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La radio sera mobile et en relief (à moins que...)

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Deux événements se sont posé récemment des questions proches, avec des pistes de réponses assez différentes. Il y a eu d'abord la semaine dernière le 14e FISM (Forum international du son multicanal), auquel j'ai été invité à participer. Et d'autre part, il y a eu quelques semaines avant un dossier autour de la radio posté sur le site Silicon Maniacs (émanant de l'association d'entrepreneurs nouvelles technologies Silicon Sentier). La question commune se rapporte au futur de la radio. Et chacun est "d'où il parle".

Le Colin-Maillard sonore en multicanal
Le Colin-Maillard sonore en multicanal
© Radio France - Laure Bollinger

Radio en relief

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Le Forum international du son multicanal est de teneur technique, ce qui a été l'occasion de découvrir (en ce qui me concerne) le souci du son dans le monde du jeu vidéo, les implications fines en termes de programmation (les ambiances qui changent en fonction de l'interaction du joueur, par exemple), et les moyens qui y sont alloués. Amaury Laburthe (Audiogaming) expliquait que pour les jeux les plus soignés (catégorie AAA), le budget son pouvait atteindre les 3 millions de dollars. Cela permet effectivement l'achat d'une belle mixette. L'exposé de Christophe Héral, sounddesigner et compositeur, a porté sur le jeu « Tintin et le secret de la Licorne », auquel il a travaillé. L'exposé a confirmé la possibilité des moyens confortables (plusieurs dizaines de musiciens réunis aux studios Davout, William Flageollet au mixage), le soin possible sur le son et le développement sonore.

On avait déjà passé outre la question technique avec ces deux premières présentations quand il s'est agi de s'en émanciper plus encore. Pascal Dervieux, coproducteur d'Interception sur France Inter, Christian Zanési (INA-GRM), Bosse Terström (de la radio suédoise) et moi avons été dans la foulée invités à parler écriture et production dans le cadre d'une technologie multicanal - - quand le son vous entoure littéralement.

Il nous avait été donné de produire, dans Les Passagers de la Nuit en juin dernier, quatre éléments en multicanal. Il s'agissait d'un « Colin-Maillart sonore », proposé par Laure Bollinger et Jack Souvant, réalisé par Véronik Lamendour, enregistré par Hervé Déjardin et mixé par Olivier Dupré. Un travail d'équipe ! L'écoute d'une production multicanal nécessite une stabilité dans l'espace : être assis face à son équipement de diffusion (home cinema le plus souvent) sans trop bouger. Sinon, l'écoute est compliquée, on n'a plus l'effet de « relief » du son qui est tout l'intérêt du multicanal. Il y a aujourd'hui 20% des équipements qui permettent ça (chiffre entendu sur place), mais ce qui nous avait convaincu, c'était la « traduction » du multicanal en « binaural ». En d'autres termes, quiconque avait un casque au moment de la diffusion herztienne des émissions, ou lors de l'écoute en podcast, pouvait ressentir cet effet de relief.

Fictions mais pas que... C'est ce que j'ai expliqué lors du FISM, en ajoutant que l'expérience avait été bluffante par les effets de mouvements, permettant un rendu particulièrement réaliste, et les effets de proximité (une voix vous décrivait les scènes en vous chuchottant dans l'oreille droite). Une leçon essentielle qui est tirée de cette expérience est celle de l'écriture : la technologie du multicanal implique qu'on écrive pour elle, en fonction d'elle. L'auditeur est introduit dans la scène, dans le studio, dans l'enregistrement. Où le placer ? Pour quelle raison ? Si l'on imagine une fiction multicanal, on comprend aisément ces questions. Mais pourquoi ne pas imaginer une émission de « studio » classique avec différents intervenants elle aussi en multicanal. Là encore, la spatialisation sonore ne devra pas qu'être esthétique. Lors du Forum, on a pu commencer à poser ces questions.La mobilité, caractéristique indiscutable « Je pense que la façon de vivre aujourd’hui utilise beaucoup les mains et les yeux, les oreilles restent assez libres. Les transports prennent du temps du coup, il est assez pratique de se coller des écouteurs. Radio, podcasts, musique…. répondent parfaitement à cette situation ! » . On trouve cette citation (de Florent Peyraud, de l'agence Tryphon, qui offre des solutions numériques aux radios associatives) dans le dossier « Etes-vous radio actif ? » de Silicon Maniacs.

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© Radio France - TB

L'angle du dossier est plus général que celui du FISM, et orienté « entrepreneuriat ». Il souligne certains parallèles entre l'explosion des radios libres (30e anniversaire oblige) et la dynamique numérique - - pas sûr d'en être totalement convaincu. Les propos tenus autour du lien avec l'auditeur ne semblent pas non plus spécialement renouvelés. Pierre Boucard, délégué national aux nouvelles technologies du Syndicat National des Radios Libres, quand on lui pose la question du futur de la radio, évoque des « choses » beaucoup plus « fun » à tenter, liées à l'interactivité. On peut toujours écouter sur « Silicon Radio », une émission du 23 juin dernier, où Alexandre Saboudjian, cofondateur de Radionomy, rappelle tout de même que l'auditeur peut aussi se satisfaire d'une forme de « passivité » d'écoute, profitant simplement de l'offre qu'on propose.Il ressort du dossier que « la radio reste la radio », et que les pistes qui se dessinent (interactivité, thématisation extrême, contenus enrichis par l'image...) sont réelles mais pas transformatrices : elles ne feront pas le « futur » de la radio. D'ailleurs, ce qui rejoint les propos tenus au FISM et le dossier de Silicon Maniacs, c'est la question fondamentale de la mobilité et de la « transparence » ou simplicité d'écoute de la radio. C'est là sa force et sa résistance à la fois. Il est plusieurs fois question du smartphone, l'objet de cette mobilité, qui devient le nouveau transistor, permettant de marier dans un même objet l'écoute et la connexion.

S'inspirer des pratiques marginales innovantes Cependant, le dossier parle plus des possibilités nouvelles de produire que de celles d'écouter. En creux, cela donne quand même accès à un futur de la radio : on peut espérer que les grands acteurs professionnels s'inspirent des pratiques singulières de production les plus innovantes, les plus curieuses, les plus proches des usages aussi, pour s'y introduire, y tenter des choses, afin de trouver de nouvelles pistes d'écoutes et de pratiques radiophoniques.

Par exemple, parmi les liens du dossier, il y a l'application « Clameurs », qui permet de partager des sons géolocalisés. Peut-être un appel à un radio « sociale », de proximité, durable, partageable et en relief ? Il reste quelques petites choses à inventer ;> )