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Le comédien Michel Galabru est mort

L'acteur Michel Galabru est mort ce lundi 4 janvier dans son sommeil à l'âge de 93 ans. Comédien de théâtre, il est surtout connu pour des rôles secondaires dans d'innombrables comédies. Mais il a aussi marqué avec quelques personnages plus graves, par exemple son interprétation de Joseph Bouvier dans "Le Juge et l'Assassin" de Bertrand Tavernier pour lequel il obtint le César du meilleur acteur en 1977.

Michel Galabru dans "Kamikaze" en 1986
Michel Galabru dans "Kamikaze" en 1986
© Sipa

Né en 1922, Michel Galabru passe une grande partie de son enfance au Maroc, où travaille son père, ingénieur des Ponts et chaussées, puis dans l'Hérault. D'abord tenté par le football, son admiration pour Sacha Guitry le pousse finalement sur les planches. Il se forme au Conservatoire, à Paris, puis est engagé à la Comédie Française en 1950.

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A partir de là, il fera du théâtre toute sa vie, et très vite du cinéma où il tourne à ses débuts avec Marcel Pagnol ou Marc Allègret. Des années 1950 à nos jours s'enchaîneront ensuite de très nombreuses comédies : la série du "Gendarme de Saint-Tropez", de Jean Girault (à partir de 1964), "Le Petit Baigneur", de Robert Dhéry (1968), "Papy fait de la résistance", de Jean-Marie Poiré (1983) et plusieurs films d'Edouard Molinaro ou Georges Lautner. Mais dans sa filmographie de près de 200 long-métrages, le comédien a croisé également des réalisateurs plus "sérieux", Jean Luc Godard, André Cayatte, Alain Corneau, Costa-Gavras ou Bertrand Blier.

Michel Galabru
Michel Galabru
© Radio France - F. Taddeï

> en mars 2013, il était reçu par Frédéric Taddéi dans le Tête-à-tête :

Michel Galabru invité du Tête-à-tête

44 min

> Michel Galabru, immense, énorme acteur comique, explique Antoine Guillot dans le Journal de 18h :

Écouter

1 min

> écoutez-le participer en janvier 1971 à l'émission "Bonnes nouvelles, grands comédiens" et lire un texte du très oublié Eugène Chavette, humoriste des années 1900 :

LES NUITS DE FRANCE CULTURE

30 min

> autre archive : il lit "le Bal" de Jean Giono en 1972 :

Écouter

27 min

> Michel Galabru avait accordé une série de cinq entretiens pour l'émission A Voix Nue en 2007, que nous vous proposons de réécouter ici :
1) Galabru et l'enfance

Plusieurs personnes, au Maroc, ont cru que c’était mon père qui revenait. Ils ne se rendaient pas compte que c’était l’âge qui passait et que c’était le fils, ça va très vite la vie !

J’ai très bien compris après les pieds noirs, quand on quitte un pays de rêve, la température, la convivialité, la gentillesse des gens, peut-être factices parce que les hommes sont partout pareil… mais une chaleur humaine, on s’invite, on se fréquente beaucoup plus. Tandis que dès que tu arrives en France, surtout au Havre, on voyait les camarades à l’école mais plus le dimanche... c’était très curieux. Le Havre avec ses brouillards, les sirènes de bateau sinistres le matin.

"Galabru et l'enfance" dans A Voix nue

28 min

2) Galabru, l' homme des planches

J’arrivais à Paris, je ne connaissais personne, j’étais timide, pas de culot, pas débrouillard du tout (même maintenant), pas malin pour un sous, énoooorme timidité, qui d’ailleurs est souvent l’apanage des comiques. Je n’avais pas d’argent, pas de relations : me voilà projeté sur le pavé de Paris.

Dans mon bon sens, je ne me voyais pas une réussite étonnante. Je me disais : « *Bon ce milieu est le tien, t’intéresse, ces auteurs dramatiques, ces gens qui ont de l’humour, de l’esprit, ces comédiens, ce grouillement de théâtre, ça te plaît ! Alors tu ne seras pas à la Comédie-Française, n’y pense pas, tu ne seras pas à l’Odéon, n’y pense pas ! La Porte Saint-Martin, tu peux. Et ça me suffisait. * » […] J’ai réussi beaucoup plus que je ne le pensais.

"Galabru, l'homme des planches" dans A Voix nue

27 min

3) Galabru et le festival d'Avignon

C’est Jean Vilar qui est venu et qui m’a baratiné pendant une heure et je lui ai dit « *Ecoutez, je ne peux pas vous faire l’offense de refuser, vous êtes venu exprès pour ça. * » J’ai accepté pour lui. Je ne connaissais pas Les Rustres , c’était une pièce qui n’était pas connue à l’époque. J’estimais qu’un comédien n’avait pas à refuser un grand bonhomme comme lui. Plus tard, j’ai appris qu’il ne m’aimait pas - comme quoi - et qu’il avait été contre mon engagement !

Le plus beau compliment que j’ai eu c’est dans le midi, une dame, très pittoresque me dit : «* Monsieur Galabru* - avec l’accent de là bas - *vous m’avez croqué mon mari ! * » Le mari était à côté et faisait une gueule extraordinaire. C’est fou qu’on vous dise ça, moi je ne le prends pas pour un compliment pour moi, je le prends pour l’auteur, au XVIIIème siècle ! Et en plein XXème une femme vous dit : "Mais c’est mon mari que je vois ! " C’est ça la beauté du théâtre.

"Galabru et le festival d'Avignon" dans A Voix nue

27 min

4) Les cinémas de Galabru

Les Gendarmes … C’est à double tranchant. D’un côté ça m’agace. C’est une petite chose dans ma carrière, cinq films mais bon. Six mois sur une carrière de 50 ans. C’est une chose un peu incompréhensible : le public aime les petites rigolades franchouillardes, ça lui plaît beaucoup. Mais on l’a remplacé par la télévision, les jeux, les Loft, où les dialogues sont plus pauvres que dans les films.

De Funès était un brave homme, honnête, pas du tout magouilleur, arrivé par lui-même. Beaucoup d’acteurs sont arrivés par la force de leur talent, et lui c’était son cas.

"Les cinémas de Michel Galabru" dans A Voix nue

27 min

5) Galabru derrière Galabru

Le cinéma c’est cru : on vous voit de profil, de face, en train de jouer. Donc ce n’est plus la fixation de la personne devant la glace, qui finit par se trouver bien. Là vous êtes découvert et vous vous dites : « *Merde, je suis comme ça. Et ben alors. Il va falloir que je traverse toute la vie avec cette gueule… * »

L’essentiel c’est de ne pas s’apercevoir qu’on meurt. Imaginez que vous mourez pendant que vous êtes endormi, vous ne savez pas que vous êtes endormi, vous ne savez pas que vous êtes mort. Qu’est-ce que ça peut vous foutre ?

"Galabru derrière Galabru", dans A Voix Nue

27 min