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Le Brexit continue de polariser la société britannique

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Le 29 janvier 2018, manifestation contre le Brexit à Londres.
Le 29 janvier 2018, manifestation contre le Brexit à Londres.
© Maxppp - Andy Rain

Dans un an tout juste, le 29 mars 2019, le Royaume-Uni cessera officiellement de faire partie de l’Union Européenne. Il y a un an, la Première ministre britannique a déclenché la procédure de divorce. Le Brexit est largement enclenché, mais il continue de diviser la société britannique.

Step by step, étape par étape. La sortie de l’Union européenne a été approuvée par 51,9% des Britanniques le 23 juin 2016. Aujourd’hui, ils sont toujours autant divisés. Le Brexit prend son temps...

Le 29 mars 2017, Theresa May, la Première ministre britannique a déclenché l’article 50 du traité de Lisbonne, entamant donc la procédure de divorce. Comme le prévoit l’article, les liens juridiques seront rompus deux ans plus tard, le 29 mars 2019, dans un an. D’ici là, la Grande-Bretagne sera en phase de transition. Et de nombreuses étapes sont encore à venir, des négociations pour déterminer la future relation entre la Grande-Bretagne et l’Union : 

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  • Le 17 avril 2018 : Les ministres des Affaires européennes de l’UE font le point sur les derniers développements.
  • Les 28 et 29 juin 2018 : La question des frontières entre l’Irlande du Nord et la République d’Irlande doit être finalisée par les 27 réunis à Bruxelles. Les Britanniques ont accepté d’intégrer dans l’ébauche d’accord un "espace réglementaire commun" incluant l’UE et l’Irlande du Nord. 
  • Juin 2018 : Les règles de la transition doivent être votées par le Parlement britannique et le Parlement européen.
  • Les 18 et 19 octobre 2018 : Sommet européen qui doit conclure les négociations.     
  • Le 29 mars 2019 : Début de la période de transition, le Royaume-Uni devient un pays-tiers, mais reste soumis aux règles européennes sans pouvoir peser sur les décisions communes. Le pays peut officiellement entamer les négociations commerciales avec les pays hors de l’UE.      
  • Le 31 décembre 2020 : fin de la transition.
  • Le 1er janvier 2021 : Entrée en vigueur du ou des traités négociés sur la nouvelle relation entre le Royaume-Uni et l’UE.

Leave vs Remain

"Un calendrier que les Britanniques n’ont pas forcément en tête", selon Alex Taylor, journaliste européen, d’origine britannique, qui vient d’obtenir la nationalité française, demandée juste après le Brexit. Cela fait 40 ans qu’il vit en France, mais il suit de près tout ce qui touche à son pays. Pour Alex Taylor, la situation s’apparente à "une sorte de fausse guerre" : 

C'est comme au début de la seconde guerre mondiale : on savait qu’on était en guerre, mais il ne se passait pas grand-chose. Car les effets du Brexit ne sont pas immédiats. La Grande-Bretagne est toujours dans l’Union européenne et personne ne ressent les effets de ne plus être membre de l’Union. Pour preuve, Theresa May a reçu la semaine dernière un soutien sans faille de tous les autres pays européens vis-à-vis de la Russie, dans l’affaire Skripal.

Un an et demi après le référendum, les débats sont toujours vifs sur le Brexit. La société britannique reste divisée. Cela se voit sur les plateaux de télévision, raconte Alex Taylor, notamment "lors d'émissions sur la BBC, l'une d'elles s’appelle Question time, c’est la principale émission d’actualité avec un public. Une centaine de personnes posent des questions à un plateau d’invités. La moitié du public est pour le remain, l’autre pour le leave, les gens sont encore plus divisés que les invités eux-mêmes". Il y a quelques jours, dans la même émission et dans un discours passionné, une jeune Britannique pro européenne a aussi défendu le résultat du référendum, au nom de la démocratie. 

© Visactu

Un débat "quasiment tribal"

Cette division est basée sur l’émotion, d’après David Chazan, journaliste indépendant britannique, basé à Paris. 

C’est même quasiment tribal, ajoute-t-il. Il y a ceux qui veulent rester dans l’Union européenne, et qui sont absolument convaincus que ça sera catastrophique si on quitte l’Union. Et puis ceux qui veulent partir et qui sont absolument persuadés que même s’il y a des conséquences néfastes sur le plan économique à court terme, à long terme, cela se résoudra. C’est devenu un débat émotionnel. 

Un débat où chacun campe sur ses positions, "et s’y retranche même, d’après Alex Taylor. J’ai vu très peu de gens qui disent regretter avoir voté pour le Brexit et je dirai même que les opinions sont encore plus tranchées. Une fois que les gens prennent une décision, ils ont tendance à renforcer leur position. Et pour le moment, il n’y a pas de fait ni de chiffre qui pourraient donner raison à l’un ou l’autre des deux camps."

De "Nouvelles identités" sont nées

La fracture de la société depuis le référendum a créé "de nouvelles identités liées au Brexit", d'après une étude réalisée par un groupe d’universitaires britanniques d’Oxford et de la London School of Economics, intitulée Brexit and public opinion, publiée en début d’année. Auparavant, l’Europe n’était pas la principale préoccupation des Britanniques. Depuis le référendum, ils s’identifient d’abord par leur vote : 35% des personnes interrogées se déclarent leavers, 40%, remainers. De nouvelles identités qui ne correspondent plus aux clivages politiques traditionnels entre les Travaillistes et les Conservateurs. Selon les chercheurs : "il est trop tôt pour dire si ces identités vont persister après le départ de la Grande-Bretagne de l'UE, ou si elles seront absorbées par des identifications plus anciennes à travers les partis politiques. Mais l’effet polarisant du Brexit est bien réel". 

Cette division, qui n’a pas évolué depuis le référendum, revêt plusieurs aspects selon Sophie Loussouarn, maître de conférence à l'Université de Picardie et spécialiste de la Constitution britannique : 

Des aspects générationnels, sociologiques, et géographiques. Les villes, les jeunes, les diplômés ont voté en masse pour rester dans l’Union. A l’inverse, les campagnes, les plus âgés et les moins diplômés ont voté la sortie, pour reprendre leur souveraineté, et reprendre le contrôle de leur frontière. Car l’une des principales causes du Brexit est une rébellion contre l’immigration, et contre le libéralisme.

Infographie extraite de l'étude "Brexit and public opinion" qui souligne le fossé entre les jeunes et les personnes âgées au sujet de l'Union européenne
Infographie extraite de l'étude "Brexit and public opinion" qui souligne le fossé entre les jeunes et les personnes âgées au sujet de l'Union européenne

Car les raisons du vote sont "davantage politiques qu’économiques", analyse Magdalena Frennhoff Larsen, maître de conférences à l’Université de Westminster. Elle évoque notamment la volonté des Britanniques de reprendre le contrôle de leurs lois. C'est par exemple le cas des pêcheurs de Brixham, un port du sud-ouest de l’Angleterre, dont la colère se dirige vers les quotas imposés par l’UE, considérés comme responsable du déclin de l’industrie halieutique. Mais "les pro-Brexit veulent également mettre un frein à l’immigration", ajoute Magdalena Frennhoff Larsen.

Le Brexit continue en tout cas à faire la Une de la presse britannique, quasiment tous les jours. "Mais la société se lasse depuis un mois, explique Alex Taylor. Les gens commencent à en avoir marre de tout ça".

Des voix s’élèvent aussi depuis quelques semaines pour réclamer un nouveau référendum, notamment celles de personnalités politiques comme l’ancien Premier ministre Tony Blair : un référendum sur l’accord définitif que conclura Londres avec l’Union européenne. Mais si une telle consultation est organisée, les sondages et enquêtes montrent que le vote pourrait aboutir au même résultat qu’en 2016. 

Quoiqu’il se passe, cela va laisser beaucoup d’amertume, s’accordent à dire les journalistes britanniques. 

"Nous continuons le travail pour détricoter, malheureusement, 44 années d'intégration"

Michel Barnier, le négociateur du Brexit pour l'Union Européenne, était l'invité du journal de 12H30 de France Culture ce jeudi, interrogé par Sophie Delpont. Il est revenu sur les différentes étapes qui arrivent, concernant le Brexit : "Nous sommes dans des négociations extraordinaires et extraordinairement complexes aussi." 

Michel Barnier

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Nous sommes exactement au milieu du chemin, entre la lettre de Theresa May qui nous est parvenue, il y a un an, déclenchant le processus de négociation, et le moment effectif deux ans après, en mars 2019, où le Royaume-Uni deviendra comme il l'a souhaité, un pays tiers. Même si , l'accord qui a été signé il y a quelques jours, détermine pendant une période limitée entre mars 2019 et décembre 2020, le Royaume-Uni restera dans le marché unique, dans l'union douanière européenne, il continuera à payer, notamment pour la politique agricole commune et pour la pêche.

Quel sera le prix du Brexit  ?

Il y a des conséquences économiques considérables qui dépendront évidemment de la nature de notre relation future. Est-ce que nous parlerons simplement d'un accord de libre échange avec un abaissement des barrières douanières et tarifaires ou est-ce qu'il y aura d'autres formes de coopération ? Nous aurons nos propres exigences, car nous ne voulons pas changer ce que nous sommes, il n'y pas de raison d'affaiblir le marché unique. 

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