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La semaine du 20/01/2014

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Commençons cette émission du jeudi par un petit tour d’horizon de nouvelles d’histoire trouvées dans vos journaux, vos revues ou sur le NET ;Vendredi dernier, nous avons interrogé Mona Ozouf, Frédéric Génevée et Régis Debray sur les personnalités qui méritaient, à leurs yeux, d’entrer bientôt au Panthéon. Et mentionné une tribune du Monde dans laquelle les journalistes Pierre péan et Eric Conan s’attaquaient violemment à Mona Ozouf qui souhaitait voir le résistant Pierre Brossolette entrer avec d’autres dans le Temple de la Nation.Eh bien un collectif d’historiens a pris la plume cette semaine pour marquer dans « le Monde » leur stupéfaction « de découvrir dans les colonnes du Monde un procès en sorcellerie. » Stéphane Audoin-Rouzeau, Jean-Jacques Becker, Robert Belot, Jean-François Chanet, Joël Cornette, Marc Ferro, Jean-Noël Jeanneney, Philippe Joutard, Jacques Le Goff, Krszystof Pomian, Pierre Nora, Michelle Perrot, Antoine Prost, Henry Rousso, Maurice Sartre, Paul Veyne, Annette Wieviorka et Michel Winock s’insurgent contre un débat qui débat ne se situe pas au niveau que cette historienne incontestée a fixé en récusant sa proposition de panthéonisation au prétexte d’un « sophisme accusateur: 1. Mona Ozouf a été communiste ; 2. Elle est devenue anticommuniste ; 3. Ergo, elle nourrirait une hostilité envers Jean Moulin, qui fut un temps scandaleusement suspecté d'être un agent soviétique ; 4. De là sa volonté de remplacer dans la symbolique de la Résistance Jean Moulin par Pierre Brossolette. Cela s'appelle un délire interprétatif, expliquent ces historiens de tout bord car qui peut relever dans la tribune de Mona Ozouf un seul mot contre Jean Moulin ? » Manière cinglante et convaincante de remettre le débat sur des rails qu’il n’aurait jamais dû quitter : « Ces deux hommes ont été en désaccord politique, mais ils sont morts héroïquement dans le même combat : pour Mona Ozouf comme pour bien d'autres, ils ont tous les deux leur place au Panthéon. »Il est d’antiques procès en sorcellerie qui trouvent leur résolution trois siècles et demi après que leur victime soit montée au bûcher. Tous vos journaux ont relayé en début de semaine une dépêche de l’Agence France Presse qui relatait comment, dimanche dernier, des membres du Consistoire israélite de Moselle, le président du Consistoire central de Paris, le maire et le préfet de Moselle ont dévoilé une plaque rendant hommage au "martyr juif de Boulay" accusé d'un "crime rituel qu'il n'avait pas commis".Raphaël Levy, un marchand de chevaux, s'était rendu à Metz le 25 septembre 1669 à la veille des grandes fêtes juives du Nouvel An pour faire des achats.Il s'était arrêté en chemin pour faire ferrer son cheval. Une mère était allée laver son linge avec son petit garçon à une fontaine près de Glatigny. Cette femme se retourne et l'enfant a disparu. Le garçonnet avait été retrouvé mort un mois plus tard dans un buisson.Au terme d'un procès émaillé de faux témoignages, Raphaël Levy avait été condamné à mort et brûlé vif le 17 janvier 1670 à Metz. Depuis le village avait été déclaré maudit interdisant à tout juif d'y passer la nuit. La réhabilitation de Raphaël Levy dimanche dernier est donc un acte de réconciliation. Mais ce qu’oubliait de dire la dépêche de l’AFP, c’est que cette affaire Raphaël Lévy a été utilisée par Edouard Drumont et les antisémites de la Fin du XIX ème siècle dans le procès fait à Dreyfus. Je vous conseille donc, si vous voulez en savoir plus sur les usages mémoriels de cette histoire, de vous plonger dans le livre que lui a consacré en 2009 chez Fayard l’historien Pierre Birnbaum, passionnante étude de micro-histoire publiée sous le tire suivant : « Un récit de meurtre rituel au Grand Siècle ». Car il faut lire des livres d’histoire et de sciences humaines pour remettre une actualité dans son contexte. La crise actuelle du livre et de l’édition traditionnelle conduit d’ailleurs à quelques surprises. Ainsi des difficultés actuelle de la petite librairie de Banon ( Alpres de Haute Provence) devenue en quelques années une immense librairie présente sur le net et dont la saga magnifique risque de s’interrompre, concurrencée qu’elle est par les grandes plateformes internationales : un cri d’alarme a d’ailleurs été lancé récemment par Bernard Pivot et quelques autres sur ce thème .Autre surprise, l’entrée récente du réassureur SCO, dirigé par Denis Kessler, dans le capital des Presses Universitaires de France en difficulté. Une prise de participation majoritaire que Dominique Lecourt, président du conseil de surveillance des PUF, justifie sur le site « ActuaLitté » par la nécessité de « répondre aux besoins du développement numérique, mais surtout aux usages du numérique dans les universités. ». Et Denis Kessler de compléter la démonstration en expliquant « Qu'un grand groupe puisse aider une société à pouvoir, dans le domaine de l'édition donc dans la production du savoir et la diffusion du savoir, trouver un second souffle, ça fait partie aussi de notre mission. Il y a 30.000 auteurs aux PUF qui ont produit des œuvres. Il y a là un patrimoine français qu'il était intéressant de sauvegarder. »Et puisque nous en sommes à sauvegarder un patrimoine littéraire et livresque notons, après les dégâts qu’ont subi à la suite de l’éclatement d’une canalisation dans les sous-sols de la BNF des milliers d’ouvrages, que les Lettons se sont livrés à un exercice collectif étonnant en transférant un à un deux mille d’ouvrages de l’ancienne à la nouvelle bibliothèque nationale de Riga. Et comment ont-ils fait ? En se les passant de la main à la main le long d’une vaste chaîne humaine dans les rues de la capitale.Une belle façon de célébrer le début de la saison Riga 2014, capitale européenne de la Culture.