Covid-19 : une diffusion par les aérosols ?

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Le coronavirus se diffuse-t-il par la ventilation ?

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Le coronavirus peut-il se diffuser dans l'air grâce aux systèmes d'aération ? C'est la question au cœur des Idées Claires, notre programme hebdomadaire produit par France Culture et franceinfo destiné à lutter contre les désordres de l'information, des fake news aux idées reçues.

Au fil des jours, nous en apprenons davantage sur les modes de transmission du coronavirus. Nous savons qu'il peut se transmettre par contact direct entre deux personnes, par contact indirect via un objet ou une surface contaminée, par gouttelettes lorsqu'on éternue. La grande inconnue reste de savoir si le virus peut se transmettre par aérosols, ces petites particules invisibles que nous émettons en parlant ou en respirant. Elles peuvent être porteuses du virus et sont susceptibles de voyager plus loin que les postillons qui retombent au sol, dans un rayon d'environ deux mètres.

Pour connaître l'état des connaissances sur ces aérosols, nous avons posé nos questions à Jean-François Doussin, chargé de mission pour la recherche atmosphérique à l'Institut national des sciences de l'univers du CNRS.

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Le SARS-CoV-2 se diffuse-t-il par la ventilation ?

Jean-François Doussin : "On commence à en savoir plus sur la façon dont le virus voyage dans l’air, notamment sous forme d’aérosols. Néanmoins, transport ne veut pas forcément dire contamination et c’est beaucoup plus compliqué que cela quand on s’intéresse à la transmission par les systèmes de climatisation et d’aération.

Quelle est la différence entre gouttelettes et aérosols ?

Jean-François Doussin : "Quand on parle, quand on tousse on émet ces particules plus petites qui vont avoir une capacité bien plus grande à voyager. Ces petites gouttes sont ce qu’on appelle les aérosols. Le virus lui-même fait de l’ordre de 120 nanomètres à peu près, mais on ne le retrouve pas dans le milieu aérien tout seul. Parce qu’il a été émis par un éternuement, par des postillons, il va être entouré d’une “gangue”, qui est en fait du mucus plus ou moins séché et de l’eau qui va lui donner une taille beaucoup plus importante.

Le virus se transmet-il par ces particules plus petites ?

Jean-François Doussin : "On ne connaît pas la viabilité de ce virus dans le milieu atmosphérique, tout comme on ne connaît pas bien les facteurs environnementaux qui peuvent le désactiver. Cela peut varier avec l’humidité, la température, la présence d’autres polluants. Une première étude faite un peu dans l’urgence au début de la pandémie parlait d’une viabilité de l’ordre de 3 heures, une autre étude plus récente parle d’une viabilité de l’ordre de 16 heures, ce qui est également très important.  

Mais ce qu’on ne sait pas non plus, c’est la capacité à infecter que vont avoir ces petites gouttelettes, qui sont très peu nombreuses, c’est important, et qui contiennent finalement assez peu de virus."

Les systèmes de ventilation peuvent-ils diffuser le virus ?

Jean-François Doussin : "Il y a une étude qui a notamment été réalisée dans un hôpital chinois. Dans trois chambres qui avaient hébergé des cas graves de coronavirus, on avait identifié des contaminations sur un certain nombre de surfaces, sur les mobiliers, sur les sols, sur les matériaux de protection et on a également retrouvé des traces de contamination sur les pales d’un ventilateur qui était dans le système de climatisation des pièces.  

Néanmoins, il y a eu des prélèvements d’air dans ces chambres et de façon étonnante, on n’a pas identifié de particule contenant une charge significative du virus incriminé."

Une autre étude sur la contamination de clients dans un restaurant dit le contraire...

Jean-François Doussin : "Il y a eu dans un restaurant chinois une dizaine de cas de transmission du coronavirus à partir d’un cas avéré d’une personne infectée. La position relative de ces gens, l’endroit où ils étaient installés à table ont été comparés au système de ventilation du restaurant, il y avait tout simplement un courant d’air qui poussait l’air d’abord sur la personne infectée. Ce flux d’air allait ensuite transmettre la masse d’air aux personnes qui ont été infectées.  

On a pu identifier que les gens qui étaient dans le flux d’air contagieux ont été contaminées, alors que d’autres personnes qui étaient dans la même pièce n’ont pas été contaminées. Mais finalement il n’y a rien de surprenant, on est dans la même situation, c’est-à-dire qu'une personne qui vous parle très près et qui va émettre ces postillons en direction de votre système respiratoire, et ce davantage encore dans un restaurant, où il y a aussi la nourriture qui va être aspergée."

La ventilation est aussi incriminée pour la contamination dans les Ehpads...

Jean-François Doussin : "On n’a pas d’éléments pour affirmer ou infirmer ces choses-là. Quand le virus est sous forme de particules fines, il pourrait être transmis dans les systèmes d’aération, car il n’y a rien dans la physique de l’aérosol qui interdit cette chose-là.  

Encore faut-il qu’il reste viable pendant son transport et ce qui a été recommandé notamment par l’Organisation européenne des fabricants de ventilation -et c’est assez révélateur- c’est d’aérer au maximum les locaux avec de l’air venant de l’extérieur.  Donc l’idée, c’est de ne pas entretenir des systèmes en vases clos mais au contraire d’organiser un renouvellement de l’air le plus important possible."

Les masques vont-ils vraiment empêcher la diffusion des aérosols ?

Jean-François Doussin : "Pour minimiser ces risques, le premier élément, c’est de minimiser l’émission de ces particules quand on parle, quand on tousse, quand on respire et donc de porter un masque, non pas pour se protéger mais d’abord pour protéger les autres et ne pas être soi-même une source de contamination.  

Bien entendu, si à la réception on porte également un masque, on va multiplier les systèmes de protection et on va avoir encore de meilleurs résultats. On a besoin de masques qui vont filtrer efficacement les plus grosses particules, les gros postillons. Mais on a aussi besoin de masques qui sont efficaces pour filtrer les particules beaucoup plus petites, celles que l’on va retrouver dans le domaine de quelques microns et qui vont pouvoir voyager beaucoup plus loin.

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