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Le cirque français en crise se cherche un avenir

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Spectacle de sélection du Festival international du cirque de Monte-Carlo (2020)
Spectacle de sélection du Festival international du cirque de Monte-Carlo (2020)
© Maxppp - Sébastien Botella

Après quinze mois d'inactivité, les cirques, et notamment les cirques animaliers, ont repris le chemin des tournées estivales en juillet. Un itinéraire parsemé d'obstacles, municipalités et associations s'opposant à leur installation. Combien de temps résisteront-ils ? Quelle sera leur issue ?

Théâtres, salles de concerts, et lieux de festivals ont rouvert leurs portes depuis le mois de juin, après avoir pris la poussière durant un an et demi. Les cirques sont repartis en tournée dans les quatre coins de la France. Une reprise particulièrement difficile pour bon nombre d'entre eux, malvenus dans les communes, vilipendés par les associations. Certains tentent de résister coûte que coûte quand d'autres se sont adaptés à l'évolution de notre société. Ce que le cirque a toujours fait, finalement.

Serveurs et barmans n’ont pas été les seuls à rendre leur tablier durant le confinement : des artistes ont fait de même. Des trapézistes notamment, en mal d’entraînement. Pas de quoi inquiéter pour autant les grandes écoles de cirque, comme l’Académie Fratellini qui affirme que si la pandémie l’a obligée à s’adapter sans cesse aux mesures sanitaires, élèves et enseignants n’ont jamais cessé de travailler.

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La grande machinerie circassienne s’est remise en marche. Certains chapiteaux ont rouvert leurs portes depuis le début de l’été, quand d’autres se préparent à la saison la plus importante dans le métier : l’hiver. Pour l'heure, les grosses compagnies tiennent le coup. Pour combien de temps ? À l’étranger, certaines ne se sont pas relevées de la pandémie, notamment en Allemagne et dans les pays scandinaves.

Mais les professionnels du cirque français traversent sans doute une crise encore plus profonde que celle liée à la pandémie : une crise d'identité, pas seulement liée à la défense de la cause animale.

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Les cirques traditionnels, dans la tourmente de la cause animale

Après quinze mois de mise à l’arrêt de leur activité, les cirques traditionnels avec numéros d’animaux sauvages tentent de résister mais se heurtent à une pression efficace de la part des associations. Si la loi en faveur de la cause animale, proposée par la ministre de la Transition écologique Barbara Pompili est définitivement adoptée, d’ici la fin de l’année, elle devrait laisser encore cinq à huit ans aux cirques avec animaux sauvages pour s’adapter. Ce sera sans doute moins en réalité. Car les associations telles que PAZ (Paris Animaux Zoopolis) ne leur laissent aucun répit. Elles communiquent aisément auprès des médias, interpellent les municipalités qui reçoivent des cirques avec animaux sauvages et font pression auprès des spectateurs en leur distribuant des tracts. 

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Des municipalités frileuses à l'accueil des cirques

De leurs côtés, les municipalités se montrent davantage frileuses à accueillir les cirques avec animaux sauvages. Plus question pour ces grandes villes (Lyon, Marseille, Strasbourg, Bordeaux, Tours, Grenoble…) dirigées depuis les municipales de 2020 par des maires écologistes ou sensibles à l'environnement d’accueillir des animaux sauvages. 400 villes françaises ont fait voter un vœu ces derniers mois en ce sens. Une procédure symbolique pour interpeller l’opinion comme le gouvernement, qui n’a en réalité pas le pouvoir d’interdire réellement ce type de spectacle. Cela a donné lieu cet été à des batailles juridiques devant les tribunaux administratifs entre cirques et municipalités. 

Manifestation de l'association Paz à Villabé (Essonne) le 3 juillet 2021 à proximité du cirque de Rome.
Manifestation de l'association Paz à Villabé (Essonne) le 3 juillet 2021 à proximité du cirque de Rome.
© Radio France - Paz

Il suffit de lire la presse locale de ce mois d'août 2021 pour s’en convaincre : "Expulsion du cirque Zavatta à Beauvais : les représentations de ce week-end ont quand même eu lieu" (L’Observateur de Beauvais), "Bras de fer entre la ville de Joigny et le Cirque de Rome" (L’Yonne Républicaine), "Argenteuil : le recours d’une association contre la publicité du cirque jugé irrecevable" (Le Parisien), "Pont l’Abbé : une association s’émeut de l’installation d’un cirque avec des animaux sauvages" (France Bleu Breizh Izel), "La mairie de Fontaine prend un arrêté interdisant l’ouverture d’un cirque itinérant franco-belge" (Le Dauphiné), "L’installation d’un cirque avec animaux fait polémique à Meylan" (France 3 Auvergne Rhône-Alpes), etc.

À Strasbourg, alors qu’un véhicule Zavatta sillonnait les rues pour annoncer haut et fort son spectacle dans la ville, la municipalité a tenu à rectifier les choses : elle a publié un communiqué, précisant bien que le chapiteau ne s’était pas installé sur sa commune, mais sur celle d’à côté, en périphérie.

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Arnaud Tanquerel, président du Festival du cirque de Bayeux et maire adjoint centriste de la ville de Bayeux (Calvados) en charge de l’environnement, des sports, des loisirs et de la jeunesse, reconnaît que l’évolution urbaine de nos villes a entraîné une perte de contact privilégié entre les cirques et les municipalités, "et on assiste parfois à des installations illégales sur des terrains, ce qui tend les relations".

Les cirques ont de plus en plus de difficultés à trouver des emplacements autorisés.                                                                    
Cyril Emery, délégué général de l'association de défense des cirques de famille

De son côté, l’association de défense des cirques de famille rétorque que "les cirques ont de plus en plus de difficultés à trouver des emplacements autorisés. Alors ils s’installent en force. Il faut bien qu’ils travaillent" défend Cyril Emery, le délégué général. "Auparavant, il y avait des accords renouvelés chaque année avec les municipalités, des habitudes étaient prises. Mais les maires ont changé et cela devient très compliqué aujourd’hui pour les troupes itinérantes", ajoute-t-il.

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Certains cirques animaliers se sont déjà reconvertis

Loin d'être récente, l'opposition à l'utilisation d'animaux sauvages dans les cirques est évoquée en France dès 1929. Le premier pays à passer à l'acte est la Suède en 1988, rejointe depuis par une vingtaine d'autres.

Certaines entreprises circassiennes françaises n'ont pas attendu la potentielle adoption de la loi sur la cause animale pour s'adapter. Parfois au prix de déchirures familiales, comme dans le cas d’André-Joseph Bouglione. Dompteur durant plus de vingt ans, il a décidé de créer, en 2019, un nouveau cirque intitulé L'Écocirque 100% humain qui aurait fait la fierté de son grand-père Joseph Bouglione dit-il : "Visionnaire, il prônait l’audace, et je pense que cette évolution vers un cirque traditionnel sans animaux et écologique, en accord avec l’évolution actuelle des consciences, l’aurait séduit". Les animaux tels que les éléphants y sont toujours présents, mais sous forme d’hologrammes.

En tournée sur le littoral atlantique cet été, le Cirque Mondial surfe lui aussi sur la vague écolo, sous-titrant également son nom de : "100% humain", avec des numéros "sans aucun animal". Il s’évite ainsi la colère des manifestants. Le cirque a déjà ses emplacements prévus, pour l’automne dans trois grandes villes dont Paris, où la maire Anne Hidalgo, s’était montrée, parmi les premières, défavorable à la présence des animaux sauvages dans les cirques. 

Depuis deux ans, le cirque Arlette Gruss a quant à lui décidé de respecter la future loi à la lettre : en tournée dans plusieurs grandes villes de France, d’octobre 2021 à mai 2022, seuls les chiens, chevaux, chameaux et chèvres, considérés comme animaux domestiques, feront partie du spectacle. 

Depuis deux ans, éléphants, fauves et autres animaux sauvages ne font plus partie du spectacle de cirque Arlette Gruss
Depuis deux ans, éléphants, fauves et autres animaux sauvages ne font plus partie du spectacle de cirque Arlette Gruss
© Maxppp - Stéphane Guiochon

L'art va-t-il prendre le pas sur la tradition dans les spectacles de cirque ?

Il serait cependant trop simple de réduire la crise que traverse les cirques traditionnels à la cause animale. Quelques années déjà avant la crise du Covid, les cirques traditionnels ont commencé à perdre de très gros clients : les comités d'entreprise. Ils sont de plus en plus nombreux à ne plus proposer de billets de cirque à prix avantageux ni d'offres de spectacle de cirque, à la fin de l'année, pour les familles, après des plaintes de salariés et des débats entre membres du comité. Les CSE de grosses entreprises assuraient des représentations complètes, en décembre, pour les grands noms du cirque traditionnel. "On a arrêté d'offrir aux familles des billets de cirque pour Noël. Que ce soit avec ou sans animaux. Elles n'y allaient plus. Quand on s'est aperçu, la dernière année, qu'on avait gaspillé 16 000 euros, on a dû mettre cette somme ailleurs" confie une responsable du comité d'entreprise d'une société de 5 000 salariés.

Le cirque traditionnel serait-il devenu démodé, ringardisé par le cirque contemporain ? Fini la mosaïque disparate, la succession de numéros sans lien les uns avec les autres, fini le roulement de tambour interminable, les quatre projecteurs blafards braqués sur un clown qui refait sans cesse ses mêmes blagues, quand, dans le même temps, le cirque de création propose une scénographie où rien n’est laissé au hasard. Il s’agit moins de présenter des numéros épatants que des réalisations théâtrales et artistiques poussées, emmenés par des écoles exigeantes, telles que l’ENACR (École nationale des arts du cirque de Rosny-sous-Bois), le CNAC (Centre national des Arts du cirque à Châlons-en-Champagne), l’Académie Fratellini, à Saint-Denis, ou encore l’Esacto Lido, à Toulouse.

"Des spectacles qui durent quatre heures, on n'en veut plus !" : Pascal Jacob, créateur artistique du cirque Phénix.

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Spectacle de fin d'étude de la 16eme promotion de l'Ecole Nationale Supérieure des Arts du Cirque au Parc de la Vilette  (2005)
Spectacle de fin d'étude de la 16eme promotion de l'Ecole Nationale Supérieure des Arts du Cirque au Parc de la Vilette (2005)
© Maxppp - JP Lozouet

Les cirques qui proposent les mêmes numéros années après années vont mourir d’ici une dizaine d’années.                                                                    
Pascal Jacob, enseignant et historien du cirque

Les cirques traditionnels qui ne se renouvellent pas et ne s’inspirent pas de ces nouveaux codes pourraient être amenés à disparaître. "Les cirques qui proposent les mêmes numéros années après années vont mourir d’ici une dizaine d’années" affirme Pascal Jacob, enseignant dans les écoles nationales de cirques et directeur artistique de spectacles de cirque (actuellement au cirque Phénix). Selon lui, beaucoup de grandes familles du cirque traditionnel s’auto-suffisent et ne pourront survivre si elles ne se remettent pas en question_._ "Il manque une vision, une intelligence créative, la capacité de se renouveler, d'aller voir ailleurs... Ils sont en apnée du monde"__.

"Cela tient encore parce que les parents emmènent leurs enfants voir ce qui les a émus enfants. C’est lié au souvenir, mais cela ne suffira pas à faire perdurer ces cirques-là. Ils ne font pas de la qualité. Or, le public est de plus en plus exigeant," explique Pascal Jacob. Une exigence et une qualité qui se sont affinées avec l'émergence des cirques contemporains, depuis quelques décennies. Leur particularité : ils sont animés par la création artistique et la remise en cause permanente. 

Arnaud Tanquerel, lui, n'aime pas opposer ces deux univers, "c'est un peu clivant", car tout n'est pas rose d'un côté et noir de l'autre : "Sans doute que des cirques traditionnels disparaîtront, mais des cirques contemporains aussi. Regardez le Cirque du Soleil, qui était présenté, il y a quelques années, comme le grand renouveau du cirque. C'était la référence mondiale, en termes de cirque contemporain. Aujourd’hui, il ne tourne plus et cela avant la pandémie, à cause d'intérêts financiers boursiers qui sont entrés en ligne de compte. Par ailleurs, je ne suis pas certain qu'en France, sans les subventions, les cirques contemporains puissent fonctionner".

Si le cirque contemporain a une capacité à se renouveler reconnaît-il, c'est "parce qu'il a davantage de temps dédié à la recherche financée par des fonds publics et si on donnait les moyens aujourd’hui au cirque traditionnel d’en faire autant, pourquoi ne serait-il pas en capacité de se remettre en question, de proposer autre chose", s'interroge Arnaud Tanquerel.

"Le cirque contemporain fonctionne uniquement parce qu'il est géré par des subventions des structures publiques" : Arnaud Tanquerel, président du Festival du Cirque de Bayeux

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Spectacle de la compagnie canadienne du Cirque du Soleil en tournée à Melbourne (Australie) en Mars 2020
Spectacle de la compagnie canadienne du Cirque du Soleil en tournée à Melbourne (Australie) en Mars 2020
© Maxppp - David Crosling

Arnaud Tanquerel regrette le manque de soutien du ministère de la Culture envers le cirque classique. "Il devrait le considérer comme un art à part entière et ne pas en faire un art mineur" estime-t-il, et il rappelle combien le cirque itinérant est encore populaire et accessible en France, et "offre une animation aux collectivités sans que cela leur coûte de l'argent".

"Ce n'est pas la première fois que le cirque traverse une crise", selon le président du festival du cirque de Bayeux. Il y a toujours eu des hauts et des bas dans l'histoire du cirque. 

Dans les années 1980, tout le monde disait 'le cirque est mort !' Et le cirque est reparti avec Arlette Gruss, avec le Cirque d'Hiver. C'est cyclique. Le cirque a un peu plus de 250 ans. Des évolutions de société, des pandémies, des modes de fonctionnement, il en a connu d’autres. Il ne faut pas oublier que les premiers cirques étaient des cirques itinérants qui changeaient de ville tous les deux-trois jours, tirés par des chevaux. Les familles vivaient dans des roulottes qui n’étaient pas chauffées. Aujourd’hui, ce sont des entreprises de spectacles où le spectateur est immergé. On voit bien que le cirque a évolué. Il évoluera encore. Je reste persuadé qu’il y a suffisamment de professionnels passionnés par leur métier pour savoir se remettre en question. Et il y a aussi bon nombre de spectateurs qui ont encore envie de voir du cirque traditionnel de qualité.                                                                    
Arnaud Tanquerel, président du festival du cirque de Bayeux et adjoint au maire de Bayeux

Son cirque préféré ? Le cirque suisse Knie. "Tenu par une grande famille de dresseurs, il a su évoluer et est à la pointe du cirque classique. C'est un cirque très traditionnel mais qui s’est ouvert sur la culture avec un grand C, qui n’a pas hésité à faire appel à des artistes d’autres horizons, du monde du théâtre, tout en gardant les bases du cirque traditionnel". 

Quant à savoir si le cirque attirera toujours le jeune public, il n'y a qu'à voir les innombrables stages et activités jonglage, équilibriste et trapèze volant proposées cet été et d'en observer les publications sur les réseaux sociaux pour s'en convaincre.

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Où en est la législation ?

La loi relative à la lutte contre la maltraitance animale proposée par le ministère de la Transition écologique n’a pas encore été adoptée définitivement. Elle doit passer cet automne au Sénat. 

En première lecture, les députés ont voté le 29 janvier 2021 par 79 voix contre 2 ce projet de loi. Le texte prévoit l’interdiction progressive, d’ici cinq à huit ans, de la faune sauvage dans les cirques itinérants. Chameaux et dromadaires ne sont pas concernés : ils appartiennent à la catégorie des animaux domestiques.

En parallèle, plus de 400 municipalités interdisent la venue de cirques dans leur commune. C’est le cas de Bordeaux, par exemple, qui a voté à l’unanimité un vœu, en octobre 2020, en faveur d’"une transition vers des cirques sans animaux sauvages", à l’instar d’Ajaccio, Creil, Villeneuve-Saint-Georges, Yerres et Montpellier. Sachant toutefois que les vœux délibérés en conseil municipal n'ont qu'une portée symbolique. 

À l’étranger, 30 pays interdisent totalement et sept partiellement (selon les États ou régions) la présence d'animaux sauvages dans les cirques. Sont totalement interdits les animaux sauvages en Autriche, en Belgique, en Bolivie, en Bosnie, en Bulgarie, à Chypre, au Costa Rica, en Croatie, au Danemark, en Estonie, en Finlande, en Grèce, au Guatemala, au Honduras, en Hongrie, en Inde, en Irlande, en Israël, en Italie, en Lettonie, au Liban, à Malte, au Mexique, aux Pays-Bas, au Pérou, au Portugal, en  Roumanie, à Singapour, en Slovénie et en Suède. La Lituanie les interdira à partir du mois de novembre et l’Ukraine prochainement.

En Allemagne, en Argentine, en Australie, au Canada, en Espagne, en Chine et aux États-Unis, les animaux sauvages sont interdits partiellement.

À réécouter : Une histoire du cirque
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