La semaine du 20/02/2014

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La semaine du 20/02/2014

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Je ne reviendrai pas sur la nouvelle tombée hier et développée abondamment dans les Matins de France Culture de la probable annonce par le Président François Hollande, demain , au Mont Valérien, de l’entrée prochaine au Panthéon de trois résistantes et résistants ( Geneviève Anthonioz de Gaulle, Germaine Tillion et Pierre Brossolette) et d’un ministre du Front populaire assassiné par des miliciens en 1944, Jean Zay. Si cette quadruple entrée dans le Temple de la Nation est confirmée demain, nous suivrons bien sûr les débats qui ne manqueront pas de naître entre déçus et promoteurs de ces choix importants pour la mémoire nationale.

De mémoire nationale en débat, il est également question depuis deux semaines en Espagne. Non pas, comme à l’habitude, en raison des velléités d’indépendance de tel ou tel et de risque d’explosion du, mais parce que le 7 février dernier le gouvernement de Mariano Rajoy a présenté un avant-projet de loi au Conseil des ministres visant à accorder la double nationalité aux descendants des Juifs d’Espagne expulsé en 1492 par Isabelle la Catholique. Stéphane Peugnieu de « Rue 89 » nous raconte que le processus n’en est qu’à ses débuts et que les critères ne sont pas encore totalement définis.

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http://rue89.nouvelobs.com/2014/02/14/lespagne-fait-fleur-interessee-juifs-sefarades-249945

Parmi ceux-ci, on trouve la pratique du judéo-espagnol, l’existence de liens familiaux avec les 150 à 200 000 juifs séfarades expulsés, la présentation d’un certificat établi par les autorités rabbiniques ou encore le nom de famille. Et la presse espagnole de commencer à recenser certains noms de famille séfarades en annonçant que trois millions cinq cents mille personnes pourraient être concernés par cette décision. Et « Le Monde » http://www.lemonde.fr/europe/article/2014/02/14/l-espagne-souhaite-la-bienvenue-a-ses-juifs-sefarades_4366504_3214.html

précise les raisons de ce projet de loi en reprenant la déclaration du ministre de la la Justice espagnol Alberto Ruiz-Gallardon : Cette loi a « une profonde signification historique, pas seulement parce qu'elle concerne des événements de notre passé dont nous ne devons pas être fiers, mais parce qu'elle reflète la réalité de l'Espagne comme société ouverte et plurielle ».

C’est d’une autre expulsion dont le site « Orient XXI », conçu par des chercheurs, des universitaires et des journalistes spécialisés dans le Moyen Orient, nous parle sous la plume de l’historien et politologue Samim Akgönül.

http://orientxxi.info/magazine/les-grecs-d-istanbul-chasses-de,0512

Car la Turquie commémore cette année un fait méconnu, voire inconnu du public : l’expulsion des Grecs d’Istanbul en 1964, sur fond d’affrontement entre Ankara et Athènes autour de Chypre.

Et « Orient XXI » de nous expliquer que le 14 mars 1964 le gouvernement d’Ankara décide d’expulser 12.000 habitants d’Istanbul de nationalité grecque. Ils doivent quitter la ville dans les douze heures avec 20 dollars et 20 kilos de bagages. Samim Akgönül précise que, finalement, ils seront 45.000 à quitter leur ville, accusés d’être grecs en Turquie et turcs en Grèce. Ce qui fait qu’aujourd’hui une population manque à Istanbul la cosmopolite. Et « Orient XXI » précise que plusieurs événements, colloques et expositions, seront organisés cette année à Istanbul pour raconter aux Turcs cet épisode occulté de l’histoire du pays.

Dans cette chronique nous évoquons souvent des découvertes ou redécouvertes d’archives. Ainsi de l’annonce de l’achat par les Archives de France d’un fonds, qui menaçait d’être dispersé dans une vente, celui de l’ancien président de la République Paul Doumer, assassiné en 1932. http://www.archivesdefrance.culture.gouv.fr/static/7327

Des archives à redécouvrir, peut- être : celles de Claude Guéant alors qu’il était secrétaire général de l’Elysée, et dont la presse, et « Le Monde » en particulier,

http://www.lemonde.fr/societe/article/2014/02/15/les-archives-papier-de-l-ancien-secretaire-general-de-l-elysee-claude-gueant-ont-disparu_4367231_3224.html

nous dit depuis quelques jours qu’elles auraient disparu. Sur son blog, l’historien de l’Europe Frédéric Clavert réagit : http://www.clavert.net/tronquer-lhistoire-tronquer-letat/

« On découvre au détour de l’article du Monde qu’il n’y a pas d’archivage électronique des documents numériques, mais qu’il est coutume d’imprimer les éléments les plus importants sur papier et de les archiver. C’est aberrant. S’il faut trier pour archiver et, donc, parfois, détruire certaines archives (pour cause de redondance, par exemple), c’est aux Archives nationales de le faire, non aux hauts-fonctionnaires, qui sont placés ici dans une position leur permettant de trier les documents qu’ils laisseront à l’État » ce qui, précise Frédéric Clavert, reviendrait « à tronquer l’Histoire, mais aussi à tronquer la mémoire de l’État. »

Un avis d’historien complété par celui d’un autre, celui d’Emmanuel Mourlon-Druol http://www.e-mourlon-druol.com/la-disparition-des-archives-gueant-et-la-recherche-en-histoire-contemporaine/ qui note tout de même qu’en temps de numérique, il y a plus de chances de retrouver des copies de documents dispersés qu’auparavant.

Un petit mot pour terminer : la bibliothèque du Grand Troyes, tient un site Facebook sur lequel elle rend compte de la numérisation en cours de la bibliothèque cistercienne de l’abbaye de Clairvaux, inscrite au registre mémoire du Monde en 2009 https://www.facebook.com/pages/La-biblioth%C3%A8que-de-lAbbaye-de-Clairvaux/104172426294205

La presse de Champagne nous annonce d’ailleurs que cette numérisation devrait être terminée l’an prochain donnant ainsi accès à 1200 manuscrits du Moyen Age.