 avril 2022.

  • Alors, de quoi parle la série We own this city ?

Pour ce grand retour à Baltimore, David Simon et George Pelecanos retrouvent le Boston Police département après qu'il ait été secoué par une affaire de violences policières ayant entraîné des émeutes dans la ville. Le meurtre - et fait réel - de Freddie Gray, un homme noir abattu par un policier blanc le 12 avril 2015, est régulièrement mentionné dans la série. Cette série relate le conflit racial et social que connait l'Amérique contemporaine, entre la police et la population noire.

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  • Les avis de nos critiques

Olivier Joyard, critique et réalisateur : "C'est une série qui se regarde avec beaucoup de plaisir. On n'est pas uniquement dans un exposé politique"

L'histoire dépliée par David Simons et Geroge Pelecanos est fascinante pour le critique Olivier Joyard : "Il y a cette idée que la multiplicité des points de vue passe moins par le partage de la parole que par l'imaginaire entre les flics et les truands." En choisissant d'être davantage à l'intérieur de la police, le scénariste et le romancier déploient plusieurs strates qui fondent la richesse de l'histoire. Mais Olivier Joyard regrette que le récit ne s'étale pas davantage : "Je l'aurais bien pris pour cinq ans, c'est-à-dire qu'il y a quelque chose qui se rétrécit au fil des épisodes."

Pour Olivier Joyard, David Simon et George Pelecanos ont su trouver un équilibre quasiment parfait dans l'écriture de cette série : "Il y a quelque chose d'extrêmement modeste, au sens pur de la modestie, et en même temps, d'extrêmement ambitieux, qui ressemble beaucoup à tout ce qu'ils ont pu faire avant."

Fidèle spectateur de The Wire, le critique a d'abord été pris d'une certaine forme de nostalgie en retrouvant les rues de Baltimore : "Mon entrée de spectateur dans cette série a été celle d'une sorte de nostalgie : d'entendre des sons, des bruits, de voir des couleurs de rues que j'avais quitté depuis The Wire." Néanmoins, cette nostalgie ambiante n'est pas le cœur de la nouvelle création de David Simon : "La série contre assez vite cet effet de nostalgie, c'est-à-dire qu'il y a une forme d'austérité. C'est une série de témoignages, de paroles, de reconstitutions, au sens presque scolaire du terme. […] Si elle n'est pas nostalgique de The Wire, elle en poursuit la pensée et l'esthétique."

Affiche de la série "We own this city"
Affiche de la série "We own this city"
- ©OCS / Allociné

Lucile Commeaux, productrice de "La Grande table critique" : "Il y a quelque chose dans le régime esthétique même de l'image, qui est très différent de The Wire"

À l'inverse, pour Lucile Commeaux, We own this city cherche une esthétique différente de celle de The Wire qui "était beaucoup en extérieur. Le corner, les coins, les fameux endroits, les blocs de rue étaient très investis. Là, c'est beaucoup en intérieur, dans les bureaux. C'est beaucoup d'uniformes, et finalement, ça se rapproche plus des séries policières qu'on voit à la télé et parfois, plus des mauvaises séries policières que de The Wire".

La productrice regrette cependant le format "mini" de la série avec seulement six épisodes, trop peu nombreux pour créer une réel système, à l'inverse des cinq saisons et 60 épisodes de The Wire : "C'est vrai que pour faire système, c'était bien d'avoir le temps long de plusieurs saisons avec ce fonctionnement. [...] Pour faire système et montrer comment ça fonctionne, c'est mieux de disposer d'un gros système de fiction et d'un temps long."

Si le format court de cette nouvelle série appuie l'approche parfois didactique, Lucile Commeaux souligne qu'elle a "toujours existé chez David Simon". Dans We own this city, "il montre beaucoup ses ficelles, il y a beaucoup de dialogues dont on a l'impression qu'ils sont adressés uniquement aux spectateurs pour revenir sur la différence entre les départements de police, le rôle du FBI, du département de la Justice. Tout ça me semble parfois un peu pataud dans les ressorts de narration."

58 min

Raphaël Nieuwjaer, critique pour Les Cahiers du cinéma et pour Débordements : "Il arrive toujours à inventer des formes de narration. Il ne se répète jamais vraiment."

Si les questions comme celle de la guerre contre la drogue sont des thèmes récurrents chez David Simon depuis The Wire, Rapahël Nieuwjaer relève sa capacité à sans cesse se réinventer : "Ici, ce qui est assez intéressant et assez beau, c'est le rapport au journalisme. Je pense qu'il a vraiment essayé de trouver une forme en adéquation avec cette question de l'enquête. […] Et je pense que la forme de la série essaie vraiment d'épouser ce côté austère et rigoureux, nécessaire à l'enquête journalistique."

Fidèle à son parti pris documentaire, la série se veut au plus proche de la réalité, notamment grâce à un travail en collaboration avec les habitants de Baltimore, héritiers d'un contexte particulier : "C'est une série qui vient après la mort de Freddie Gray, et après l'insurrection qui a eu lieu et qui a rendu évident aux yeux de tout le monde une pratique de violence policière quotidienne."

À la fascination provoquée par la série chez Olivier Joyard, Raphaël Nieuwjaer y ajoute un aspect passionnant : "Ce n'est pas simplement une sorte de dérive morale de quelques brebis égarées, mais c'est vraiment remis au sein d'un système. Et c'est sans doute ça la force de David Simon, c'est cette capacité à envisager un problème local dans une perspective systémique."

Et maintenant, à vous de vous faire votre avis !

Écoutez ou réécoutez l'ensemble des critiques à propos de la mini-série We own this city dans le studio de La Grande Table critique :

29 min