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Le chômage retarderait l’arrivée du premier enfant

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Un bébé né à Morlaix dans le Finistère
Un bébé né à Morlaix dans le Finistère
© Maxppp - Claude Prigent

L’INED a publié ce mercredi 30 mars une étude sur les conséquences en France du chômage sur la natalité. Il en ressort notamment que la précarité fait reculer l’âge moyen des femmes à la naissance du premier enfant. Il s’élevait à 30,4 ans en 2015.

Six ans après son enquête intitulée "Portraits de familles", l'INED a retrouvé les 10 000 personnes qui y avaient participé à l’époque pour savoir ce qu'elles étaient devenues. Se sont-elles mises en couple, se sont-elles séparées ? Ont-elles eu des enfants ? Quelle influence a eu leur parcours familial sur leur vie professionnelle, et réciproquement ? Cette nouvelle étude s'est étalée sur six ans, entre 2005 et 2011. Ce second ouvrage, qui s'intitule "Parcours de familles", est sorti ce mercredi 30 mars. Il offre un éclairage sur les grandes tendances et les diversités des modes de vie face à certains événements de la vie, comme l’arrivée d’un enfant, le chômage, une séparation, un départ à la retraite... Ce panorama détaillé permet de faire une photographie assez précise de ce qu’est la France aujourd'hui. La crise et la précarité ont des conséquences claires sur la construction d'une famille.

Deux enseignements :

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  • l’âge moyen des femmes à la naissance du premier enfant a reculé en 2015. Il s’élevait à 30,4 ans
  • le taux de natalité a baissé entre 2014 et 2015 en France
Couverture de l'ouvrage "Parcours de familles"
Couverture de l'ouvrage "Parcours de familles"
- INED

Décryptage avec Laurent Toulemon, chercheur à l’Institut national d’études démographiques

Laurent Toulemon, chercheur à l'INED
Laurent Toulemon, chercheur à l'INED
- INED - Raphaël Debengy
  • Le chômage retarde l'arrivée du premier enfant

1. "Les personnes qui sont au chômage disent moins que les autres qu''elles souhaitent avoir un enfant dans le court terme."

2. "Pour les hommes, le fait d'être au chômage diminue le probabilité d'être en couple ou de former une union."

2. "Pour les hommes, le fait d'être au chômage diminue le probabilité d'être en couple ou de former une union."3. "Parmi les couples sans enfant, le chômage diminue la probabilité d'avoir une naissance dans les six ans à venir."

  • Des différences hommes-femmes

1. "Les hommes qui sont au chômage se mettent moins en couple que les hommes qui ne sont pas au chômage. Cet effet est moins important chez les femmes."

2. "Dans le couple, si la femme est au chômage, cela a un effet sur la venue du premier enfant. A l'inverse, cet effet est moins important si c’est l'homme qui ne travaille pas."

  • Le taux de natalité a baissé l'an passé

Dans sa longue enquête, l'INED explique que le taux de natalité en France a diminué l'an passé en France. Il s'élevait à 1,96 enfant par femme en 2015, contre 2.01 en 2014. C'est le niveau le plus bas jamais atteint depuis 2005. Cela représente 19 000 naissances en moins en France métropolitaine.

  • Et pourtant, le taux de fécondité en France reste plus élevé qu'ailleurs en Europe

Début mars, c'est Eurostat qui publiait ses données annuelles concernant le nombre de naissances en Europe, pour l'année 2014. Selon l’Office européen des statistiques, la France était cette année-là le seul pays des 28 membres de l'Union européenne à avoir un taux de fécondité supérieur à deux enfants par femme. Les pays de l'ancienne URSS figurent par exemple en bas du classement. Ce sont les pays latins, les plus touchés par la crise, qui fermaient alors le peloton : l'Espagne, la Grèce et le Portugal qui affiche un taux historiquement bas de 1,23 enfant par femme. Retrouvez ici l'étude annuelle d'Eurostat pour 2014.

Cette année-là (2014 donc), 5,132 millions de bébés sont nés au sein de l’Union européenne, selon Eurostat. Il y avait eu 5,063 millions naissances en 2001, c'est-à-dire avant la crise. Et c’est même la France qui a enregistré le nombre le plus élevé de naissances (819 300). Suit ensuite le Royaume-Uni (775 900), l’Allemagne (714 900), l’Italie (502 600), l’Espagne (426 100) et la Pologne (375 200). Malgré la crise, l’attachement à la famille reste donc primordial pour les Français.

Taux de fécondité par pays européen
Taux de fécondité par pays européen
- Eurostat
  • La précarité et le chômage ne sont pas les seules raisons

Des chiffres qu'il faut relativiser, toujours selon le chercheur Laurent Toulemon. "Le report de l'arrivée du premier enfant n'est pas un phénomène récent. S'il est accentué par la crise et la précarité, il existe depuis 1975. C'est lié à plusieurs phénomènes. D'une part que les jeunes ont envie de profiter de la vie avant de s'encombrer d'un enfant. D'autre part, c'est de plus en plus en difficile d'avoir un emploi stable, et donc un logement à soi, et donc une visibilité sur l'avenir."

Le géographe Gérard-François Dumont, professeur à l'Université de Paris IV Sorbonne, va plus loin pour expliquer cette baisse du taux de natalité. Il met en avant le changement dans la politique familiale.

"Les allocations familiales sont passées sous conditions de ressources. Ce qui n’avait pas été le cas depuis 75 ans sauf pendant neuf mois en 1998. D’autre part, il y a eu la diminution du complément de mode de garde qui était versé pour aider les parents employant une nourrice à domicile ou une assistante maternelle. Il faut également ajouter le fait que le gouvernement a décidé de diminuer de façon significative les dotations aux collectivités territoriales. Donc il peut y avoir la crainte qu’un certain nombre de départements ou de communes qui avaient des projets de crèches ou des projets de relais d’assistantes maternelles ne les mettent pas en œuvre. Et donc la conciliation de la vie professionnelle et de la vie familiale devienne plus difficile."

Toujours selon le géographe, la baisse de la fécondité est pour le moment relativement limitée. La question est de savoir si elle sera durable. Si c'est le cas, cela pourrait engendrer une baisse de la consommation.