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La science, le doute, le climat et le pari de Pascal

Par

** L’ignorant affirme, le savant doute, le sage réfléchit. Aristote **

René Magritte ( 1964)
René Magritte ( 1964)
© Radio France

René Magritte ( 1964) ©Radio France

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Le débat ouvert par les climato-sceptiques révèle la situation délicate de la science aujourd’hui. Si Claude Allègre et Vincent Courtillot contestaient l’existence du boson de Higgs, les théories sur l’apparition de l’homo erectus ou, même, l’impossibilité de franchir le mur de Planck, cela n’émouvrait personne. Pour preuve, les élucubrations des frères Bogdanoff sur l’avant Big Bang ne soulèvent que des chuchotements de réprobation de la part des physiciens. Le réchauffement climatique est une autre affaire. Voilà que les journalistes qui invitent Vincent Courtillot dans leur émission, fût-ce face à plusieurs climatologues orthodoxes, reçoivent des mails d’insultes. Voilà que de grandes institutions scientifiques refusent de l’accueillir dans leurs amphithéâtres. Voilà que le débat de l’Académie des sciences sur les points qui l’opposent aux climatologues se déroule à huis-clos. Voilà que des journalistes se transforment en militants de la vérité scientifique.Sur le réchauffement climatique, le débat serait ainsi si sulfureux qu’il faudrait le tenir à l’écart du grand public. D’où vient cette singularité de l’interrogation sur le réchauffement climatique et ses causes ? Comment expliquer qu’une communauté scientifique qui fait du doute l’un des moteurs essentiels de sa démarche se montre incapable de le supporter quand il s’applique à la climatologie ?La réponse à cette question tient à une regrettable dérive politique. Claude Allègre la revendique d’ailleurs lorsqu’il justifie les grossières erreurs qui émaillent son dernier livre (L’imposture climatique ou la fausse écologie) par le fait que son ouvrage « est » politique. Ce sont pourtant bien deux questions scientifiques qui se trouvent au cœur du débat : La Terre se réchauffe-t-elle ? Si oui, quel est le responsable de cette augmentation de la température ? Les climatologues du GIEC affirment que la Terre se réchauffe et que le principal responsable de ce phénomène est l’homme en raison des quantités de CO2 que ses activités rejettent dans l’atmosphère. Pour les climato-sceptiques, le réchauffement de la Terre a existé au cours des dernières décennies mais il s’est stabilisé depuis une dizaine d’années et pourrait décroître. Le principal responsable de ce phénomène ne serait pas l’homme et le CO2 mais les fluctuations de l’activité du soleil.Il n’y aurait pas de quoi fouetter un chat ni péril en la demeure si ce différend ne faisait l’objet de multiples récupérations politiques. Les rapports du GIEC sont pain bénit pour les écologistes et pour les tenants de la décroissance économique. La position des climato-sceptiques est brandie par les groupes pétroliers et les aficionados de la croissance perpétuelle comme moteur de l’économie, du progrès de l’humanité et de l’accumulation infinie de richesses. C’est dire si les enjeux dépassent la question de la température moyenne du globe à la fin du siècle, du sort de l’archipel de Vanuatu face à la montée du niveau de la mer ou du destin tragique de l’ours polaire privé de banquise. Il faut dire que les économistes contribuent à la confusion. Le rapport de Nicolas Stern, en 2006, évaluait le coût minimal du réchauffement climatique à 5 500 milliards d’euros. Dans son quatrième rapport, le GIEC parle d’un coût situé entre 1 et 5% du produit mondial brut. Bien entendu, ces évaluations sont encore plus contestées que celles qu’avance la science.Au final, la situation semble aujourd’hui particulièrement bloquée. D’un coté, les climatologues apparaissent arcboutés sur le dernier rapport du GIEC même s’ils reconnaissent quelques erreurs vénielles et le caractère caricatural de la synthèse destinée aux décideurs. De l’autre, les climato-sceptiques ne démordent pas de leur thèse sur les effets du soleil et du doute sur la poursuite du réchauffement observé à la fin du 20ème siècle. On est tenté de plaider l’apaisement et la reprise de relations normales entre chercheurs apportant chacun leurs résultats pour faire progresser la connaissance. Un « climat » plus serein dans lequel le doute ne serait plus considéré comme un blasphème mais comme une composante ordinaire du dialogue scientifique. Malheureusement, les experts du climat ont créé les conditions de l’affrontement en tirant le signal d’alarme de l’urgence climatique. Il faut agir vite si l’on veut contenir à 2°C l’augmentation de la température du globe en 2100. Dans le même temps, le dernier rapport du GIEC parle d’effets déjà irréversibles et de nécessaire adaptation. Pour bien faire, il faudrait donc simultanément réduire drastiquement les émissions de CO2 et nous adapter à une inéluctable augmentation de température. Le prix à payer pour éviter le drame de 2100 : des conditions climatiques telles que l’adaptation de l’homme ne serait plus possible.

Le Caravage "Le Doute de Thomas" 1602-1603
Le Caravage "Le Doute de Thomas" 1602-1603
© Radio France

Le Caravage_Le Doute de Thomas_ 1602-1603 ©Radio France

Vu sous un autre angle, cet affrontement peut apparaître particulièrement attristant. En effet, la réduction des émissions de CO2, quoiqu’en disent les climato-sceptiques sur les bienfaits de ce gaz qui favorisent la croissance des plantes, ne peut avoir que des vertus. Même si le réchauffement climatique est dû au soleil, accélérer le passage à l’après pétrole, développer les économies d’énergies et favoriser les sources renouvelables aurait comme conséquences de réduire les émissions de CO2 mais également celle d’une quantité de polluants dans l’atmosphère. Economiquement, ces solutions pourraient avoir des conséquences positives grâce au développement de nouvelles filières industrielles. Face à une telle situation, le pari de Pascal peut faire office de recours ultime. Que le réchauffement climatique existe ou pas, que l’activité humaine ou le soleil en soit responsable, l’homme a tout à gagner à prendre des mesures qui, dans les deux cas, seront bénéfiques pour sa santé, son économie et son avenir sur la planète. Et pendant ce temps, les scientifiques pourront débattre calmement, chercher sereinement et nous informer utilement dès qu’ils seront en mesure de le faire.Michel Alberganti

Audio: Club Science Publique du 15 octobre 2010 **Extrait: Le débat scientifique peut-il se tenir à huis clos ?**
Science Publique du 11 décembre 2009: Réchauffement climatique : quel scénario faut-il croire ?
Vidéos: Jean Jouzel , glaciologue, membre du GIEC et co-commissaire de l'exposition"Atmosphère - le climat révélé par les glaces" évoque l'évolution de la climatologie (Musée des Arts et Métiers - 2008):
**Vincent Courtillot, directeur de l'Institut de physique du globe de Paris, présente son livre: "Nouveau voyage au centre de la Terre" - Odile Jacob 2009
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