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Le 31

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Aujourd’hui c’est le 31. Quelques dizaines des opposants au système du pouvoir, installé en Russie sous la présidence de Vladimir Poutine ont pour coutume de se rassembler les 31 de chaque mois pour défendre l'article 31 de la Constitution, qui garantie la liberté des rassemblements et qu'ils jugent bafoué. Et ils vont se rassembler aujourd’hui de nouveau, sans doute. « Russie sans Poutine » et puis « Constitution » vont scander les participants dans les rues de plusieurs grandes villes...Pas étonnant que ce genre de manifestations soient largement couvertes par les medias des pays ou la démocratie est un peu mieux traité, qu’en Russie de Poutine. Exemple – un reportage sur une chaine française BFM TV depuis Kaliningrad :

A coté de tous les clichés sur la Russie actuelle et qui ne sont pas forcement tous faux il y a dans ce reportage une phrase essentielle : « Si on sortait dans la rue avec les slogans contre le gouvernement personne ne nous suivra. » Un mystère, non ? « Malaise social » est donc déconnecté dans la conscience russe des affaires du gouvernement ? Les russes sont-ils une espèce à part parmi les peuples européens, qui tiennent généralement leurs gouvernements pour responsables de tous leurs malaises ? J’ai un élément de réponse peut-être.

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Pendant l’été 2009 j’ai découvert avec la plus grande surprise, que le lac en plein milieu des forets caréliens, ou j’avais l’habitude de nager, est devenu protégé d’accès par une barrière. Dés mon arrivée, un garde de sécurité m’a expliqué qu’a partir de l’année 2009 et pour 49 ans le lac est sous un bail ! Une compagnie privée prend 50 roubles (1euro et demie) pour le parking et 100 roubles pour la baignade. Attristé, j’ai fait demi-tour…

Mais quel ne fut pas mon étonnement d’apprendre il y a quelques semaines que l’accès à mon lac préféré est de nouveau libre ! Le raison est simple : je n’étais pas seul à nager dans ce lac, les autres citoyens russes l’aimaient aussi. Et…ils ont été moins fatalistes. Ils ont commencé à écrire des lettres. Et pas n’ importe où ! Dans un petit espace de dazibao -sur le forum de la chaine de télévision nationale, qui les a publiés. Ces dazibaos indiquaient que, selon la loi littorale russe en vigueur, l’accès aux lacs doit être impérativement libre pour tous, sur une bande côtière de 20 mètres. Les messages et les commentaires se multipliant, les journalistes sont venus faire un reportage. Eh oui, sur une chaine d’état on tient un forum et on peut critiquer tous le monde, sauf… le président et le premier –ministre. Cet action a eu l’effet escompté: aujourd’hui on paye toujours 50 roubles pour le parking, mais la baignade est gratuite de nouveau ! Mieux que ca. Le procureur de la région promet d’infliger les amendes a tous ceux qui, tout en privatisant les terrains autours des lacs de façon tout a fait légale, construisent les barrières sur les plages de façon absolument illégalle ! Et le premier parmi eux est…Vladimir Poutine !

Nous sommes en juillet 2010. Les activistes du mouvement contre l’occupation illégale des lacs cassent les barrières de la datcha de Vladimir Poutine en montrant aux gardes de sécurité le texte de la loi littoral, devant le téléphones portables, qui diffusent l’action en direct sur le net! Et la police ne fait rien… Ensuite une cinquantaine d’activistes font un piquenique dans le jardin de Poutine et se baignent sur « sa » plage.

Bien évidemment, la télévision « traditionnelle » a totalement ignoré l’épisode, mais quand un internaute russe tape aujourd’hui « lac » et « occupation illégale » dans un moteur de recherche, il trouve des reportages amateurs depuis le lac de Poutine mélangés avec des reportages dits « sérieux » sur l’action du gouvernement local contre les bailleurs de mon lac préféré. Résultat : les 2 cas sont aujourd’hui connus de tous le monde. Et dans le 2 cas on a l’impression qu’on peut obtenir un bout de justice dans la Russie de Vladimir Poutine autrement qu’en criant « Russie sans Poutine ». A chacun sa culture de protestation…