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Le coeur du Chili s'embrase

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Un manifestant crache du feu, pendant les manifestations contre l'inégalité sociale à Santiago, au Chili, le 18 ocotbre 2021
Un manifestant crache du feu, pendant les manifestations contre l'inégalité sociale à Santiago, au Chili, le 18 ocotbre 2021
© AFP - Martin BERNETTI / AFP

Le monde dans le viseur. Deux personnes sont mortes et plus de 56 blessées au Chili après les violences survenues à l'issue des manifestations qui ont marqué le deuxième anniversaire du soulèvement social d'octobre 2019. Le photographe de l'AFP Martin Bernetti a immortalisé un manifestant et son cœur de feu.

Un cœur flambant, un homme au sol, crachant du feu, quelques passants autour et plus loin, un peu à l’abri, que l’on devine à peine, des manifestants qui regardent la scène.

Lundi 18 octobre, des milliers de personnes se sont rassemblées dans plusieurs villes du Chili pour commémorer le deuxième anniversaire du soulèvement contre les inégalités sociales, au cours d'une journée qui s'est terminée par des pillages, des débordements violents, et la mort de deux personnes.

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Des scènes saisies par le photographe de l’AFP Martin Bernetti, à Santiago, où selon la police, entre "8.000 et 10.000 personnes" ont arpenté la Plaza Italia d’où est partie en octobre 2019 la révolte qui a fait plus de trente morts.

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La dure répression des manifestations a donné lieu à des accusations internationales de violations des droits de l'homme contre le gouvernement Piñera. Ces nouvelles violences pourraient rebattre les cartes de la présidentielle du 21 novembre, en nourrissant la montée de l'extrême droite au détriment du candidat conservateur soutenu par le président sortant Sebastian Piñera.

Le coeur qui s'échappe

"Comme tout est noir, le feu attire le regard, nous hypnotise", note Isabelle de Lagasnerie, cheffe du service photo du quotidien La Croix. Elle le souligne : sans la légende – essentielle en photojournalisme - qui accompagne cette image et permet de la replacer dans le contexte des manifestations chiliennes, cette photo, très séduisante et construite, ne fournit pas d’emblée toutes les informations, à l’exception des graffitis en espagnol sur les murs et le symbole Anarchie que l’on aperçoit au fond de l’image. "Ce pourrait être une fête foraine, un cracheur de feu, un rassemblement joyeux." Mais éclairée par le contexte, l’image prend son sens.

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L’image est prise en surplomb, et l’homme peut apparaître ainsi comme un gisant, comme un rappel des morts des manifestations de 2019. Elle évoque aussi une immolation. Ce cœur qui s’envole – et qu’on peut voir aussi comme des ailes fantomatiques – pourrait évoquer l’âme qui s’échappe. Trois cœurs apparaissent ainsi, le premier, à la gauche de l’image, au bout de la perche enflammée tenue par l’homme, le crachat de feu, au-dessus de son visage, et la trouée lumineuse, qui est derrière et en reprend le dessin inversé

Cette trouée lumineuse, remarque-t-elle, est une aération qui vient amener de l’espoir dans cette photo, qui sinon, compte-tenu du surplomb et du mur, aurait provoqué une impression d’enfermement. La composition de l’image, avec cette diagonale vers la droite donne une dynamique, qui, en terme d'imagerie occidentale, est souvent associée à l'espoir et l'avenir qui s'ouvre.

Vers une nouvelle constitution ?

L'augmentation du tarif du métro de Santiago avait été le déclencheur des premières manifestations étudiantes du 18 octobre 2019, mais les revendications s'étaient rapidement élargie contre l'ensemble du modèle économique chilien, critiqué pour favoriser une élite, et un État absent sur les questions sociales comme l'éducation, la santé et les retraites, hérité de la dictature d'Augusto Pinochet.

Ce deuxième anniversaire de l'"explosion sociale" a coïncidé avec le début de la rédaction de la nouvelle Constitution, pour remplacer l'actuelle, héritée de la dictature d'Augusto Pinochet (1973-1990) et considérée comme un frein à toute réforme sociale de fond.

À réécouter : Chili : changer de Constitution pour changer de système

Isabelle de Lagasnerie remarque également "la théâtralité, la mise en spectacle que l’on voit désormais de plus en plus dans les manifs. Le photographe cherche une image forte, et les manifestants cherchent à se mettre en scène." Cette mise en scène de soi est récurrente dans les mouvements de manifestations, qui ont intégré l'outil de communication. "La rue s’est emparée des codes de l'image et les construit", note-t-elle.

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Difficile aussi, dit-elle de ne pas penser à la photo d’un manifestant en feu à Caracas, cliché du photographe de l’AFP Ronaldo Schemidt primé au World Press 2018. Et Isabelle de Lagasnerie de rappeler que sa publication avait d’ailleurs fait l’objet d’un débat au sein de la rédaction, (à lire ici, sous la plume de Dominique Quinio). Le journal La Croix met ainsi chaque jour en perspective une image forte de l'actualité.

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