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"Le cœur du réacteur dans ce film, c'est l'acteur Austin Butler" : sortie d'"Elvis" de Baz Luhrmann

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L'acteur Austin Butler dans le rôle d'Elvis Presley.
L'acteur Austin Butler dans le rôle d'Elvis Presley.
- Copyright 2022 Warner Bros. Entertainment Inc. All Rights Reserved. / Kane Skennar via Allociné

Critique. "Elvis", le biopic sur la vie du chanteur Elvis Presley, est sorti ce mercredi 22 juin en salle après avoir été projeté hors compétition lors de la 75e édition du Festival de Cannes. Qu'ont pensé nos critiques du film de Baz Luhrmann ?

Baz Luhrmann, le réalisateur de The Great Gatsby (2013) revient avec un biopic sur Elvis Presley, le roi du rock'n'roll. Né en 1935 dans le Missisippi, celui que l'on surnommait "The King" est mort à 42 ans. La carrière déjà grandiose de l'artiste s'est arrêtée trop tôt, avant qu'il n'ait eu le temps de donner un seul concert en Europe. Les racines du chanteur, né à Memphis - la ville du blues et du gospel - imprègnent toute sa musique, comme l'explique Baz Lurhmann :

"C'est parce qu'Elvis était une véritable éponge qu'il est devenu très vite ce génie de la country. Le film essaie de montrer comment un enfant grandit dans une communauté. Comment il a en quelque sorte absorbé la musique au contact de musiciens noirs extraordinaires qui n'étaient pas encore connus, comme B.B. King"  Baz Luhrmann

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Sa mort précoce a fait d'Elvis une icône, et 45 ans après plus tard, ses chansons sont toujours adorées. Il aurait écoulé entre 600 millions et 1 milliard de disques, un record dans l'histoire de la musique. Le parti pris de Baz Luhrmann a été de retracer la carrière du King à travers les yeux de son impresario, le colonel Tom Parker, manipulateur et cynique, interprété à l'écran par Tom Hanks. La star est jouée par Austin Butler, qui s'est imprégné deux ans durant de son personnage pour l'interpréter le plus fidèlement possible.

Extrait du film "Elvis" de Baz Luhrmann avec l'acteur Austin Butler.
Extrait du film "Elvis" de Baz Luhrmann avec l'acteur Austin Butler.
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59 min

De quoi parle "Elvis" ?

Baz Luhrmann retrace la vie et l'œuvre musicale d'Elvis Presley en explorant la relation et les rapports complexes qu'il entretient avec son mystérieux agent, le colonel Tom Parker. À partir d'un scénario couvrant une période d'une vingtaine d'années, le film suit l'ascension du chanteur vers la gloire jusqu'à sa déchéance, dans une Amérique traversée par des bouleversements culturels et sociaux qui l'amènent à perdre de son innocence.

Extrait du film "Elvis", de Baz Luhrmann.
Extrait du film "Elvis", de Baz Luhrmann.
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Les avis de nos critiques

Murielle Joudet, critique cinéma aux Inrockuptibles"Le film a un secret : c'est Austin Buttler"

Si elle ne cache pas son hostilité au travail du réalisateur Baz Luhrmann, Murielle Joudet reconnaît que le film jouit d'une certaine réussite, portée en partie par son acteur principal : "Je suis sortie avec mon petit avis de critique en me disant, 'Baz Luhrmann quand même, c'est pas bien' mais le film a un secret, c'est Austin Butler."

La critique déplore l'aspect surfait du colonel Parker incarné par Tom Hanks, muni de multiples prothèses afin de restituer fidèlement l'apparence physique du manager. Un choix esthétique qui manque de pertinence selon elle, parce qu'on sait que la plupart des spectateurs ignorent à quoi il ressemblait. À l'inverse, elle note qu'"Austin Buttler au contraire n'a aucune prothèse. Si je ne m'explique pas ce mystère - compte tenu de la logique du biopic américain - je trouve que c'est la grande force du film."

Murielle Joudet encense la prestation de l'acteur américain qui a confié s'être imprégné de longs mois des enregistrements du King, allant jusqu'à entraîner sa voix pour interpréter les morceaux de la star : "Butler est génial, il n'essaye pas d'imiter, il est au contraire complètement désinvesti, il ne joue presque pas. C'est quand même très rare de voir un acteur qui 'sous-joue'. Le cœur du réacteur du film, c'est lui. Et on le sent d'autant plus qu'autour, on a le gras de Baz Luhrmann."

58 min

"Moi, j'ai vraiment eu l'impression de voir une bande-annonce d'un film qui qui ne voulait pas commencer."

Si les critiques dans leur ensemble ne tarissent pas d'éloges sur la performance d'Austin Buttler, ils sont en revanche beaucoup plus nuancés sur le reste de cette production. Et dénoncent notamment la surcharge esthétique qui pèse sur le récit : "On a l'impression que Baz Luhrmann a tout avalé. Il y a des split screen, des incrustations, des caméras qui font des loopings." La critique y voit un "dégueulis formel" mélangeant les styles cinématographiques : "On pense à De Palma, à Scorsese, il y a un peu de l'énergie de plein de cinéastes que Luhrmann nous recrache ici." Cette esthétique boursouflée d'influences et dépourvue de cohérence contribue à alourdir le film qui peine à démarrer, selon Murielle Joudet : "J'ai eu l'impression de voir une bande-annonce d'un film qui ne voulait pas commencer. C'est ça Luhrmann, une sorte de kitsch, mais complètement dégénéré, baroque."

Malgré les lourdeurs qu'elle souligne, Murielle Joudet reconnaît à cet Elvis une énergie singulière en matière de réalisation : "Qu'est-ce qu'un biopic doit restituer ? Un accent, des mimiques ? Non, ça doit restituer une énergie. Et l'énergie d'Elvis, elle finit par arriver."

26 min
Extrait du film "Elvis" de Baz Luhrmann, avec Austin Butler, Helen Thomson, Tom Hanks et Richard Roxburgh.
Extrait du film "Elvis" de Baz Luhrmann, avec Austin Butler, Helen Thomson, Tom Hanks et Richard Roxburgh.
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Théo Ribeton, chef de rubrique culture chez Stylist et critique aux Inrockuptibles : "L'intelligence du film, c'est de ne pas essayer de faire un Elvis qui ressemblerait à Elvis, car c'est impossible."

Pour Théo Ribeton, la légende incarnée par Elvis est trop grande pour tenter une reproduction à l'identique, qui serait impossible et aurait pu faire échouer le film : "La très grande intelligence du film se joue sur le fait que Baz Luhrmann a compris qu'on ne pouvait pas faire Elvis, parce qu'Elvis est une figure trop divine pour le biopic. On a tous très bien en tête son visage, sa voix, sa manière de se mouvoir. Essayer de faire un Elvis qui ressemblerait à Elvis, c'est impossible."

La réussite du film se jouerait donc sur l'angle choisi par le réalisateur : "Le film devait trouver un autre parti pris et prendre un acteur qui allait être donné comme Elvis, mais qui ne l'était pas vraiment." Si Théo Ribeton affirme que "c'est un peu paradoxal", le film lui apparaît comme "rempli de l'absence d'Elvis", dégageant "une vraie mélancolie". Un choix réussi qui "justifie tout ce que d'habitude on reprocherait à Baz Luhrmann", conclut le critique.

58 min

"C'est le biopic religieux épiphanique"

Au-delà d'une star mondialement reconnue et légendaire, il se dégage d'Elvis une forme de religiosité, soulignée par l'aspect baroque du film qui, dans sa démesure parfois excessive, parvient à rendre tout son sacré à la figure du King : "Cette espèce de démesure baroque vise à essayer de nous faire ressentir quelque chose que Baz Luhrmann n'aurait pas pu nous faire ressentir autrement. En fait, c'est le biopic religieux épiphanique et Elvis était idéal pour faire ce traitement-là."

Plus qu'une légende, "Elvis est une espèce de miracle", une figure qui appelle à une faveur particulière : "On ne peut pas le traiter comme quelqu'un qui serait tourmenté et qui aurait un talent, à contrôler, à maîtriser, à parfaire. Non. Elvis, il monte sur scène et est saisi d'un déhanchement qu'il a l'air de ne pas contrôler lui-même. C'est vraiment le 'corps véhicule' d'une espèce de révolution sexuelle et musicale qui passe au travers de lui."

Ce miracle, c'est celui que s'est approprié et qu'a modelé son cynique manager, celui qui en a fait un produit de marque : "C'est aussi un film sur la fabrication d'une image. Si le film est du point de vue du colonel Parker, c'est parce que c'est quelqu'un qui a assisté à ce miracle et qui s'est dit 'je vais gérer ce miracle, j'ai vu l'archange descendre sur terre et je vais le marketer, le vendre à Las Vegas.'"

Enfin, Théo Ribeton rejoint Murielle Joudet sur ce que doit restituer un biopic : "Je pense qu'aujourd'hui, prendre quelqu'un qui ressemblerait à l'original, qui referait sa voix et qui suivrait les différentes étapes de sa vie ; ce serait grotesque."

Et maintenant, à vous de vous faire votre avis !

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28 min