La sombre histoire de Peter Pan
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La sombre histoire de Peter Pan - #CulturePrime

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La sombre histoire de Peter Pan

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Pour vous Peter Pan est un petit plaisantin qui vit dans un monde féerique ? Eh bien non, c'est une invention de Disney. Le roman d’origine étant beaucoup plus sombre, Peter Pan y est en fait méchant et égoïste.

Un Peter Pan maléfique voire même égoïste ? "Ce n’est pas du tout l’image que donne, par exemple, la version de Disney où on a l’image d’un personnage joyeux, qui incarne l’aventure, l’enfant éternel, la vitalité, l’insouciance", précise Nathalie Prince, professeur de lettres à l’Université du Mans. 

24 min

Une histoire familiale 

Peter Pan est né de la plume de James Matthew Barrie, écrivain né en 1860 en Écosse. Lorsqu'il a 7 ans, il perd son grand frère David, chouchou de la famille. À sa mort J.M Barrie prend la place de ce frère disparu, il porte ses vêtements, imite sa voix, réécrit son histoire. On raconte même qu’il s’était tellement mis dans son personnage, que des médecins constatent un arrêt de croissance. Comme s'il était bloqué dans la vie qu’il inventait pour David. Cette histoire hante tous ses textes. 

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Égoïste et meurtrier

Le petit garçon qui ne voulait pas grandir naît autour de 1900. Peter Pan apparaît dans le Petit Oiseau Blanc de J.M Barrie puis il fait une pièce de théâtre autour du personnage. Enfin, il écrit un roman en 1911 sous le nom de Peter Pan and Wendy.
L’histoire est celle d’un enfant qui ne veut pas grandir et qui récupère les enfants morts, tombés du berceau ou abandonnés pour les envoyer au pays de “Neverland”. Ce personnage, loin d’être un enfant de chœur, est habité par une haine profonde des adultes. Un adage de l’île raconte qu’à chaque respiration, un adulte meurt. Alors Peter Pan s’amuse à respirer fort et haleter le plus possible pour tuer le maximum d’adultes. Il tue aussi les enfants perdus. Dès qu’ils grandissent, il ne veut plus d’eux sur cette île. Profondément égoïste, le héros a aussi perdu la notion de temps en étant bloqué depuis des années sur cette île. 

"Peter Pan reconnaît qu’il n’a pas le moindre souvenir des enfants perdus, il oublie aussi sa petite fée, Clochette. Il oublie donc son histoire, il ne sait rien sur lui-même, c’est absolument terrible. Il oublie Wendy et Wendy, elle-même, oublie ce qu’il s’est passé quand elle devient adulte. C’est une histoire où, effectivement, cette notion d’oubli et de gommage de ce qu’il s’est passé est terrible. Mais, en fait, ça rejoint finalement la question du passage de l’état d’enfance à l’âge adulte, on oblitère l’enfance, on gomme l’enfance quand on devient grand", précise Nathalie Prince.  

Peter Pan sur l'île imaginaire "Neverland"
Peter Pan sur l'île imaginaire "Neverland"
© Getty

Un pays imaginaire bien plus sombre

Le pays imaginaire de Barrie s’appelle en réalité "Neverland" soit “le pays de jamais”, celui où on ne veut jamais aller ou jamais retourner. Cauchemardesque, on y trouve des mercenaires sanguinaires, des pirates, des sirènes monstrueuses, des fées égoïstes et des bêtes sauvages, tous sont maléfiques. La mort y est aussi omniprésente. 

Cette sombre histoire, Barrie passera sa vie à l’écrire. Même après la sortie du livre en 1911, il continue de faire d’autres livres autour du même thème, avec les mêmes personnages… Au total quasiment une dizaine de réécritures, des alphabets, des scénarios et d’autres versions du roman, plus édulcorées. 

"Barrie n’a jamais fait autre chose que réécrire la même histoire. Il faut bien garder en mémoire que la mort du frère est un élément tragique qui a transpiré sur toute l’œuvre de Barrie, qui n’a jamais cessé de réécrire la même histoire, comme s’il portait une trace de culpabilité. Coupable d’être toujours vivant peut-être ? C’est d’une certaine manière la petite musique de Barrie, une petite musique triste, on dira une petite musique de mort qui hante son texte, voire ses textes", analyse Nathalie Prince

Peter Pan vu par Disney
Peter Pan vu par Disney

Barrie lui-même se décide à adoucir son scénario de base assez rapidement. Puis, dès 1924 des comédies musicales sont montées, mettant de côté l’aspect sombre de Peter Pan. Le coup de grâce se fera avec le Peter Pan de Walt Disney, joyeux luron aux antipodes de celui de Barrie.

57 min