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La répression chinoise au Tibet et au Xinjiang vue du ciel

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Monastère de Jokhang, à Lhassa, reconstruit en partie dans "le style chinois" après un incendie. Avec désormais une bannière qui souhaite "Longue vie au grand parti communiste chinois".
Monastère de Jokhang, à Lhassa, reconstruit en partie dans "le style chinois" après un incendie. Avec désormais une bannière qui souhaite "Longue vie au grand parti communiste chinois".
© Radio France - Nathanaël Charbonnier à partir d'une image fournie par Vinayak Bath

Entretien. Des images satellite accablantes de la situation au Tibet et au Xinjiang ont été récemment publiées sur le site d'information indien ThePrint. Les voici, analysées par un ancien membre de l'armée indienne spécialisé dans le renseignement.

Ces images satellite viennent illustrer la façon dont les autorités chinoises traiteraient à la fois les Ouïghours et les Tibétains dans leurs régions respectives. 

Elles ont été présentées à Genève lors du forum Tibet 2019 et en France par l'association France Tibet. Ces photos ont été publiées il y a quelques jours sur le site d'information indien ThePrint. On doit leur décryptage à un militaire en retraite de l'armée indienne spécialisé dans le renseignement, le colonel Vinayak Bhat (Retd). Interview.

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5 min

Vous êtes un militaire indien à la retraite ? 

Je travaillais dans le renseignement militaire. J'ai servi dans l'armée pendant plus de trente-trois ans et je suis maintenant à la retraite depuis quatre ans. Je suis un spécialiste de l'imagerie satellite. J’écris également pour un magazine en ligne indien qui s’appelle ThePrint. 

Le témoignage de Vinayak Bath lors de son passage à Paris, le 19 novembre 2019, à l'invitation de l'association France-Tibet.
Le témoignage de Vinayak Bath lors de son passage à Paris, le 19 novembre 2019, à l'invitation de l'association France-Tibet.
© Radio France

Et qu'avez-vous découvert sur la situation au Turkestan oriental et au Tibet ? 

J'ai découvert comment la Chine assujettit une partie de sa population. Il s’agit notamment d’un oppression religieuse. Cela se passe au Tibet, mais aussi au Xinjiang (Turkestan oriental). Et cela se voit sur les images satellites dont je dispose. 

Pouvez-vous me montrer vos images ? 

Oui, bien sûr. Ici, nous sommes au Tibet, près du lac sacré de Lhamo-Latso, appelé aussi le lac des visions. Vous pouvez voir la construction d’un poste de garde de la police et armée populaire chinoise. Le problème, ici, c’est que les Chinois essaient d'empêcher tous les Tibétains d’approcher du lac. Or c’est très important pour eux de pouvoir s’y rendre au moins une fois dans leur vie. Mais il est impossible maintenant pour les Tibétains ou les étrangers de s’y rendre. Et pourquoi est-ce important ? Pour que la réincarnation de sa Sainteté le dalaï lama puisse continuer. Normalement, les lamas les plus âgés se rendent dans ce lac pour méditer et chercher l’âme du prochain dalaï lama. C'est ainsi que la Chine tente de contrôler la religion bouddhiste.

Cette photo là que représente-t-elle ? 

Ceci est le monastère de Jokhang, à Lhassa. Vous pouvez voir très clairement ici la caserne de la police, très proche de ce bâtiment. Ils sont à peine à 50 mètres du bâtiment et ils essaient de contrôler l’accès à cet endroit. Ici, c'est le principal monastère des Tibétains à Lhassa. Tout le monde sait qu'une partie a été brûlée l'année dernière.  

Ici, vous pouvez voir ce bâtiment, comme vous pouvez le constater dans le cercle bleu, il s’agit de la partie brûlée, comme indiqué. Depuis, ils l'ont reconstruit, mais l’on peut voir une bannière chinoise dans l’entrée principale sur laquelle on peut lire "Longue vie au grand parti communiste chinois". Cela prouve que les Chinois tentent de remplacer l’histoire du bouddhisme tibétain par l’histoire chinoise. 

Monastère de Jokhang, à Lhassa, reconstruit en partie dans "le style chinois" après un incendie. Avec désormais une bannière qui souhaite "Longue vie au grand parti communiste chinois".
Monastère de Jokhang, à Lhassa, reconstruit en partie dans "le style chinois" après un incendie. Avec désormais une bannière qui souhaite "Longue vie au grand parti communiste chinois".
© Radio France - Nathanaël Charbonnier à partir d'une image fournie par Vinayak Bath

Cette photo a été prise au Xinjiang ? 

Oui, vous pouvez voir ici des clôtures. Beaucoup ont été construites. Les clôtures métalliques sont très hautes, plus de 12 pieds de haut. Elles ont été installées pour séparer les gens, notamment les parents de leurs enfants. Et dans ce genre de situation, que peut faire le père de famille ? Il ne peut que signer une déclaration écrite en faveur du gouvernement chinois. Sous la pression, les gens sont prêts à tout pour retrouver la liberté et leurs familles. 

Pouvez-vous dire combien de personnes peuvent vivre ici ? 

Oui. Dans une telle installation, on peut dire à peu près combien de personnes peuvent rester là dans ce genre de prison. Cela peut aller de 5 000 à 10 000 personnes. Et dans le Xinjiang, on estime à 1 million le nombre de personnes qui sont dans ces camps. 

C’est important pour vous de suivre ce qui se passe là ? 

Je parle ici en mon nom propre et je ne peux pas m’exprimer au nom du gouvernement indien. Cela dit, je suis sûr que le gouvernement est intéressé par ces informations et qu’il travaille à trouver des solutions avec le gouvernement chinois. Et c’est très important pour que la communauté internationale puisse demander à la Chine d’ouvrir les portes de cette région afin que l’on puisse voir ce qui s'y passe. On ne peut pas mettre les gens en prison pour des raisons religieuses. C’est inacceptable, brutal, ce n’est pas humain. 

Il y a aussi une chose que je voudrais vous montrer. Le gouvernement chinois ne permet pas aux Ouïghours de trouver la paix même après la mort. Rendez-vous compte. Ici, au Xinjiang, les cimetières ont été déplacés pour être installés dans de plus petits endroits. Si bien que les gens ne savent plus où se trouvent les os de leurs défunts. Les Chinois humilient et contrôlent ainsi leur population. 

Ces images sont très précieuses !

Oui, elles sont précieuses et elles montrent la brutalité de cette oppression. Je vais vous montrer quelques images supplémentaires. Il s'agit de photos du peuple Hui, les Chinois qui ont opté pour la religion musulmane. Cet endroit est ce que l'on appelle "la petite Mecque". Mais les Chinois ont remplacé les dômes d’origine musulmane par des dômes d’architectures Han. 

Photo satellite du dôme d'une mosquée à Weizhou, en Chine.
Photo satellite du dôme d'une mosquée à Weizhou, en Chine.
- Vinayak Bath
Le même dôme, remplacé par un modèle d'architecture chinoise Han. Le gouvernement central chinois tenterait de gommer toutes les traces de la culture musulmane.
Le même dôme, remplacé par un modèle d'architecture chinoise Han. Le gouvernement central chinois tenterait de gommer toutes les traces de la culture musulmane.
- Vinayak Bath

Il est évident que les Chinois ne veulent pas reconnaître l’islam comme une religion dans leur pays. Ils veulent éradiquer cette religion et ils s’y prennent comme cela.

Localisation des "centres de formation professionnelle" que des militants des droits humains considèrent comme des camps de rééducation politique. Infographie publiée le 23 juillet 2019
Localisation des "centres de formation professionnelle" que des militants des droits humains considèrent comme des camps de rééducation politique. Infographie publiée le 23 juillet 2019
© AFP - John Saeki, Laurence Chu, Ben Dooley