Le Corbusier sur sa "Cité radieuse" de Marseille, à son inauguration en 1952

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Le Corbusier sur sa "Cité radieuse" : "soleil, espace, verdure", et liberté

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Archive | Une cité-jardin verticale qui réinvente le collectif, soigne, éduque les enfants et libère les femmes de certaines tâches ménagères ? Telle était il y a 70 ans l'utopie de la Cité radieuse à Marseille, dite aussi "Maison du fada". Ecoutez Le Corbusier lui-même vous présenter son projet visionnaire.

En 1952, Le Corbusier inaugure la Cité radieuse, un immeuble fou, une barre de 337 appartements sur pilotis, dans un quartier désert de Marseille. Avec ce "village vertical", il veut inventer une nouvelle manière d’habiter, de vivre ensemble, et de libérer les femmes. Depuis 2016, la Cité radieuse est inscrite sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco, mais celle que ses détracteurs ont baptisé la "Maison du fada" n'a cessé de provoquer aussi polémiques, jugements diamétralement opposés, d'habitants ou d'esthètes. Ecoutez comment Le Corbusier lui-même présente à l'époque de son inauguration ce projet avant-gardiste. 

L'habitat comme service public

Le Corbusier, lors de l'inauguration de la Cité radieuse, en 1952 : "Cette unité, c’est une cité-jardin verticale qui groupe 1 600 personnes en un seul bloc d’habitation. Les avantages les plus clairs, c’est libérer la femme, la maîtresse de maison, des contraintes domestiques qui sont un véritable esclavage et qui peuvent être facilitées par l’organisation des services communs tels que :

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-          les ravitaillements dans la maison elle-même par coopérative

-          la médecine préventive et le dispensaire

-          la culture physique réalisée dans cette habitation

-          les clubs d’enfants qui permettent aux mamans de sentir que leurs enfants se trouvent en bonne compagnie

Cette cité-jardin verticale permet l’élevage - pardonnez-moi le mot - l’élevage de l’enfance. Une enfance qui se déroule dans l’air, le soleil, l’espace et la verdure et qui réunit toutes les conditions morales et physiques d’un bon développement."

Une charte : "Soleil, espace, verdure"

Quatre ans plus tôt, alors que les travaux ont déjà commencé, Le Corbusier justifie sa conception nouvelle de l’habitat : 

Le Corbusier, en 1948 : "La liberté par l'ordre, c'est précisément en mettant chaque chose à sa place. Si vous groupez les 350 maisons les unes sur les autres d’une manière savante et bien ordonnée, vous arrivez à briser toutes les distances et à permettre la réalisation des fonctions qui constituent la vie domestique. Les seules séparations entre les gens sont les étages différents mais grâce à une technique judicieuse d’insonorisation, la séparation est parfaite. 

Les meilleures conditions pour l'épanouissement d'une famille sont de voir réunis les trois facteurs réclamés par la Charte d’Athènes des CIAM (Congrès Internationaux d’Architecture Moderne) : soleil, espace, verdure. C’est là que l’unité d’habitation groupée permet d’avoir le soleil, grâce à une orientation absolument optimale de chaque endroit du logis. Puis d’avoir l’espace et la verdure autour de la maison grâce au groupement." 

Ceux qui aiment, ceux qui détestent

Depuis 70 ans, des voix s'élèvent pour ou contre cette conception de l'habitat.

Salvador Dali : "Le  Corbusier, c’est un des plus mauvais architectes qui aient jamais existé. Dire qu’une maison est une machine à habiter, c'est ce qu’il y a de plus affreux et de plus masochiste. La seule architecture possible ne peut être faite que par des gens qui ont un  sens aigu du plaisir."

Lilette Ripert, une habitante : "J’habite ici depuis 37 ans. Je suis la première habitante de cette maison et j’y vis toujours heureuse. Pour moi c’est toujours un émerveillement total."

Un jeune : "Ce qui frappe dans une rue de la Cité c’est sans doute le caractère insolite donné par l’obscurité et le silence."

Un habitant : "On a été véritablement séduits par l'esprit de fraternité, l'entraide et puis aussi il y a beaucoup d’activités pour les enfants, beaucoup d’équipements collectifs."

Un voisin : "Il était très en avance sur son temps. Pourquoi faire des pilotis alors que le sol permettait de construire une maison classique ?"

Un autre voisin : "Une grosse masse de béton. Je crois que c’était la plus grande qu’il y avait à cette époque-là."