La tong, de l'artisanat à l'industrie de masse

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La tong, de l’artisanat à l’industrie de masse

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Une semelle et une lanière en Y : voici comment la tong s’est imposée comme symbole de la mondialisation.

C'est la chaussure indispensable des touristes occidentaux, comme des prolétaires des pays tropicaux. En moins d’un siècle, la tong s’est imposée sur tous les continents. C'est un objet on ne peut plus simple : une semelle avec une lanière en Y. Pourtant, son succès est colossal. Depuis sa création, plus de quatre milliards de paires ont été vendues. On en trouve dans toutes les régions du globe, où elles sont nommées "sandalias", "chancletas", "chinelos" ou "flip-flop". 

Un ancêtre commun : la "zori" 

En France, on les appelle tongs, dérivé de l'anglais thongs, qui signifie lanières. Ces sandales sont inspirées de la zori japonaise, portée depuis le XVIe siècle, et composée de paille, de riz et de jonc. Elle se répand dans le monde avec les conquêtes militaires de l'Empire japonais en Asie, durant la Seconde Guerre mondiale. Elle est aussi rapportée par les soldats Alliés après l'occupation du Japon.

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À la fin des années 1940, à Hawaï, l'entreprise Scott décide de produire des "zori" en caoutchouc. Les surfeurs californiens les adoptent immédiatement, à une époque où la mode "tiki" est en vogue. C'est une mode qui diffuse une vision de la culture polynésienne fantasmée par les Américains. 

Le succès des "Havaianas" 

En 1962, une entreprise brésilienne copie ce modèle : les "Havaianas", hawaïennes, en portugais. Elles sont adoptées dans les favelas et par les touristes occidentaux. Pour séduire les Européens, la marque surfe sur un événement mondial : la coupe du monde de football de 1998, en France. Si le Brésil ne remporte pas la finale, la tong aux couleurs de la Seleção devient un produit dérivé incontournable. La marque produit alors plus de 200 millions de paires par an. 

Un nouveau concurrent industriel 

Mais au début du XXIe siècle, un autre concurrent industriel s'impose : la Chine. Au lieu de caoutchouc recyclé, la production prend du plastique pour diminuer les coûts de fabrication. Les tongs made in China inondent les marchés africains, comme à Addis-Abeba, en Ethiopie, où s'écoulent chaque année des centaines de milliers de paires de tongs. D'un objet artisanale, la tong est devenue un objet industriel à l'empreinte carbone conséquente, et le symbole du tout-plastique. 

La surproduction crée des catastrophes écologiques. En 2019, 60 000 tongs usées ont échoué sur une île des Seychelles, en raison de la convergence des courants marins. Selon le Pew Charitable Trusts, la quantité de plastique déversée dans l’océan va tripler d’ici à 2040, pour atteindre 29 millions de tonnes par an.