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Le cinéma iranien entre censure et sanctions

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La réalisatrice iranienne Mona Zandi, auteure du film "Violette africaine'".
La réalisatrice iranienne Mona Zandi, auteure du film "Violette africaine'".
© Radio France - Christian Chesnot

Alors que le dernier film d'Asghar Farhadi, "Un héros", Grand Prix ex-aequo du dernier festival de Cannes, est projeté sur les écrans dans l'Hexagone, les réalisateurs iraniens se battent au quotidien pour produire leurs longs métrages. Un parcours du combattant entre censure, sanctions et Covid.

Mona Zandi fait partie de la nouvelle vague du cinéma iranien. Elle vient de réaliser son deuxième long métrage, intitulé "Violette Africaine", qui a été primé au dernier festival du cinéma iranien de Chantilly (4-7 novembre 2021). Le personnage principal du film s’appelle Shokoo, une femme simple et humble qui fait la sourde oreille aux critiques des autres. Un thème universel.

Produire un film dans la République islamique n'est pas un long fleuve tranquille. Premier obstacle : le bureau de la censure. "Quand vous écrivez un scénario, vous devez le faire voir aux autorités, qui vous donneront une autorisation pour votre film, explique Mona Zandi. Ensuite quand vous l’avez réalisé, encore une fois, vous devez obtenir une nouvelle autorisation pour sa sortie. C’est très difficile en Iran. Cette procédure concerne tous les réalisateurs iraniens."

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Le filtre de la censure officielle

Il faut encore passer sous les fourches caudines des censeurs officiels pour participer à un festival à l’étranger ou le diffuser hors d’Iran. Pour les grosses productions, le financement passe par les autorités. "Si vous voulez faire un film indépendant avec un petit budget, on peut se débrouiller pour trouver de l’argent", poursuit Mona Zandi. Beaucoup de jeunes réalisateurs commencent dans la profession avec des courts métrages ou des documentaires."

Dans leur travail, les cinéastes iraniens sont les témoins des malheurs de tout un peuple qu’ils portent à l’écran. Les sanctions économiques frappent durement les gens dans leur vie quotidienne. Mona Zandi se concentre depuis plusieurs années sur le sujet des migrants. Elle a réalisé un documentaire sur les immigrés iraniens à Kiel en Allemagne et écrit un scénario pour son prochain film sur le sort des réfugiés afghans en Iran.

Y-a-t-il une spécificité du cinéma iranien ? "Je crois que sa force est de questionner les relations humaines, avance Mona Zandi. En Iran, les relations entre les gens sont très compliquées, compte tenu des nombreuses cultures qui coexistent. Entre les Iraniens qui vivent à Téhéran et les grands centres urbains et ceux de la campagne, ce sont plusieurs mondes aux antipodes."

L'affiche du film Violette Africaine
L'affiche du film Violette Africaine

Un cinéma iranien créatif malgré les obstacles

Comme partout sur la planète, l’épidémie de Covid a eu un impact énorme sur la vie de la société iranienne. "Les réalisateurs se mettent à tourner plus de séries pour la télévision plutôt que des longs métrages pour le grand écran, constate Mona Zandi. De leur côté, les gens préfèrent regarder les films chez eux. Depuis deux ans, les salles étaient fermées."

Elles commencent aujourd’hui à rouvrir. Le dernier film d'Asghar Farhadi, "Un héros", fait un tabac auprès du public iranien. Critique des réseaux sociaux, de la peine de mort, du système carcéral et de la bureaucratie, ce long métrage dénonce les rouages d’une société qui empêche ses citoyens d’avancer.

Mona Zandi rêve du parcours de Farhadi et espère un jour monter les marches du palais des festivals à Cannes. "Pourquoi pas ?" lance-t-elle. Malgré tous les obstacles dressés devant eux, les cinéastes iraniens réussissent l'exploit d'être toujours aussi créatifs. Comme un miracle renouvelé du 7e art.