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Le chercheur face à la maladie - Les Mardis des Bernardins

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Quelle position éthique le chercheur doit-il adopter face à son objet d’étude ? Comment traiter cette question lorsque derrière cet objet ce sont des patients, hommes, femmes et enfants, confrontés à la souffrance ? Pour le traditionnel rendez-vous annuel du Collège de France et du Collège des Bernardins, trois chercheurs en médecine reviennent sur leur expérience.

Les Mardis des Bernardins ont reçu les pr. Alain Fischer, professeur d'immunologie pédiatrique et chercheur en biologie, titulaire de la chaire de médecine expérimentale au Collège de France, Philippe Sansonetti, professeur au Collège de France et à l’Institut Pasteur et Hugues de Thé, professeur à l'Université Paris Diderot et titulaire de la chaire d’oncologie cellulaire et moléculaire du Collège de France.

Comment être à la fois chercheur et médecin ? Sont-ils plus chercheurs que médecins ? Quel rapport aux patients ont-ils donc ? Philippe Sansonetti explique : « *nous trois, nous sommes avant tout des médecins, la médecine précède notre recherche * ». Alain Fischer renchérit en rappelant qu’au cœur de son travail, il y a avant tout des hommes. Hugues de Thé souscrit et évoque aussi les difficultés de cette position : « le temps de la science, le temps de la recherche n'est pas forcément celui du malade… ».

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Comment concilier les ambitions scientifiques d’une médecine toujours plus dépendante des technologies et respect de l’Homme ? « Il ne faut vraiment pas dissocier le progrès scientifique et l'humanité du médecin », dit Alain Fischer, avant d’insister sur la « *liberté de la recherche et l’indépendance du chercheur * » qui ne sont cependant pas en contradiction avec « les garde-fous éthiques ». Derrière ces interrogations, c’est aussi le thème sensible de l’accès pour tous aux soins modernes qui se profile. Nos chercheurs pointent du doigt les difficultés à ce sujet, non seulement dans les pays en développement, mais encore dans nos sociétés européennes.

Tous ont insisté sur l’humilité du chercheur : « elle est essentielle, car la plupart des recherches sont dues au hasard », affirmait Hugues de Thé. Sa propre expérience ne peut qu’en témoigner : c’est en grande partie par hasard qu’en 2008 il a pu mettre au point, avec une équipe chinoise, un traitement contre une forme rare de leucémie à base d’arsenic.