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Le Cap: paysages urbains de la nouvelle Afrique du Sud

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Pour se déplacer en imagination au Cap, rien de tel que la lecture du dernier roman policier de Deon Meyer, 13 heures , récemment traduit au Seuil.

Dans les années qui suivent la fin de l'apartheid, trois nouveaux types de quartiers caractérisent la nouvelle Afrique du Sud: les quartiers centraux dégradés; les quartiers résidentiels de luxe habités par des Noirs; et les néo-township . Tel est, dès 1998, le diagnostic posé par Myriam Houssay-Holzschuch et Philippe Guillaume dans le n° 28 de la revue Géographie et Cultures (L'Harmatan, 1998, "du Township à la ville...nouveaux chemins de l'identité urbaine des Noirs sud-africains").

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Le Cap: Central business district (CBD, quartier d'affaires) 2009
Le Cap: Central business district (CBD, quartier d'affaires) 2009

Le Cap: Central business district (CBD, quartier d'affaires) 2009 ©Myriam Houssay-Holzschuh

Myriam Houssay-Holzschuch, invitée dans Planète terre mercredi 2 juin, m'a envoyé pour vous plusieurs des photos qu'elle a réalisées durant ses enquêtes de terrain.Ci-dessus, le CBD (quartier d'affaires) en premier plan, et le port industriel au second plan - héritage sans cesse réactualisé des origines du Cap, ville portuaire coloniale de l'expansion européenne des temsp modernes.

Ci-dessous, voici les fameuses match boxes , les maisons boites d'allumettes des townships - ici celui de Gugulethu, qui veut dire "notre fierté" en Xhosa (prononciation avec un clic). Construites dans les années 1950 par le régime de l'apartheid pour les "africains" (cette terminologie officielle de ce régime, inscrite sur la carte d'identité par l'apartheid désignait les Noirs - en fonction de la couleur de peau, la langue, l'enquête de voisinage, les cercles de sociabilité, la façon de se vêtir, la texture des cheveux...Il existait le "test du peigne" !). Aujourd'hui Gugulethu, qui a rejoint la nouvelle municipalité métropolitaine du Cap se "gentrifie" (s'embourgeoise) pour partie, ce qui génère de la polarisation et de la tension sociales au sein de ce township de 80 000 habitants.

Mzoli Ngcawuzele, nouveau millionnaire noir, grâce à son restaurant de Gugulethu, célèbre et qui attire maintenant les touristes, est à l'origine de "Gugulethu square", le Centre commercial (mall ) dont la construction a provoqué des conflits et des affrontements physiques. cf le reportage télé à la fin du présent billet ci-dessous.

Le Cap: le township de Guguletho
Le Cap: le township de Guguletho

Le Cap: le township de Guguletho ©Myriam Houssay-Holzschuh

Le Cap: Delf South, nouveau quartier d'habitat social
Le Cap: Delf South, nouveau quartier d'habitat social

Le Cap: Delf South, nouveau quartier d'habitat social ©Myriam Houssay-Holzschuh

Le Cap: trois villages sécurisés (gated communities) de durbanville
Le Cap: trois villages sécurisés (gated communities) de durbanville

Le Cap: trois villages sécurisés (gated communities) de durbanville ©Myriam houssay-Holzschuh

Le Cap: croquis des quartiers sous le Group Areas Act
Le Cap: croquis des quartiers sous le Group Areas Act

Le Cap: croquis des quartiers sous le Group Areas Act ©Myriam Houssay-Holzschuh

Les townships , comme celui de Gugulethu, sont ces quartiers périphériques, éloignés des villes-centre et mal desservis, dans lesquels les noirs ont été déplacés et installés de force par le régime de l'apartheid. Le plus emblématique est celui de Soweto (900 000 habitants), à Johannesburg.(accéder ici au site du quotidien national Sowetan).

Les quartiers d'habitat social, comme celui de Delf South au Cap, ou de Devland à Soweto, ont été édifiés à partir de 1994. en périphéries des villes, ce sont de petites maisons, d'une pièce, en brique ou en tôle. celles-ci sont pourvues d'eua courante et d'électricité; Cependant, écrivent M. Houssay-Holzschuch et P. Guillaume, avec leur alignement rectiligne, la petite superficie des parcelles, l'absence d'équipement collectif, l'urbanisme de ces quartiers ressemble furieusement à celui de l'apartheid. d'où cette appellation de neo-township qu'ils proposent. Ce programme de logement social est d'abord destiné aux plus pauvres venus des camps de *squatters * ou des backyard shacks (maisonnettes de l'arrière cour ou du jardinet).

Les villages sécurisés (gated communities ) sont des programmes immobiliers , pilotés par des promoteurs, de lotissements ou de quartiers qui privatisent l'espace: on y devient propriétaire de sa maison par cooptation de la co-propriété; seuls les résidents peuvent pénétrer dans ces quartiers enceints et gardés. Le phénomène est mondial et donne lieu à diverses interprétations et analyses; je vous renvoie au livre dirigé par Guénola Capron (bibliographie sur la page de l'émission Planète terre du 2 juin 2010 consacrée à la ségrégation urbaine en Afrique du sud; cf aussi l'émission de l'automne 2007 avec Renaud Le Goy).

Dans la nouvelle Afrique du sud, les opérations d'aménagement et d'urbanisme dans les townships peuvent révéler des tensions sociales et la difficile situation du marché du travail. cf des articles dans la webpresse et ci dessous ce reportage local fin 2009 à Gugulethu.Il s'agit de la construction du centre commercial, une réalisation de Mzoli Ngcawuzele, entrepreneur local devenu millionnaire avec son restaurant.


Sur un autre registre, les pouvoirs publics sont soupçonnés, voire accusés d'édifier des clotures, barrières et murs pour cacher les quartiers pauvres et les bidonvilles des supporters et des touristes internationaux. Sowetan s'en fait l'écho, s'agissant du Cap, dans un article du 1er juin (cf le billet précédent de Globe).