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La semaine du 12/12/2013

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Commençons cette émission du jeudi par un petit tour d’horizon de nouvelles sur l’histoire et l’actualité du passé puisées sur le Net, dans vos journaux ou dans les revues.Le déferlement médiatique et l’émotion planétaire autour de la disparition de Nelson Mandela ne vous ayant pas échappé – nous y reviendrons d’ailleurs dans notre émission d’actualité de demain- il nous faut noter, au milieu du flot de papiers consacré à l’ancien président sud –africain celui de l’historien Jérôme Grondeux sur le site Iphilo. http://iphilo.fr/2013/12/09/nelson-mandela-ou-le-retour-des-hommes-dans-la-fabrique-de-lhistoire/#comment-1266Jérôme Grondeux est historien, maître de conférences à l'université Paris IV Sorbonne et à Sciences Po Paris, et il commente régulièrement l’actualité dans son blog « Commentaires politiques ». http://jeromegrondeux.blogspot.fr/Que lui a donc inspiré la disparition de Nelson Mandela ? D’abord, écrit Jerôme Grondeux, il est « rafraichissant de pouvoir, de temps à autre, admirer en histoire.[…] Mais surtout, une chose m’a frappée : personne n’a nié en l’occurrence l’importance de l’action individuelle. Personne ne nie même l’importance d’une série de décisions prises par Nelson Mandela et Frederik de Klerk dans une situation donnée, la responsabilité de leurs choix. Personne ne s’est levé pour expliquer que ces deux hommes ne faisaient que suivre des déterminants économiques, sociologiques ou culturels. Personne n’a expliqué que n’importe qui d’autre aurait agi de même à leur place.[…] » Et Jérôme Grondeux semble s’en réjouir, poursuivant dans ce texte une querelle d’interprétation ancienne comme le rappelle dans un livre récent le philosophe Christophe Boutonhttp://www.editionsducerf.fr/html/fiche/fichelivre.asp?n_liv_cerf=9844 : l’histoire est-elle faite par de grands hommes ou par une masse d’individus anonymes ? Pour Jérôme Grondeux c’est clair : « Finalement, avec Nelson Mandela, nous nous retrouvons face à la problématique du « grand homme […]Je pense qu’à force de vouloir donner les grands cadres, dessiner de vastes ensembles, explorer les structures, les représentations et l’inconscient collectif, présenter des aires culturelles, ce qui en soit est intéressant, on a fini par oublier au passage que l’histoire, ce sont des gens, et pas seulement des foules, mais aussi des individus. Et que certains de ces individus arrivent à améliorer les choses […]Que le niveau biographique, en histoire, s’il ne permet pas de tout expliquer, n’est pas illusoire. »Quel rôle un individu a-t-il joué dans l’histoire ? C’est aussi la question que se sont posés ceux qui ont appris, la semaine dernière, la disparition du général Aussaresses, qui avait été au cœur, par ses déclarations au Monde en 2000 puis par ses mémoires , de la relance du débat sur la torture pendant la guerre d’Algérie.Le blog rédigé par ceux qui sont passé par le Centre des Etudes de sécurité de l’Institut Français de Relations Internationales, Ultima Ratio, tente, sous la plume d’Elie Tenenbaum, de cerner, je cite, l’Héritage stratégique de Paul Aussaresses. http://ultimaratio-blog.org/fr/archives/6338Car le parcours de ce militaire « en dit long sur l’approche française de la guerre irrégulière et ses connexions internationales. » Rejoignant la France libre en 1943, il passe par la Special Training School de Milton Hall, en Angleterre où il noue des amitiés avec William Colby, futur directeur de la CIA ou celui qui créera les Special Forces de l’US Army en 1952.Après guerre , il est chargé de repiquer un millier d’hommes dans les réseaux clandestins de la résistance pour créer un embryon de forces spéciales françaises. Il leur transmet ensuite ce qu’Elie Tenenbaum appelle « les savoir-faire irréguliers appris à Milton Hall. » Puis il est l’adjoint du colonel Trinquier, responsable du renseignement pendant la bataille d’Alger en 1957. C’est là qu’il commandite et pratique la torture comme il l’a raconté dans ses mémoires . Mais le blog Ultima Ratio insiste également sur l’après-guerre d’Algérie, quand Aussaresses devient instructeur dans les écoles de contre-insurrection américaines ou brésiliennes. « Par-delà la figure du barbouze tortionnaire, qu’il a d’ailleurs lui-même contribuée à forger, Aussaresses est donc un personnage à la fois plus complexe et plus important qu’il n’y paraît conclut le blog Ultima Ratio.Partant d’un point de vue très différent et même opposé, c’est également ce que dit l’historienne de la guerre d’Algérie Malika Rahal dans son blog « Textures du temps ». « il existait chez lui une dimension bravache et plastronneuse qui jette une ombre de suspicion sur son témoignage. Compte tenu des relations entre les officiers parachutistes, et notamment entre Paul Aussaresses et Jacques Massu, il n’est pas entièrement à exclure, à mon sens, qu’Aussaresses ait endossé des responsabilités et des actes revenant à d’autres. Il est d’ailleurs la figure qu’on adore détester : méprisé pour avoir parlé, pour n’avoir pas gardé la réserve d’apparence noble d’un Massu, ni avoir acquis la popularité déconcertante d’un Bigeard, il s’était attiré les foudres à la fois des amis de l’armée et des ennemis de la torture. Mais sur le fond, cette répartition des responsabilités ne change rien, poursuit Malika Rahal. Le tableau est accablant : l’armée joue le rôle qu’on lui demande de jouer dans les guerres contre-révolutionnaires, elle agit en contravention des principes démocratiques de fonctionnement de la justice et de contrôle du pouvoir civil sur le pouvoir militaire. L’image du parachutiste retors et sans principe qu’il véhiculait ne doit pas faire oublier que la guerre contre-révolutionnaire est initiée par le pouvoir politique. À dire vrai, la disparition progressive des acteurs (à peu d’écart, les généraux Massu, Bigeard et Aussaresses) ouvre de nouvelles perspectives : elle ouvre le temps d’une histoire sans doute différente, moins focalisée sur des figures, sur des histoires particulières, mais où l’on pourra contempler plus aisément une vision d’ensemble d’une guerre asymétrique pour l’indépendance. Un temps aussi où il faudra bien admettre que certaines informations sont perdues ; que l’on ne saura jamais tout. »Un petit mot pour terminer pour vous signaler un blog de professeurs de collège et de lycée qui utilise la chanson et la musique comme supports possibles des cours d’histoire et de géographie. Il s’appelle histgeobox et a déjà décortiqué et analysé près de trois cents titres de « Bloody Sunday » de U 2 à « Tu veux ou tu veux pas » de Zanini. Des morceaux pris au sérieux et replacés dans leur contexte social et culturel.http://lhistgeobox.blogspot.fr/La dernière livraison est toute récente puisqu’elle m’a été signalée hier par un des contributeurs, professeur à Saintes. Il s’agit de l’analyse de Faccetta Nera « petite frimousse noire » qui accompagne la conquête de l’Ethiopie par les fascistes italiens. Le rédacteur y explique ce qu’était la défense de la race italienne, la lutte contre le métissage et la peur du « madamisme » cette vie en concubinage des conquérants italiens avec les belles abyssines en s’appuyant sur les travaux de Marie-Anne Matard- Bonucci. Bref une analyse utile pour approcher la colonisation italienne par la chanson qui l’a incarnée un temps.