Le cœur du tennis bat à Wimbledon

Le 11 juillet dernier, la finale de Wimbledon 2021 opposait sur le gazon londonien Novak Djokovic à l'Italien Matteo Berrettini. Le Serbe l'a emporté pour la sixième fois. Le Suisse Roger Federer en est le roi avec huit titres et 105 matchs gagnés.
Le 11 juillet dernier, la finale de Wimbledon 2021 opposait sur le gazon londonien Novak Djokovic à l'Italien Matteo Berrettini. Le Serbe l'a emporté pour la sixième fois. Le Suisse Roger Federer en est le roi avec huit titres et 105 matchs gagnés.

Le cœur du tennis bat à Wimbledon

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Le cœur du tennis bat à Wimbledon

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Stadium | Le tennis est pratiquement né à Wimbledon. Pas étonnant que ce stade incarne le jeu comme aucun autre endroit sur la planète. Avec son célèbre gazon vert, ses joueuses et joueurs en blanc et ses fraises à la crème accompagnées de Pimm's ! Welcome au All England Lawn Tennis and Croquet Club.

En 1992, après sa victoire dans la banlieue de Londres, l’américain André Agassi, ancien numéro 1 mondial, expliqua : "Je ne me rendais pas compte de ce que cela signifiait. Rien, je dis bien rien ne peut se comparer à une victoire à Wimbledon…

Une référence née en 1877

La petite histoire veut ce soit James Dwight qui a remporté le premier tournoi de tennis, organisé en août 1876 aux États-Unis, à Nahant, dans le Massachussets. Le tournoi de Wimbledon a été créé l’année suivante. 22 participants, tous britanniques, se disputent la victoire entre le 9 et le 19 juillet 1877. C’est Spencer Gore, un ancien joueur de criquet qui s’impose devant 200 spectateurs. Important pour la suite de l’histoire de Wimbledon, la finale devait avoir lieu le 16 juillet, mais elle est repoussée de 3 jours à cause de la pluie. Spencer Gore remporte une coupe et 12 guinées pour sa victoire, soit environs 12 livres et 60 pence. Cette année, les primes étaient d’un peu moins de 35 millions de livres sterling, réparties sur toutes les épreuves.

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Gravure de la première édition de Wimbledon, en 1877. Le club house est situé sur la gauche (au loin). Worple Road est sur la gauche et sur la droite se trouve la voie ferrée des chemins de fer de Londres et de Southampton.
Gravure de la première édition de Wimbledon, en 1877. Le club house est situé sur la gauche (au loin). Worple Road est sur la gauche et sur la droite se trouve la voie ferrée des chemins de fer de Londres et de Southampton.
- Illustrated Sporting and Dramatic News (1877)

Dès ses premières années, le tournoi de Wimbledon est un succès. En 1879, John Hartley remporte la 3e édition devant 1 000 spectateurs. La suite logique est l’ouverture de la compétition aux femmes, en 1884 avec la victoire de Maud Watson. Le tennis est un jeu à la mode et Wimbledon devient "the place to be".  

Après la première guerre mondiale, le succès est tel que le All England Lawn Tennis and Croquet Club (AELTC), est contraint de déménager pour s’offrir un peu d’espace. En 1922, Wimbledon se déplace de quelques rues, à peine plus de 3 kilomètres en vérité, de Worple Road à Church road et depuis pratiquement 100 ans, le tournoi n’a plus bougé d’un centimètre. 

Vue aérienne en 2019.
Vue aérienne en 2019.
© AFP - Thomas Lovelock / AELTC / pool

Fraises à la crème, Pimm's et famille royale

À Wimbledon, en fait, on peut parfois avoir l’impression que le temps s’est arrêté. Depuis que le stade est installé à Church Road, depuis 1922, donc, le court central dispose d’une loge spécialement destinée à accueillir les membres de la famille royale. Jusqu’en 2003, les joueurs et les joueuses qui entraient sur le court devait effectuer une petite révérence devant cette loge si un membre de la famille royale était présent. La règle a été considérablement assouplie en 2003 puisque désormais, la révérence n’est obligatoire que si la reine Élisabeth II elle-même est à Wimbledon, ce qui constitue toujours un évènement, pour le public et pour les joueurs. 

Fraises à la crème sur le célèbre gazon du tournoi.
Fraises à la crème sur le célèbre gazon du tournoi.
© Getty - Ben Radford / Corbis

La tradition a du bon dans le sud-ouest de Londres. Pendant la quinzaine du tournoi, on ne mange pas son sandwich en buvant une pinte de bière. Les travées du stade de Wimbledon sont beaucoup plus raffinées que celles des stades de foot d’Angleterre et d’ailleurs. Ici, on se délecte de fraises à la crème. En quinze jours, environ 28 tonnes de fraises et 7 000 litres de crème sont dégustées et la boisson quasi officielle est le Pimm's : de la liqueur de Pimm's, de la limonade, des feuilles de menthe, des tranches de concombres et de fraises, de la pomme et du citron pour le cocktail le plus rafraîchissant de l’été anglais…     

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Le blanc de rigueur sur le vert

Wimbledon, c’est la volupté et l’élégance. Sur les courts, vous aurez beau chercher, vous n’y verrez que du blanc. Pas de polos aux couleurs criardes, de shorts fluo ou de chaussures bariolées. C’est le dress code à Wimbledon, on joue en blanc, point barre. Et tout est scruté par les organisateurs, jusqu’à la semelle des chaussures. Ainsi en 2013, la légende suisse Roger Federer, s’était présenté sur le court tout de blanc vêtu, avec des chaussures blanches, mais avec des semelles orange. Pas de passe-droit, Federer avait dû repartir au vestiaire pour les changer et effacer cette trace de mauvais goût. Après cet épisode, l’année suivante, en 2014, la règle a même été durcie : désormais, seule une bande colorée d’un centimètre maximum est tolérée au bord des manches, des jupes ou à l’encolure. 

Deux grands joueurs tout de blanc vêtus, comme le veut la tradition. À gauche, le Britannique Andy Murray, en 2016, et à droite l'Australien Jack Crawford, qui l'emporta en 1933 (tout comme à l'Open d'Australie et à Roland-Garros).
Deux grands joueurs tout de blanc vêtus, comme le veut la tradition. À gauche, le Britannique Andy Murray, en 2016, et à droite l'Australien Jack Crawford, qui l'emporta en 1933 (tout comme à l'Open d'Australie et à Roland-Garros).
© Getty - Stephen White / CameraSport / Bettmann

Au départ, ce goût pour le blanc avait une dimension aristocratique, mais il était aussi l’expression du fair play anglais : s’ils étaient tous habillés en blanc, les joueurs et les joueuses se retrouvaient comme qui dirait à égalité et le public n’avait aucune indication sur leur origine sociale.

Des places au tirage au sort ou en faisant "the queue"

Parce que contrairement à ce que l’on pourrait penser, le plus vieux et le plus chic tournoi du monde aime cultiver l’égalité ou au moins l’équité. Pour obtenir un billet pour Wimbledon, par exemple, il ne suffit pas d’avoir de l’argent. Il faut d’abord de la chance parce que depuis 1924, les places pour le tournoi sont attribuées par tirage au sort. Et si vous n’avez pas de chance, votre patience entre en jeu avec "the queue", la queue, une gigantesque file d’attente à Wimbledon Park, juste à côté des courts. Faire la queue, c’est l’assurance pour les cinq cents premiers arrivés de récupérer un billet pour le court central.

À Wimbledon, l’architecture du stade importe finalement assez peu. Ce qui compte, c’est l’endroit, cette banlieue chic, l’esprit qui y règne… et son gazon. Parce qu’au fil du temps, le stade n’a pas beaucoup évolué. Durant la Seconde Guerre mondiale, des bombardements ont sérieusement endommagé Wimbledon et notamment le court central. En 1940 et en 1944 par exemple, plusieurs raids aériens allemands avaient fait de gros dégâts et si le tournois avait pu reprendre dès 1946, les dommages n’ont été totalement réparés qu’en 1949.

L’autre grand sujet, à Wimbledon, c’est le toit au-dessus du central. Il pleut de temps en temps en Angleterre, mais pendant 135 ans, le All England Lawn Tennis and Croquet Club a fait comme si de rien n’était. Jusqu’à l’inauguration d’un toit amovible le 17 mai 2009. Une véritable œuvre architecturale de 5 200 mètres carrés pour 700 tonnes, opérationnel en une trentaine de minutes.

La construction du toit en octobre 2008.
La construction du toit en octobre 2008.
© Getty - Construction Photography / Avalon

De Wills à Navratilova, de Renshaw à Federer

Avec ou sans toit, au fil des ans, les champions n’ont pas manqué pour incarner une telle institution. Chez les dames, la Française Suzanne Lenglen aura été la reine des années folles à Wimbledon avec 6 victoires entre 1919 et 1925. L’Américaine Helene Mills lui a succédé avec 8 succès entre 1927 et 1938. Depuis le passage au professionnalisme en 1968, la recordwoman des victoires sur le central court de Wimbledon reste Martina Navratilova, tchèque naturalisée américaine, avec 9 titres remportés. 

Les deux joueuses les plus titrées à Wimbledon : Martina Navrátilová, à droite, avec 9 trophées; et Helen Wills, avec un de moins.
Les deux joueuses les plus titrées à Wimbledon : Martina Navrátilová, à droite, avec 9 trophées; et Helen Wills, avec un de moins.
- Keystone Pictures USA / ZUMAPRESS.com / Maxppp / Fox Photos/Hulton Archive/Getty

Chez les hommes, l’Anglais William Renshaw fut le premier héros du stade, avec 7 victoires entre 1881 et 1889, et 5 victoires en double associé à son jumeau Ernest Renshaw. Depuis le passage au professionnalisme, Roger Federer a le plus marqué les esprits avec 8 titres. 

Comme tous les les vainqueurs du tournois, chez les messieurs ou chez les dames, le Suisse est automatiquement devenu membre honoraire du All England Lawn Tennis and Croquet Club, un cercle très fermé ou la classe et le style auront toujours le dernier mot.

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