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La Slovénie quitte l’Europe illibérale et rejoint la majorité de l’Union européenne

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Le président Robert Golob lors d'une conférence de presse après sa victoire aux élections slovènes
Le président Robert Golob lors d'une conférence de presse après sa victoire aux élections slovènes
- Jure Makovec / AFP

En choisissant Robert Golob comme Premier ministre, la Slovénie abandonne la politique du conservateur Janez Jansa et retrouve une image modérée.

La Slovénie, petit pays alpin situé entre l’Italie, l’Autriche, la Hongrie et la Croatie, a choisi dimanche 24 avril son nouveau Premier ministre. Robert Golob, un businessman dans l'énergie solaire et l'électricité, avec peu d'expérience politique et qui s'est lancé tard dans la campagne électorale. Avec son Mouvement Liberté (GS), Robert Golob (son nom signifie “la colombe”) a créé l’immense surprise en volant dans les plumes du Premier ministre ultraconservateur Janez Jansa, proche du Hongrois Viktor Orban et de l’Américain Donald Trump (dont la femme, Mélanie Trump, est Slovène). Avec lui, la Slovénie, longtemps considérée comme une petite république alpine tranquille, retrouve son image de modérée.

Pro-européen

Lors de ces élections législatives, Robert Golob a réalisé l’un des meilleurs résultats de l’histoire de la Slovénie depuis son indépendance en 1991. Son Mouvement de la liberté (GS) a obtenu 34% contre 22% au parti de Janez Jansa, le Parti Démocrate Slovène (SDS). Robert Golob, 55 ans, est né dans la région de Nove Gorica, à la frontière avec l’Italie, plus précisément dans le quartier de Sempere Vrtojoba/San Pietro – Vertoiba, sorte de de “banlieue” de la ville italienne de Gorizia. Cette région très européenne et très mélangée entre Italie et Slovénie fait de ce nouvel arrivé en politique un Premier ministre naturellement pro-européen. Ce que Bruxelles apprécie ! Robert Golob a d’ailleurs l’intention de rencontrer rapidement le chef du gouvernement italien - et voisin - Mario Draghi.

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Robert Golob a fait ses études d’ingénieur à Ljubljana, avant de partir aux États-Unis, dans le cadre du prestigieux programme de bourse Fulbright. De formation, il est expert en énergie solaire et négociant en électricité. Avant d’être élu comme Premier ministre, son expérience en politique s’était limitée à un poste de Secrétaire d’État chargé de l'énergie de mai 1999 à juin 2000, dans le gouvernement libéral de centre-gauche du mouvement Démocratie Libérale Slovène. Après ces quelques mois, il est vite retourné dans le monde de l'énergie propre.

Il dirigeait notamment la prospère société d’électricité parapublique Gen-I. Société de laquelle il a récemment été limogé. Pour Robert Golob, les raisons sont politiques, et son renvoi est signé du Premier ministre ultraconservateur de l’époque, Janez Jansa. C'est pour se venger qu'il se relance en politique en créant le Mouvement de la Liberté en janvier. À peine quatre mois plus tard, il balaye donc Jansa.

À la fois de droite et de gauche

Pour remporter ces élections, Robert Golob s’est présenté aux électeurs slovènes comme un libéral et un écologiste, à la fois de droite et de gauche. Il a fait une campagne très nettement contre le pouvoir et la politique de Jansa en s'opposant à l’illibéralisme - une situation démocratique où les citoyens n’ont néanmoins pas un traitement égalitaire face à la loi- de l’ancien Premier ministre.

Robert Golob n’a pas simplement gagné, il a bousculé la politique slovène. L’ultraconservateur Jansa et ses alliés de la coalition au pouvoir (Nouvelle Slovénie-Chrétiens-Démocrates, 6,8%) ont été balayés. Les nombreux partis centristes n’existent plus et la gauche est en difficulté, les Sociaux-démocrates (6,6%) et la gauche radicale “La Gauche” (Levica) sont à 4%. Désormais, le Mouvement de la Liberté compte 41 sièges sur 90 dans l’Assemblée nationale qui compte trois blocs : un de droite à 30% (22% pour Jansa et 7% pour les Chrétiens-démocrates), les centristes de Golob à 34% et la gauche à 11%.

Une chute brutale pour Jansa

Janez Jansa ne s’attendait pas à une chute aussi brutale. À 63 ans, il était revenu au pouvoir pour la troisième fois. Son mouvement, le Parti Démocrate Slovène (SDS) est né à la chute du communisme titiste, et dans les années 90, comme son nom l’indique, sa vision était démocrate contre le communisme. Pas question d’ultra-conservatisme. D’ailleurs, lors de son arrivée au pouvoir, en 2004-2008, il était plutôt de centre-droite. Mais ensuite, Janez Jansa s'est intéressé à son voisin hongrois, Viktor Orban.

Il y a beaucoup de points communs entre Jansa (né en 1958) et Orban (né en 1963). C'est une génération qui a lutté contre le communisme et qui au départ était des démocrate plutôt de centre-gauche -le Parti Démocrates Slovène pour Jansa et l’Alliance des Jeunes démocrates pour Orban. Mais ensuite, Viktor Orban a créé l’illibéralisme, l’ultraconservatisme et le populisme. Janez Jansa suivra son voisin hongrois.

L’Ukraine, fracture entre Jansa et Orban

Le Slovène ne cache pas non plus son admiration pour Donald Trump, l'ancien président américain. Et par chance, pour la publicité de Jansa, Melania Trump, Melanija Knavs de son nom de jeune fille, est née dans la ville ouvrière de Novo Mesto, dans le sud de la Slovénie. Janez Jansa copie par exemple Trump en twittant tous les jours. Serait-il le Trump slovène ? Il est arrivé deux fois au pouvoir, mais ne réussit pas à rester plus de deux ans, en 2012-2013 et donc cette fois-ci, en 2018- 2020. Ces modèles ont donc des limites. Trump a perdu les élections et Orban, a certes gagné les législatives du 3 avril 2022, mais Jansa s’est fâché avec le Premier ministre hongrois à cause de l’Ukraine. Janez Jansa condamne fermement l’invasion de l’Ukraine par la Russie. L’inverse d’Orban.

Le 15 mars 2022, Janez Jansa est allé en visite en Ukraine, en train, avec le Premier ministre Tchèque Petr Fiala et le chef du gouvernement Polonais, Mateusz Morawiecki. Un geste très courageux, puisqu'à l'époque la capitale ukrainienne était bombardée par les Russes. Un geste comprit par les Slovènes, puisqu’il n’y pas de courant pro-russe en Slovénie. Ce pays a été très longtemps autrichien, Habsbourg et catholique et pas du tout pro-russe, contrairement à la Hongrie d’Orban.

Janez Jansa (au milieu) avec ses homologues tchèques et polonais à Kiev pour rencontrer le président Zelensky (à droite) le 15 mars
Janez Jansa (au milieu) avec ses homologues tchèques et polonais à Kiev pour rencontrer le président Zelensky (à droite) le 15 mars
- Ukrainian Presidency / Handout / ANADOLU AGENCY / Anadolu Agency via AFP

Avec la guerre en Ukraine, l’Union européenne est plus unie, et donc, être proche de la position d’Orban était difficile à tenir pour Jansa. Lors des élections législatives, les grandes villes slovènes, comme Ljubljana la capitale, ou Maribo ou Celje, ont refusé d’accepter les idées de Janez Jansa, la russophilie de Viktor Orban et sa vision de Poutine. Après la Roumanie, la Slovaquie, la Lettonie, la Bulgarie, la République tchèque, c’est donc au tour de la Slovénie de refuser les régimes populistes par la voix des urnes. Reste la Pologne (élections l’année prochaine et les sondages sont serrés). Seule la Hongrie reste une nation populiste et ultra conservatrice, mais très seule.