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Le confinement mondial. Et après ?

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Le confinement mondial. Et après ?
Le confinement mondial. Et après ?
© Getty - Klaus Vedfelt

Le Tour du monde des idées. Trois milliards et demi d’êtres humains vivent aujourd’hui confinés chez eux, sur décision du gouvernement de leur pays respectif. Une situation sans précédent dans l’histoire. Seule une coopération internationale permettra de venir à bout de l'ennemi commun.

Comme l’écrivent deux universitaires de Hong Kong, Andrew Sheng et Xiao Geng, "le monde est en guerre et notre ennemi fait preuve de résilience, il est brutal et imprévisible, il se moque de la race, de l’idéologie ou de la richesse de ses victimes : il a déjà infecté à ce jour 792 000 personnes et en a tué 38 000 [chiffres au 31 mars]. Il a mis en panne l’économie et accablé les systèmes de soins. Et cet ennemi n’est pas près de reculer. Aucun cessez-le-feu ni traité de paix ne peut être signé avec lui. Et en l’absence de vaccin connu ou de médicament efficace__, le monde a peu d’armes à sa disposition pour combattre l’ennemi."

Du risque de se tromper de guerre

Tout ce que l’on peut faire, c’est miser sur le confinement pour aplanir les courbes de progression du nombre de malades, afin de ne pas dépasser les capacités des hôpitaux. Mais après ?

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Pour les semaines à venir, on va utiliser les moyens déjà déployés lors de la crise des subprimes de 2008 : déficits budgétaires colossaux, destinés à "soutenir l'activité", et étayés, vu l'endettement colossal de beaucoup de ces états, dont le nôtre, par les moyens toujours plus "non conventionnels" des Banques centrales : celles-ci étant incitées à racheter à tout-va de la dette publique… Au risque, prévient, l'économiste allemand Daniel Gros de "se tromper de guerre en menant celle de la dernière fois." Car tout ce que peuvent faire les banques centrales, c’est "assurer la plomberie financière" durant la crise du COVID-19, "mais pas grand-chose pour aider des millions de PME à survivre à une période prolongée sans rien vendre" écrit encore le directeur du Center for European Policy Studies.

Confinés, pour combien de temps encore ?

Tous les experts se posent à présent cette question : combien de temps ce confinement mondial peut-il durer sans détruire les conditions matérielles d’existence de l’humanité ? 

Plus le confinement dure, plus les dommages causés à l’économie mondiale vont s’avérer sévères ; plus la crise va s’aggraver, plus le chômage va s’étendre, plus la misère va frapper. 40 % des Américains ne disposent d’aucune épargne et sont incapables de faire face à une interruption de leurs revenus. La banque J.P. Morgan estime que les restaurants ne disposent, en moyenne, que de réserves leur permettant de tenir 16 jours sans ouvrir, 19 jours pour les magasins de détail, 27 jours pour les PME, 33 jours pour les entreprises de high tech. 

Il va bien falloir un jour autoriser les clients à ressortir et le business à redémarrer. Mais le virus, lui, n’aura pas disparu : les spécialistes estiment que la mise au point d’un vaccin devrait prendre entre 12 et 18 mois.

Indispensable solidarité internationale

La plupart des commentateurs insistent sur la nécessité d’une coordination internationale. Aucun pays, aucune région de la planète ne peut venir à bout, isolément, de l’ennemi commun ; qu’il ressurgisse ailleurs et le cauchemar reviendra. D’ores et déjà, bien des regards se tournent vers les pays pauvres – l’Inde, la plupart des Etats africains, dont les capacités sanitaires sont très faibles. Chez eux, la survie de beaucoup de personnes - des femmes en particulier - de l'économie informelle qui les contraint à sortir - confinement ou pas… 

Mais l’inquiétude est grande aussi en ce qui concerne les populations chassées de leurs lieux de résidence par des conflits et qui s’entassent dans des camps. La solidarité internationale est une nécessité vitale.  Elle resurgit ici ou là, poussant à oublier les querelles face au défi commun : le Koweït et les Emirats ont récemment envoyé de l'aide à l'Iran, durement affecté par le virus. 

Thierry Breton rappelle, ce matin dans Les Echos, que l'Union européenne a envoyé 56 millions de tonnes de matériel à la Chine en janvier, pour l'aider à affronter la première vague du coronavirus. Même si l'effet médiatique de cette aide semble s'être récemment effacée des mémoires : l'aide que la Chine apporte aujourd'hui à plusieurs états européens apparaît ainsi unilatérale. Ce qui est injuste. 

Pour l'Union européenne, 4 priorités

Le haut représentant aux Affaires étrangères et à la Sécurité de l’Union européenne, Josep Borrell, laisse entendre que l’Europe pourrait jouer un rôle de trait d’union entre les Etats-Unis et la Chine aux relations bilatérales dégradées, pour monter un front commun des grandes puissances contre l’épidémie, et exercer ainsi ce qu’il appelle "un leadership mondial".

Et Josep Borrell de fixer quatre priorités :

  • Mettre en commun les ressources de ces trois puissances, afin de trouver et produire les futurs  traitements et le futur vaccin aptes à empêcher le coronavirus de continuer à tuer. Ces ressources, une fois mises à jour, devront être considérées comme "des biens publics mondiaux" afin d’empêcher qu’une seule puissance se la réserve pour ses propres citoyens.
  • Coordonner les moyens de contrer la crise économique qui va très vite résulter de la mise en panne de l’économie mondiale. Il s’agit, on l’aura deviné, d’empêcher les "dévaluations compétitives_"_ qui tendraient à se débarrasser de la crise au détriment des concurrents. Mais aussi, de préserver le libre-échange et de revitaliser les échanges commerciaux, l’UE apparaissant, de ce point de vue, plus proche des conceptions chinoises que du protectionnisme américain…
  • "Nous devrions envisager de rouvrir les frontières de manière coordonnée__, lorsque les autorités sanitaires donneront le feu vert" : l’UE reste fidèle à sa doctrine d’un monde ouvert et de la libre circulation, non seulement des biens et des capitaux, mais aussi des personnes.
  • Lutter en commun contre les campagnes de désinformation qui minent l'action des autorités sanitaires et politiques et affaiblissent la capacité de réponse de nos états à l'épidémie. 

En effet. Mais ce dernier point exige que certains états qui, comme la Russie, s'amuse à nous affaiblir en lançant des rumeurs et des polémiques stériles sur les réseaux sociaux, renoncent à chercher à affaiblir des démocraties qui leur déplaisent...