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La réintroduction d’espèces pour préserver la biodiversité

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Lâcher d'un grand hamster d'Alsace dans le Bas-Rhin. L'espèce bénéficie d'un plan national d'action pour renforcer sa population.
Lâcher d'un grand hamster d'Alsace dans le Bas-Rhin. L'espèce bénéficie d'un plan national d'action pour renforcer sa population.
© Maxppp - Jean Marc Loos / L'Alsace

Ours, lynx, hamsters, bouquetins ou rapaces : plus de 50 espèces bénéficient d'un plan national d'action (PNA) qui aboutit parfois à des réintroductions. Une méthode qui permet un renforcement des populations.

Il aura fallu trois ans de travail et une équipe de 500 chercheurs pour écrire ce rapport sur l'état de la biodiversité mondiale. Les scientifiques de l'IPBES (Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques) publient un inquiétant document de 1 700 pages, la première évaluation mondiale de la santé de la faune sauvage. Un "résumé pour les décideurs" d'une trentaine de pages a été publié ce lundi 6 mai. Ces experts, considérés comme le "GIEC de la biodiversité", l'affirment : la sixième extinction de masse est en cours. 

En France aussi, la biodiversité est en danger. Sur la liste rouge nationale des espèces menacées publiée par l'UICN (Union Internationale pour la conservation de la nature), 792 espèces sont en danger. 32% des oiseaux nicheurs ou 28% des crustacés sont menacés de disparition du territoire en France métropolitaine. Pire encore, à la Réunion, 33% des poissons d'eau douce de l'île sont en danger tout comme les trois espèces de reptiles qui y habitent. Plus d’un tiers des espèces d’oiseaux de l'île sont en péril ou ont déjà disparu de celle qu'on appelle "l’île intense". 

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Un gypaète barbu perché dans une falaise
Un gypaète barbu perché dans une falaise
© Maxppp - Philippe Clément/ BELPRESS

Pour remédier à cette affolante érosion de la biodiversité, les pouvoirs publics et les associations procèdent à des renforcements de populations existantes ou des réintroductions d'espèces pour repeupler certains territoires. Le dernier en date : le lâcher de trois gypaètes barbus dans le parc national des Cévennes (Lozère). Le rapace bénéficie depuis 2012 d'un plan national d'action qui vise à sauvegarder l'espèce, considérée comme en "d_anger critique d'extinction_" en France. C'est la septième réintroduction de ce rapace dans les massifs montagneux français. L’objectif est de créer une synergie et une chaîne de reproduction entre les populations pyrénéennes et alpines.  Aujourd'hui, la réintroduction porte ses fruits, on dénombre 54 couples en France, qui restent toutefois menacés, leurs causes de mortalités restant nombreuses (empoisonnement, tirs, fragmentation des populations, mauvaise réputation). D'autres volatiles bénéficient des mêmes tentatives de reproduction, comme les balbuzards pécheurs ou les outardes canepetières.

Les bienfaits de la sauvegarde d'une espèce

Pourquoi sauvegarder une espèce menacée ? Tout simplement car les écosystèmes sont des ensembles en équilibre dont la disparition d'un composant peut entraîner son instabilité. Réintroduire une espèce disparue de son territoire dans un passé récent permettrait de rétablir l'harmonie. En Alsace, on procède à un renforcement de la population du hamster géant, longtemps considéré comme un nuisible. Depuis quatre ans, grâce aux lâchers réguliers de hamsters dans les champs de la plaine alsacienne, le nombre de terriers est passé de 200 à 700.  De nouvelles précautions agricoles dans les champs ont été mises en place pour sauver le hamster. Celui-ci vit dans les cultures et se nourrit d'insectes dans les terres cultivées. 

Lâcher de grands hamsters d'Alsace
Lâcher de grands hamsters d'Alsace
© Maxppp - Dominique GUTEKUNST/ L'Alsace

Tous les ans, 400 individus sont relâchés dans la zone. Les populations sont toujours fragiles et soumises aux aléas climatiques. Mais ce programme de conservation a permis à d'autres espèces de revenir dans la région. "En favorisant l'habitat du hamster, on voit revenir l'alouette des champs, des lièvres, des perdrix ou des faisans qu'on ne voyait plus en Alsace", se félicite Eric Thouvenot, en charge du programme mammifères à la DREAL Grand Est (Direction régionale de l'Environnement, Aménagement et Logement).

La sauvegarde du hamster d'Alsace a fait revenir d'autres espèces selon Eric Thouvenot, à la DREAL Grand Est

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Le symbole de l'ours, de cinq individus à plus d'une quarantaine

Parmi les réintroductions les plus emblématiques, il y a évidemment celle de l'ours. Fin 2018, deux femelles slovènes ont été lâchées dans les Pyrénées afin de renforcer la population du plantigrade. Dernièrement, Sorita est sortie d'hibernation avec deux oursons, à la joie des associations de conservation. FERUS est l'une d'entre elles, Patrick Leyrissoux est l'animateur du réseau Pyrénées : "Dans ce secteur, cette naissance est absolument décisive. C'est la première naissance en quinze ans dans les Pyrénées-Occidentales, depuis la naissance de Canellito en 2004". Ce dernier est d'ailleurs le dernier descendant de la lignée des ours pyrénéens. Son père est un ours slovène et sa mère est issue de souche pyrénéenne, elle avait été abattue en 2004 par un chasseur.

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Le membre de l'association est satisfait du bilan que l'on peut tirer de la réintroduction de l'ours, même s'il émet quelques réserves : "En 1995, on comptait seulement cinq individus en France. Actuellement, on estime le nombre à plus d'une quarantaine. C'est assurément une réussite, même si ce n'est pas si suffisant, l'ours n'est pas tiré d'affaire". L'espèce fait toujours partie des trois mammifères en danger critique d'extinction en France. Ce sont principalement les conflits avec la chasse et l'élevage qui pourraient freiner son expansion. Dernièrement, Claverina, la seconde ourse lâchée en 2018, a fait sa première victime : une brebis dévorée dans la région de la Soule, au Pays Basque. L'ours est à 80% végétarien mais il peut prédater des brebis si les troupeaux ne sont pas protégés. "Politiquement, ces populations sont menacées par les éleveurs, c'est certain", assure Patrick Leyrissoux. 

Patrick Leyrissoux, de l'association FERUS, sur la réintroduction des ours dans les Pyrénées

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Des réintroductions mises en péril par l'Homme

En effet, les réintroductions animales ne se passent pas toujours au mieux. C'est le cas du lynx boréal. Au XVIIIe siècle, le déboisement ou la diminution du nombre de ses proies le restreint à un minuscule territoire. Il disparaît ensuite complètement des massifs vosgiens. La réintroduction de l'espèce débute en 1983 avec le lâcher de 21 spécimens. On suppose qu'ils ne seraient plus que deux dans le massif, les dernières observations n'ayant pas pu les repérer. Ils sont en revanche plus d'une centaine dans le Jura et environ vingt dans les Alpes. 

Un lynx boréal dans la forêt du massif vosgien, le 08 janvier 2004. Un peu plus de 20 ans après sa réintroduction dans le massif vosgien , le lynx "reste vulnérable" et est toujours "menacé".
Un lynx boréal dans la forêt du massif vosgien, le 08 janvier 2004. Un peu plus de 20 ans après sa réintroduction dans le massif vosgien , le lynx "reste vulnérable" et est toujours "menacé".
© AFP - CHARLES METZ / AFP

Si la réintroduction "biologique" est réussie, l'espèce est toujours éminemment en danger. En cause, les activités humaines qui le menacent au quotidien. "Il y a deux problèmes, le trafic routier et le braconnage. Les lynx se font percuter sur les routes et ils sont des cibles faciles, ils ne fuient pas au contact de l'Homme", se désole Patrick Leyrissoux de l'association FERUS. Régulièrement, ces félins sont tués par ignorance ou vengeance. Du fait de sa fragmentation sur plusieurs zones, sa population est très fragile et le nombre d'individus n'augmente pas. Dans le meilleur des cas, il stagne. A terme, l'isolement géographique des différents noyaux de lynx pourrait entraîner son affaiblissement génétique. 

Patrick Leyrissoux, de l'association FERUS : "Le trafic routier et le braconnage mettent en péril la survie du lynx".

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De la difficulté de réintroduire des espèces

Au delà de l'échec de certaines réintroductions, c'est la mise en place de celles-ci qui posent aussi problème. Yvan Tariel est responsable de la mission conservation à la Ligue de Protection des Oiseaux (LPO) depuis plusieurs années. Il a coordonné plusieurs programmes de réintroductions comme ceux du vautour moine ou du faucon crécerellette. En l'espace de 30 ans, ce faucon est passé de deux couples à plus de 400 dorénavant. 

Yvan Tariel sur le bilan des réintroductions de rapaces

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Un constat enthousiasmant pour le salarié de la LPO qui se désole en revanche de la mort des espèces les plus communes : "le nombre d'oiseaux baisse de façon dramatique, sous le feu du poison, des insecticides, de l'éclairage ou de la pollution. Chez les hirondelles, la population a baissé de plus de 50%". Les réintroductions n'ont pas le vent en poupe en France, selon Yvan Tariel.

Une hirondelle nourrissant ses petits à Thionville (Moselle)
Une hirondelle nourrissant ses petits à Thionville (Moselle)
© Maxppp - Pierre HECKLER/ Le Républicain Lorrain

"On a beaucoup de gens qui s'opposent à ces projets pour des questions d'éthique. Ils refusent l'interventionnisme humain", regrette-t-il. De même, les questions logistiques sont primordiales : "Il faut aussi trouver des oiseaux à réintroduire. Soit on n'en trouve pas car il n'y a pas de spécimens en captivité, soit il n'y a pas de population assez viable pour en prendre et les relâcher ailleurs". Les processus d'apprentissage des espèces sur un territoire sont longs, certaines espèces atteignent la majorité sexuelle assez tard et chaque décision politique prend un certain temps. Il faut également trouver des financeurs pour investir dans ces plans de sauvegarde. De plus en plus, les associations se tournent vers l'Union européenne au détriment de l'Etat. L'UE finance de façon croissante ses programmes "LIFE" dont bénéficient par exemple le gypaète barbu ou le hamster.