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La semaine historique du 09/06/14

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Commençons exceptionnellement cette émission du lundi par un petit tour d’horizon de nouvelles d’histoire puisées sur le net ou dans vos journaux.Tout d’abord, saluons l’enquête menée pour « le Monde des livres » de la semaine dernière par l’historien Etienne Anheim. Celui-ci a profité de la multiplication en librairie des essais réflexifs d’historiens pour s’interroger sur la façon dont les historiens se racontent.Car écrit Etienne Anheim en ouverture de son papier, « le moi de l’historien, longtemps, ne s’est pas montré du tout. Le souci de fonder une histoire scientifique, depuis la fin du XIX eme siècle, a d’abord éliminé l’expression individuelle qui semblait le signe d’un manque d’objectivité. Les temps ont changé (…) Aujourd’hui la plupart des historiens s’expriment facilement à la première personne, comme s’il était devenu nécessaire d’interroger les rapports entre itinéraire biographique et recherche savante. ». Et Etienne Anheim de citer, dans le Monde des livres, Emmanuel Le Roy Ladurie, André Miquel, Alain Corbin, Patrick Garcia, qui, tous, à des titres divers, viennent de sortir un livre sur leur itinéraire. Et de ses référer bien sûr aux fameux Essais d’ego-histoire initiés par Pierre Nora en 1987, devenus modèle de référence alors que, selon Pierre Nora interrogé par Etienne Anheim, « le projet fut parfois mal accueilli par des historiens qui ont refusé d’y participer comme par la critique qui y a vu alors un narcissisme transgressif. » Pour Etienne Anheim, l’inflexion récente du phénomène, amplifiée par les mémoires de synthèses scientifique que doivent désormais présenter au cours de leur carrière des chercheurs et universitaires, montre surtout que les historiens essayent, à tâtons, de répondre au problème posé par Pierre Nora : Peut-on écrire sa propre histoire comme celle d’un autre et pourquoi le faire, sinon pour satisfaire son narcissisme et la curiosité du public. » car, en faisant cela conclut Etienne Anheim dans « Le Monde des livres », le chercheur, au lieu d’opposer l’objectivité fictive de la troisième personne au lyrisme débridé de la première, essaie de tenir ensemble le sujet de l’histoire et son objet. Plutôt qu’un symptôme, c’est une manifestation de l’ambition scientifique de l’histoire aujourd’hui, car on sait que la position de l’observateur et ses instruments ont des effets sur les résultats. L’historien est immergé dans l’histoire qu’il étudie. » C’est signé Etienne Anheim et c’est dans « le Monde des livres » paru jeudi dernier.Des historiens qui s’engagent : c’est ce qui s’est passé non seulement à Montpellier après l’annonce de la suppression par le nouveau maire du Musée de la France et de l’Algérie, mais dans le Figaro il y a deux semaines avec le texte signé par Jean Louis Brunaux, Yann Le Bohec et Jean Louis Voisin sur Alésia. Que se passe t il exactement ? Le producteur d’émissions radio et télé d’histoire Franck ferrand a pris fait et cause dans un livre récent et dans des tribunes de pressehttp://www.lefigaro.fr/vox/histoire/2014/05/19/31005-20140519ARTFIG00068-site-d-alesia-admettons-la-verite.phpcontre ce qu’il appelle « les tares de l’Alésia officielle, sise en Bourgogne » et s’est lancé dans un combat contre « le mépris et la morgue des prétendus détenteurs du savoir » qui refusent de reconnaître que le vrai site d’Alesia, selon lui, est en plein Jura.Jean Louis Brunaux, Jean-Louis Voisin et Yann le Bohec , tous spécialistes universitaires de la Gaule antique, lui répondent donc dans le Figaro : « Non, Franck Ferrand , le site d’Alesia n’est pas une supercherie ».http://www.lefigaro.fr/vox/histoire/2014/05/27/31005-20140527ARTFIG00100-non-franck-ferrand-le-site-d-alesia-n-est-pas-une-supercherie.php Et nos trois chercheurs de développer, dans le Figaro : « Remarquons déjà qu'en dehors de quelques personnes groupées autour de Franck Ferrand et de Danielle Porte, cette querelle n'émeut aucun historien de l'Antiquité en France et hors de France: le Barrington Atlas du monde grec et romain édité par l'université de Princeton qui fait autorité en la matière situe Alésia là où elle doit être, au Mont Auxois. Et personne parmi les archéologues et les spécialistes de l'Antiquité n'a pensé à rectifier cette localisation. Des «mandarins», rétorqueront Franck Ferrand et consort. Une histoire «officielle», un «complot» pour étouffer une voix discordante … »« Nous n'avons jamais eu cette prétention. Si nous cosignons cette chronique, ce n'est pas à la suite du «comportement grégaire» que Franck Ferrand décèle parmi les universitaires, mais plus simplement parce que nous sommes animés par la recherche de la vérité historique et par la prise en compte de réalités archéologiques que les détracteurs du Mont Auxois se refusent d'accepter. Nos démarches ont été différentes et nous n'avons pas travaillé de concert. Mais nos conclusions sont identiques: Alésia est au Mont Auxois, et nulle part ailleurs. » Et nos trois historiens développent ensuite leurs arguments dans le Figaro. Arguments qui ne convainquent nullement le chroniqueur d’histoire qui reprend la plume dans ce même Figarohttp://www.lefigaro.fr/vox/histoire/2014/05/30/31005-20140530ARTFIG00080-site-d-alesia-la-mauvaise-foi-des-mandarins.phpen continuant de dénoncer dans une violente tribune « la mauvaise foi des mandarins » et leurs « gloussements satisfaits », en parlant de lui , comme César, à la troisième personne : « Ce qui intéresserait Franck Ferrand, c'est un vrai débat sur le site officiel d'Alise-Sainte-Reine ; sur ses incohérences par rapport aux textes anciens ; sur ses incongruités topographiques ; sur ses impossibilités au regard de la stratégie et, tout simplement, du bon sens. (…) Brunaux-Ping, Pang-Le Bohec et Voisin-Pong se drapent dans leurs titres, se gargarisent de la doxa et constatent que «le Barrington Atlas du monde grec et romain édité par l'université de Princeton qui fait autorité en la matière situe Alésia là où elle doit être, au Mont-Auxois.» Ici, faut-il rire ou pleurer? Voilà bien nos savants à nous: frileux et suivistes, tout juste bons à attendre un verdict de la bouche de leurs confrères anglo-saxons. Qu'à cela ne tienne! Je gage, au rythme où vont les choses, que Princeton sera dessillée plus tôt que la Sorbonne. »On assiste à ce ping-pong par Figaro interposé et on reste sans voix : Pourquoi cette parole haute des médias ? Et pourquoi ce combat contre « les mandarins » ? Professionnels, amateurs , trafiquants d’objets ? Tous ces types d’approches du passé se croisent, sans se voir, autour des sites archéologiques de notre pays. Le Monde a la semaine dernière publié une belle enquête signée Viviane Thivent sur les pillages archéologiques dans notre pays. http://www.lemonde.fr/sciences/article/2014/06/03/archeologie-la-france-zone-de-pillage_4430964_1650684.htmlCar d’après l’association « Halte au pillage du patrimoine archéologique et historique » (Happah).et le ministère de la Culture le pillage archéologique serait en plain essor aujourd’hui : « Trois cents dossiers sont en cours, dont quelques grandes affaires. » Des priorités puisque l’idée du moment est de se concentrer sur les gros pilleurs – et leurs réseaux –, pour l’exemple, « comme d’autres l’ont fait, dans les années 1990, dans le domaine de l’environnement en s’attaquant d’abord aux grands pollueurs ». Un objectif louable mais gourmand en temps, ce qui exaspère les archéologues, témoins impuissants d’une réelle hémorragie patrimoniale. Car, aussi étrange que cela paraisse, une grande partie des objets pillés s’exposent au grand jour sur des blogs ou des sites de vente en ligne comme eBay, Leboncoin ou Delcampe. « Chaque année, des centaines de milliers d’objets archéologiques issus du pillage français, des bijoux, des monnaies ou autres, circulent sur Internet »,Et Viviane Thivent de relayer dans le Monde la critique récurrente contre les amateurs munis de détecteurs de métaux car aux yeux de la loi, le sympathique chasseur-cueilleur de monnaies ou de munitions n’existe pas. Tous sont des pilleurs qui s’ignorent.Une enquête parue dans le Monde du 3 juin dernier.Allez pour terminer notons que ce lundi 9 juin 2014 n’est pas ujn jour comme les autres : http://www.ica.org/15646/journe-internationale-des-archives/la-journe-internationale-des-archives-en-2014.htmlNous sommes en pleine Journée d’Internationale des archives … Et alors ? Eh bien opour cette journée les organisateurs demandent aux archivistes d’envoyer une image ayant un lien avec la localité dans laquelle ils travaillent. L'image sera téléchargée sur un site spécialement développé par les archivistes du groupe des Archives locales, municipales et territoriales du Conseil international des Archives. Le site ( http://www.internationalarchivesday.org/ ) doit être opérationnel aujourd’hui ! Vous pouvez aussi ajouter deux phrases : l'une décrivant le document que vous avez choisi et l'autre pour adresser un message à la communauté archivistique internationale. Nous vous serions aussi reconnaissants de diffuser ce message à l'ensemble des archivistes de votre pays.