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"Le 1% pour la planète est l'impôt qui rend le plus heureux un entrepreneur"

Par
Charles Kloboukoff, fondateur de Léa Nature et président de 1% for the Planet France
Charles Kloboukoff, fondateur de Léa Nature et président de 1% for the Planet France
- Olivier Degorce

Demain l'éco. Le 1% pour la planète est un mouvement mondial porté par des entreprises qui ont décidé de donner 1% de leur chiffre d'affaires à des associations de préservation de l'environnement. Plus de 750 entreprises sont membres de ce collectif en France, qui reverse plus de 7 millions d’euros chaque année.

Lorsqu’il se lance en 1993 dans le commerce biologique en vendant des compléments alimentaires et des tisanes, Charles Kloboukoff fait figure de pionnier. Trente ans plus tard, avec ses 19 usines et ses 1 800 salariés, l’entreprise qui s’est diversifiée dans l’alimentation, la cosmétique, la diététique ou encore les produits d’hygiène est devenue numéro 1 du bio en France.

Convaincu du rôle de l’entreprise dans la société, Charles Kloboukoff, en 2019, change les statuts juridiques de Léa Nature pour en faire la première ETI à mission. Ce qui ne freinera en rien sa croissance puisque le groupe Léa Nature a franchi en 2020 la barre symbolique du demi milliard d’euros de chiffre d’affaires. Entrepreneur engagé, Charles Kloboukoff est président du collectif français 1% for the Planet. Entretien.

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Reportage à Périgny, près de la Rochelle, au siège de Léa Nature, leader des fabricants de produits bio en France. Par Annabelle Grelier

3 min

Est-il difficile de convaincre et attirer les chefs d’entreprise français dans cet engagement ? Quels sont vos arguments pour leur faire comprendre que le développement économique va de pair avec la protection de la planète ? 

C’est l’impôt qui rend le plus heureux un entrepreneur ! Voilà mon argument.  Il permet de motiver des collaborateurs sur un projet qui a du sens. C’est également un engagement qui est plébiscité par les clients ou les consommateurs qui y voient là une démarche de citoyenneté dans l’entreprise, d’authenticité. On sait qu’on est de plus en plus nombreux à vivre sur cette planète qui ne changera pas de taille et que si on n’y prend pas soin, elle va continuer à se dégrader. Et ce qu’on offrira aux générations futures ne sera pas de la même qualité que ce que nous avons vécu. Faut arrêter de penser qu’il y a l’économie d’un côté, les pouvoirs publics de l’autre, les ONG de leur côté,  il faut qu’on travaille tous main dans la main pour préserver notre environnement.

Vous voulez démontrer que l’on peut réconcilier rentabilité et intérêt général. Mais en pleine crise économique est-ce entendable ?

Ce n’est pas facile, c’est vrai, vous avez raison. On a perdu cette année près de 35 membres mais on en a gagné un peu plus de 200. Des jeunes qui dès leur début s'inscrivent dans la démarche et n'attendent pas le succès pour le faire. Le bilan est donc extrêmement positif. Et je dirais que peut-être ceux qui entreprennent avec cette fibre environnementale ont une résilience plus forte à la crise. C’est extrêmement fédérateur et cela donne beaucoup de sens au travail collectif, la nouvelle génération est extrêmement sensible à la quête de sens justement. L’ère du consumérisme à tout crin est un petit peu derrière nous je pense. On est engagé dans une démarche assez profonde qui va se généraliser même si elle touche surtout des TPE des artisans et une petites dizaines d’ETI en France, car il est vrai qu’on n’arrive pas à intéresser véritablement les grands groupes.

Plus généralement, diriez-vous que la  France est réellement engagée dans la transition économique et écologique ?

Nous avons encore d’énormes progrès à faire quand on sait que le mécénat environnemental ne représente que 3 % à 5% du mécénat global. On voit que la cause environnementale passe encore loin derrière d’autres causes comme la solidarité ou la précarité. On milite pour que soit relevé ce plafond de l’incitation fiscale actuellement à 5 pour mille du chiffre d’affaires pour encourager les entreprises à en faire davantage. Car si ce ne sont pas les entreprises qui financent ces causes-là, il faudra bien que quelqu’un d’autre le fasse à leur place et en ce moment on sait très bien à quel point les deniers publics sont mis à mal par la pandémie.

Le groupe Léa Nature est le premier contributeur au 1% for The Planet, il a reversé cette année 2,5 millions d'euros
Le groupe Léa Nature est le premier contributeur au 1% for The Planet, il a reversé cette année 2,5 millions d'euros
- Sylvie Curty

Depuis 2009, vous vous êtes lancé dans une politique de relocalisation de vos approvisionnements pour vous fournir aujourd'hui à 80% en France. Pensez-vous que les entreprises sont garantes de la transition écologique ? 

Un véritable mouvement s’amorce. On voit le développement du vrac et la réduction des emballages en général. On assiste quand même à une prise de conscience assez générale de la perte de la souveraineté alimentaire et que l’on dépend du développement de filières alimentaires que l’on ne maitrise pas, qui plus est lorsqu’il y a des problèmes d’acheminement des containers. Il y a une vraie prise de conscience, les consommateurs recherchent plus de local et il faut être en mesure de leur offrir. Nous, chez Léa Nature, c’est un axe sur lequel on est engagé depuis longtemps puisque nous avons investi 100 millions d’euros sur les 4 dernières années pour faire émerger 7 ou 8 nouveaux sites de production et en moderniser d’autres. Aujourd’hui on a un cycle qui s’inverse et la relocalisation devient logique pour tout le monde. Il faut la conduire mais ce sera aussi long à refaire que cela a été rapide à défaire.

Êtes-vous optimiste, à quoi ressemblera la consommation selon vous dans le monde d'après ? 

On est au début d’un cycle nouveau depuis une dizaine ou quinzaine d’années qui s’accélère véritablement. Et le réchauffement climatique a provoqué une évolution drastique de la nécessité de repenser nos modes de consommation et notre production de gaz à effet de serre. Même chose pour notre consommation de viande qui diminue largement au profit d’une meilleur qualité et de produits plus locaux. Donc je pense que c’est un mouvement général qui s’enclenche. Et puis également la volonté des citoyens de recréer du lien avec les distributeurs. On le voit avec les circuits courts, les AMAP, la volonté peut être de ne plus aller dans les hypermarchés ou dans des très très grandes surfaces un petit peu anonymes ou on pousse son caddy pendant des kilomètres et où on n’a plus de contact ni avec la nature ni avec les producteurs, de réinstaurer ce lien social et de solidarité économique. Voilà, il y a beaucoup d’indicateurs et de signes forts qui font penser qu’on est dans un mouvement qui va s’accélérer avec la prise de pouvoir de la nouvelle génération qui est née avec ce problème alors que nous l’avons découvert au milieu de notre carrière. Mais bon on n’avait pas le même niveau de conscience ; il n’y avait pas le même niveau d’exigence et d’urgence pour changer les choses.