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La résistance à l'envahisseur, une triste tradition ukrainienne

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Un militaire ukrainien patrouille sur une route de l'ouest de Kiev le 26 février 2022. L'armée régulière est désormais appuyée par des dizaines de milliers de réservistes et volontaires.
Un militaire ukrainien patrouille sur une route de l'ouest de Kiev le 26 février 2022. L'armée régulière est désormais appuyée par des dizaines de milliers de réservistes et volontaires.
© AFP

En Ukraine, la résistance est une tradition ancienne. Face à la Pologne, aux empires russe et ottoman, à l’URSS et à la Russie de Vladimir Poutine. Depuis la fin du Moyen Âge, les Ukrainiens ont perdu leur indépendance et leur noblesse. Mais ils sont devenus des cosaques irréductibles.

L’image n’est pas rare. Dans de nombreuses localités de l’Ukraine, la route des chars russes est barrée par des villageois qui crient : "Rentrez chez vous, en Russie !" Le monde découvre la rébellion ukrainienne. Une résistance qui, pourtant, n’a rien de nouveau.

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Retour au début de l’histoire moderne ukrainienne. En 1080, le prince Mstislav le Hardi crée la principauté de Galicie, que Daniil Ier étendra à la Volhynie pour créer le premier royaume d'Ukraine. Déjà, il arbore en étendard les couleurs jaune et bleu.

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Mais en 1349, à la fin du Moyen Âge, le royaume de Galicie-Volhynie est happé par le royaume de Pologne. La noblesse devient polonaise, et les Ukrainiens, paysans. Des paysans qui, jusqu’au début du XXe siècle, résisteront.

Dès le départ, les serfs se révoltent contre les nobles polonais. Les paysans ukrainiens quittent leurs lieux de vie, en Galicie et en Volhynie, pour rejoindre l'Ukraine centrale. Ils vont jusqu’à créer, près de la ville de Zaporijjia, une "république cosaque", une véritable forteresse sur le fleuve Dnipro – en russe, Dniepr – entre les XVIe et XVIIIe siècles.

4 min

Vie et mort de la Sitch zaporogue

Cette forteresse est la "Sitch zaporogue" – la "sitch" ou "capitale cosaque", "zaporogue" qui signifie "au-delà des rapides du fleuve". Ses cosaques lutteront contre le royaume de Pologne, le Khanat de Crimée et... l’empire de Russie, avant d'être battus en 1778, après un combat long et âpre, par la tsarine Catherine II. Non sans avoir, au passage, créé des héros. Comme le "hetman", le chef élu des cosaques zaporogues, Ivan Mazepa (1689-1709), loué par Victor Hugo, Byron ou encore Liszt, mais plus encore par les Ukrainiens.

"La Suppression du sitch zaporogue en 1775 par Catherine II de Russie", huile sur toile de Opanas Georgievich Slastion, 1889, State Art Museum, Kharkiv, Ukraine.
"La Suppression du sitch zaporogue en 1775 par Catherine II de Russie", huile sur toile de Opanas Georgievich Slastion, 1889, State Art Museum, Kharkiv, Ukraine.
© AFP - Leemage

Taras Chevtchenko (1814-1861) est le poète national ukrainien. Mais au-delà de sa verve, Chevtchenko est un immense résistant aux Russes, le symbole du réveil national ukrainien. Né dans une famille de paysans, dans la région de Moryntsi, pas loin de Kiev, il a milité pour la Fraternité Saints-Cyrille-et-Méthode, un cercle politique clandestin. Arrêté par les Russes en 1847, il a été déporté au Kazakhstan et il est mort à Saint-Pétersbourg.

Aujourd'hui, chaque ville ukrainienne a sa statue, son musée, son parc ou son avenue Taras Chevtchenko. Le poète national est le "père" d’une génération indépendantiste. Des intellectuels qui ont créé l’hymne national "L’Ukraine n’est pas morte" (1863). Les paroles de Pavlo Tchoubynski invoquent les insurrections populaires, les héros, la lutte pour l’indépendance. Elles inspireront le combat pour la République populaire d’Ukraine dirigée, de 1919 à 1921, par Mykhailo Hrouchevsky et Volodymyr Vynnytchenko.

Sous le couvercle soviétique

L’indépendance ne durera pas face à l’hégémonie soviétique. Mais dans les années 1920 et 1930, la résistance ne faiblit pas, en particulier dans la capitale de la République socialiste soviétique d’Ukraine d’alors, la ville de Kharkiv. Elle est conduite par des intellectuels, à l’instar du poète Mykola Khvylovy, qui a eu le courage d'écrire à Staline un "au revoir" à la Russie. Il se suicidera avant d’être pris, devenant un symbole de la "Renaissance fusillée".

Levko Loukianenko (1928-2018), deux fois emprisonné à l'époque soviétique, est un des rédacteurs de la déclaration d'indépendance ukrainienne de 1991.
Levko Loukianenko (1928-2018), deux fois emprisonné à l'époque soviétique, est un des rédacteurs de la déclaration d'indépendance ukrainienne de 1991.
© AFP

Après la Deuxième Guerre mondiale, la répression des résistants ukrainiens, notamment ceux de Galicie, dont Staline se méfie, restera la règle. Et les non-violents n’y échapperont pas, comme par exemple Levko Loukianenko (1928-2018).

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Ce militant des droits de l’homme, né dans un village du nord, près de Tchernihiv, a été condamné à mort en 1961 pour "propagande antisoviétique". Une peine commuée en 15 ans de détention, ce qui lui permettra, à sa sortie en 1976, de fonder le Groupe Helsinki, l’une des principales organisations russes de défense des droits de l’homme et d’être de nouveau condamné à 10 ans de prison.

Levko Loukianenko est libéré en 1988, au crépuscule de l’URSS. Trois ans plus tard, en 1991, l’Ukraine déclare une nouvelle indépendance, à laquelle le résistant aura largement contribué. Il deviendra député de la république d’Ukraine, sous les couleurs jaune et bleue qui furent celles, dès le XIIe siècle, du royaume de Galicie-Volhynie.

14 min